Walikale : l’arrestation d’un chef rebelle pour viols, un soulagement pour les victimes

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Les victimes des viols systématiques perpétrés à Walikale pensent que l’arrestation du chef d’état-major de Cheka est un signe encourageant dans la lutte contre ce fléau. Toutefois, ils ajoutent qu’il faut aussi arrêter Cheka, car c’est lui «le vrai responsable de toutes les violences sexuelles» dont les femmes sont victimes depuis le début de sa rébellion.

            Assise dans une maison d’écoute, chambre avec un rideau d’intimité et un lit où les femmes et filles violées viennent se confier aux conseillères, Zaina, porte-parole des victimes de Luvungi, inscrit la 324ème survivante sur la liste. Jamais, au cours de ses quatre jours de captivité dans sa propre maison, cette dernière n’a osé regarder en face les deux hommes qui la violaient à tour de rôle.

 Cette femme de 22 ans, enceinte de cinq mois lors de ces viols et mère d’un enfant, a appris, à force de coups, à se taire et à baisser la tête, en se soumettant à toutes leurs volontés. En effet, les femmes de Luvungi, une localité située au carrefour d’une dizaine de carrés miniers, en territoire de Walikale, ont été systématiquement violées pendant quatre jours, du 30 juillet au 2 août derniers, par des miliciens locaux et des rebelles rwandais des Fdlr, avec une cruauté sans nom. «Ils ont premièrement, chacun à son tour, introduit la main dans mon vagin pour chercher l’or, explique-t-elle, avant de me rendre prisonnière et esclave sexuelle». Cette cruauté a été qualifiée «d’une véritable entreprise pour la destruction de la femme paysanne» par Bernardine Muhongo, présidente de l’Ong «Femmes victimes de conflits» et classe la RDC comme «capitale mondiale du viol», selon Margot Wallström, l’envoyée spéciale de l’Onu pour les violences faites aux femmes et aux enfants dans les conflits. 

Un trio de complices 

            De la même façon qu’ils ont assiégé Luvungi, sans un seul coup de balle, les assaillants l’ont aussi abandonné sans en être inquiétés. La milice de Cheka, celle de Nsengiyumva et les Fdlr sont devenus tristement célèbres pour leur action dans ces crimes. Selon l’Onu, ils ont

ciblé cette localité en raison de son rôle de centre minier qui, était d’ailleurs restée vulnérable car tous les militaires Fardc étaient partis en juillet dernier pour participer à des opérations

militaires très «lucratives» dans des carrés miniers. Ces viols ont abouti, près de trois mois plus tard, à l’arrestation du chef d’état-major de la milice Cheka, le lieutenant-colonel Mayele, dans son fief, lors d’une opération militaire lancée par la Monusco, en collaboration avec la justice militaire congolaise. Il a été transféré à Goma, à bord d’un hélicoptère de la Monusco, pour répondre de ses actes. «C’est une victoire pour la justice, particulièrement pour les nombreuses femmes qui ont souffert des viols et d’autres formes de violences sexuelles», s’est félicité Wallström.

            En effet, cet officier a été cité par son chef direct Cheka comme instigateur de plus de 500 viols perpétrés, à la même date, dans treize villages, en territoire de Walikale. Pour la porte-parole des femmes violées de Luvungi, il faut aussi arrêter Cheka. «C’est lui le vrai responsable de toutes les violences sexuelles perpétrées par ces hommes depuis le début de sa rébellion». «Sa présence en brousse ou pas, il est déjà aux arrêts», rétorque un colonel de la Garde républicaine basé à Walikale qui, pense qu’»en sacrifiant son officier des opérations, Cheka a commis une grosse erreur car l’inculpé se présente comme un exécutant». Avec l’ouverture d’un dossier à charge du prévenu, Zaina se félicite de la descente de l’auditorat militaire de Goma à Luvungi, puisque «les victimes vont témoigner devant les instances

militaires».

Une bombe à retardement

International Medical Corps (Imc), la première organisation humanitaire à assister les femmes de Luvungi, est arrivée sur le terrain une dizaine de jours après le drame. Dans ce cas, même le kit Pep, le contenu des médicaments qui empêchent la grossesse, la transmission du Vih/Sida ou d’autres infections sexuellement transmissibles avant 72 heures, n’est plus efficace. «Nous allons juste procéder à un dépistage volontaire du Vih au début du mois prochain [Ndlr, novembre]», précise Christophe Nyembo, psychologue à Imc. Craignant  ce qui peut arriver à cette localité, il ajoute : «Entre-temps, nous leur demandons d’utiliser les préservatifs» puisqu’aucun homme n’a répudié sa femme. Une première dans la région ! Au même moment, les victimes éprouvent une autre difficulté pour les soins médicaux. Le centre de santé que l’Ong appuie est à près de 20 km de Luvungi. Difficile pour que celles-ci y arrivent à pied à cause de la présence des Fdlr sur ce tronçon, surtout très difficile pour celles qui sont enceintes car ne pouvant être transportées sur des motos à cause des secousses sur la route… 

Taylor Toeka Kakala

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