Voulant tromper l’opinion : Malumalu pris à ses propres pièges

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Les acteurs politiques et diverses couches de l’opinion tant nationale qu’internationale, sont encore sous l’effet de la surprise mêlée d’inquiétudes depuis le retentissement, lundi 09 août, d’un coup de tonnerre d’une intensité inouïe provoqué artificiellement par l’abbé-politicien Apollinaire Malumalu de la défunte Commission Electorale Indépendante (CEI). Il y a de quoi s’agiter et s’alarmer. Le calendrier électoral publié ce jour-là est tout à fait le contraire de ce à quoi ils s’attendaient, et ne manque pas de choquer des hommes de bon sens. La mandature des institutions actuelles qui expire en décembre 2011, est subtilement prorogée d’autorité, selon ce calendrier, jusqu’en 2012 apparemment, mais en réalité jusqu’en 2013 où sont  théoriquement fixées les élections urbaines, municipales et locales qui s’insèrent dans le même cycle électoral, alors qu’elles étaient perçues comme le reliquat du cycle  précédent de 2006 que le prêtre-politicien n’a pas été capable de parachever jusqu’aujourd’hui où la page de ce cycle antérieur est en voie d’être tournée. Quand les analystes politiques lucides et les observateurs avertis parcourent ce fameux calendrier, sans qu’il soit nécessaire de l’examiner au microscope, ils s’aperçoivent que c’est tout simplement un ballon d’essai lancé pour tromper l’opinion, et mesurer ses réactions.   

    Un calendrier qui se révèle pratiquement fantaisiste et irréaliste. Alors que le temps presse, comment apaiser des pressions de plus en plus fortes exercées par la Communauté internationale, et des critiques acerbes de l’opinion nationale, insistant sur le respect de l’échéance ? Il n’y avait pas, selon toute vraisemblance, d’autre numéro à jouer que la publication de ce calendrier qui, malheureusement, apparait comme le pavé de l’ours, suscitant vivement des réactions défavorables fusant de partout que des applaudissements. L’examen objectif de l’évolution de tous les paramètres de la situation politique, dans les sphères officielles, montrait bien qu’il serait difficile d’être vraiment ponctuel au grand rendez-vous de consultation populaire en 2011. Ce coup de tonnerre qui vient de retentir est justement la fuite en avant. Une stratégie maladroitement imaginée, qui ne concorde pas du tout avec les réalités et le contexte des scrutins prévus pour 2011, considérés comme réparateurs des erreurs et défaillances de 2006. Un calendrier établi sens dessus dessous, mettant la charrue avant les bœufs comme la fois passée. On donne la priorité à l’élection présidentielle et l’on relègue les élections locales, municipales et urbaines à l’arrière-plan.

    La précipitation avec laquelle on vient de lancer ce ballon d’essai est manifeste. La loi électorale qui détermine les conditions d’éligibilité pour tous les candidats et la répartition des sièges à pourvoir selon l’étendue des circonscriptions et leur démographie, n’est pas encore adoptée et promulguée. Mais le calendrier précise déjà les dates de dépôt de candidatures à tous les niveaux de 2011 à 2013, sans que d’ores et déjà les intéressés sachent à quels termes ils devront se conformer. Comme une histoire tirée par les cheveux, le calendrier électoral précède la loi électorale ! Les 26 nouvelles provinces issues du découpage territorial dont la loi organique a été adoptée et promulguée, ne sont pas encore installées, alors qu’elles devraient l’être au mois de mai dernier. Dans quelles provinces et combien sont-elles, va-t-on mettre ce calendrier en pratique ? Logiquement, quelle est la structure légalement habilitée pour l’organisation des élections de 2011 ? La CEI qui n‘a plus d’existence légale prend les devants comme si de rien n’était et établit ce fameux calendrier déjà très controversé. Que va faire la CENI dont les membres seront certainement désignés et connus dès la rentrée parlementaire d mois de septembre prochain ? Ses membres , désignés par la majorité et l’opposition, vont-ils cautionner et reprendre à leur compte le travail bâclé de l’équipe Malu Malu ? 

Même scénario qu’en 2006 !

            Pour que les élections de 2011 soient plus ou moins crédibles et différentes de celles de 2006, il y a certains préalables à remplir, souhaités par toux ceux qui veulent que la vraie démocratie et l’Etat de droit soient réellement restaurés et consolidés dans ce pays. Parmi ces préalables, on mettait l’accent sur le dénombrement de la population de la Rdc, avant de procéder à l’identification et à l’enrôlement des électeurs. Quand on parcourt le calendrier publié par Malumalu et son équipe que certains commentateurs de la classe politique traitent déjà d’usurpateurs, on trouve que ce document est totalement muet sur le recensement de la population. Il parle seulement de la révision du fichier électoral et de la collecte de ses données. En d’autres mots, il est clair qu’on ne connaîtra pas le nombre plus ou moins exact de la population de la Rdc ; d’où il sera difficile de distinguer les nationaux des étrangers pour l’identification des électeurs potentiels. Les élections risquent d’être calquées sur celles de 2006, c’est-à-dire basées sur un fichier électoral sujet à caution, où étaient confondus nationaux et étrangers, adultes et mineurs, militaires et policiers, parmi les électeurs, le dénominateur commun étant la carte d’électeur tenant lieu d’identité voire de nationalité. On voit pourquoi l’homme-orchestre des manipulations électorales précédentes s’accroche toujours désespérément à son fauteuil, contre vents et marées.

    Ce calendrier électoral controversé, tel qu’il est établi et publié, montre qu’on n’était pas du tout prêt pour le respect de l’échéance. C’est une façon de proroger astucieusement la mandature des institutions actuelles au-delà du terme légal. 

            La révision du fichier électoral et le recensement de la population sont deux choses différentes. La révision du fichier est une formalité de rhabillage des données antérieures, selon le nouvel objectif qu’on voudrait atteindre. Tout est faussé dès le départ. Comme en 2006. Les objectifs fondamentaux assignés à la transition pour déblayer le terrain n’ayant pas été réalisés, on avait tenu coûte que coûte à organiser les élections dont les résultats n’ont pas été reluisants, avec les conséquences désastreuses que le pays ressent encore jusqu’aujourd’hui. Les mêmes causes produisant naturellement les mêmes effets, le calendrier que Malumalu vient de publier n’est pas loin de s’inscrire dans le même schéma.

            Il n’est jamais écrit que la religion et la politique fassent bon ménage. Nous avons cru ici chez nous en RDC, avec une bonne dose de naïveté, que tous les hommes de Dieu étaient divinement inspirés et remplis de l’Esprit saint pour faire des prodiges. Mais nous avons vu, à nos dépens, qu’ils nous conduisaient plutôt en enfer qu’au paradis. Des convergences parallèles et la IIIe voie avaient plus maudit la Conférence Nationale Souveraine qu’elles ne l’ont bénie. A Sun City en Afrique du Sud, des messes célébrées de temps en temps par un prélat, des cultes dirigés par un haut clergyman, et des offices œcuméniques n’ont pas purifié et moralisé les participants au dialogue intercongolais, à telle enseigne que pendant 3 ans qu’ils ont partagé le pouvoir dans la transition, ils ont montré qu’ils n’avaient jamais trouvé leur chemin de Damas à l’instar de Saint Paul. La présence d’un homme de Dieu à la tête de la CEI en 2006 n’a pas porté bonheur aux scrutins dont les conséquences malheureuses se font encore sentir aujourd’hui. Croyant prendre l’opinion pour dupe, l’abbé-président Malumalu est pris à ses propres pièges avec son étrange ballon d’essai. 

Jean N’Saka wa N’Saka

Journaliste Indépendant

 

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