Vente aux enchères des voix des députés provinciaux : quels élus bon Dieu ?

0
139

Les accusations de corruption des députés provinciaux, en prévision des élections, toutes proches, des sénateurs et députés provinciaux, ont paru, au départ, relever de la pure affabulation. Mais, le microcosme politique congolais vient de se réveiller brutalement avec les cas de retrait, en cascade, des candidatures d’un certain nombre des personnalités, déçus de participer à une compétition électorale puant la magouille.

Citons, pour exemple, Adam Bombole et Vidiye Tshimanga. Si le premier cité, par élégance, a justifié son forfait par des raisons de convenance personnelle, le second, par contre, a dénoncé à haute voix la vente aux enchères des voix des députés provinciaux, à hauteur de 25.000 dollars américains. Dans le même registre, certaines sources parlent des pics allant de 40.000 à 50.000 dollars pour une « voix ».

C’est la déception mêlée d’indignation au sein de l’opinion nationale. Honoré Kikoka, le député national le mieux élu du Kongo Central, dans le territoire de Kimvula, cité du reste  avec Vital Kamerhe, Adolphe Muzito, Evariste Boshab, Mende Omalanga et autres dans le « Top 10 » des députés nationaux ayant réalisé les meilleurs scores de la République, pense qu’il faut absolument changer de mode de scrutin. A son avis, il est impératif de supprimer les élections indirectes et de généraliser le suffrage universel direct, comme c’est déjà le cas pour le Président de la République, les députés nationaux et provinciaux, les conseillers des communes et des secteurs.

Les observateurs notent qu’en se laissant corrompre pour le vote des sénateurs et des gouverneurs de provinces, les députés provinciaux ont trahi les électeurs qui leur ont fait confiance le 30 décembre 2018. Ce qu’il faut craindre à présent est que les futurs sénateurs et gouverneurs corrupteurs soient animés d’une seule devise : « se servir et non servir la Nation ». En effet, après avoir mis à la main à la poche pour obtenir un mandat de gouverneur ou de sénateur, l’objectif immédiat des corrupteurs serait de rentrer au plus tôt dans leurs frais, au préjudice de la communauté provinciale et nationale.

            En fait, les députés provinciaux corrompus sont en train d’ouvrir les portes du Sénat et des gouvernorats des provinciaux à une « race » très dangereuse, car constituée de futurs pilleurs de la République. Que peut-on attendre d’un élu qui aura casqué 500.000 dollars américains pour un siège de sénateur ou un fauteuil de gouverneur de province ? En tout cas pas de bons et loyaux services pour la Nation !

            Des millions de Congolaises et Congolais qui s’étaient rendus aux urnes le 30 décembre 2018, avec la ferme volonté de sanctionner les hommes et les femmes qui les avaient floués en 2011, assistent, avec amertume, à la remise en cause de tout espoir de changement de gouvernance au niveau des entités de base. L’avenir s’annonce ainsi fort sombre pour les 26 provinces semi-rurales de la République, que les anciens gestionnaires, avec la complicité des députés provinciaux, viennent de laisser avec des caisses vides, sans routes, ni ponts, ni ports, ni hôpitaux de référence, ni marchés modernes, ni eau potable, ni électricité, encore moins des fermes agro-pastorales ou des usines.

            Même Kinshasa, la capitale, n’échappe pas à ce tableau sombre, avec un réseau routier en lambeaux, de nombreux quartiers avec des familles « abonnées » à l’eau des puits, à la lampe tempête et au réchaud à braise, des écoles sans bancs, des services de santé qui laissent à désirer, des bidonvilles érigées dans des sites marécageux ou érosifs, etc.

Pour une opération « mains propres »

            D’aucuns pensent que face aux informations en circulation au sujet du monnayage des voix des députés provinciaux, une opération « mains propres » serait la bienvenue. Si les limiers de la justice pouvaient s’en servir et interpeller les suspects, il serait possible de récolter des données de nature à donner lieu à des procès en règle contre les corrupteurs et les corrompus. C’est tout de même scandaleux de voir les « Kuluna » en cravate entrer par « effraction » dans une institution aussi prestigieuse que le Sénat, présumée havre des « sages » de la République, ou prendre la tête d’un gouvernorat de province, qui devrait servir de locomotive de développement de l’arrière-pays.

            C’est le lieu de suggérer la mise en place rapide d’une structure de surveillance citoyenne des actes des animateurs des institutions de la République, de contrôle de leurs finances voire de fixation, dans des proportions acceptables, des émoluments et avantages liés aux fonctions publiques. Sans cela, le pays va continuer à fonctionner à double vitesse, avec une minorité de prédateurs politiques d’un côté et une écrasante majorité de citoyens privés du minimum vital de l’autre.                                               Kimp

  • 4
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •