Vacciner les africains, leur faire des choses…

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Les propos ont été d’une grande méchanceté. Et plus que de la méchanceté : le racisme à l’état pur. Tenus par un médecin connu, le Dr Jean-Paul  Mira, chef de la réanimation à l’hôpital Cochin, à Paris, ils ont eu le mérite de réveiller la conscience africaine, d’indiquer aux enfants du continent, particulièrement ceux de l’Afrique subsaharienne, le sort qui leur a toujours été imposé et auquel ils vont encore devoir se soumettre s’ils n’améliorent pas leur stratégie de défense.

« Si je peux être provocateur, avait dit JP. Mira,  est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, ou chez les prostituées : on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées. Qu’est-ce que vous en pensez ? ».

Le pavé est bien là. Et tout le monde l’a bien saisi puisque depuis le passage de ce médecin sur LCI, une chaine d’ínformation en continu appartenant au groupe TF1, les réactions n’ont fait que s’amplifier jusqu’au dépôt d’une plainte par Maitres Michael Bendavid et Margaux Durand Poincloux, avocat au barreau de Paris, pour le compte de Monsieur M’jid EL GUERRAB, député de la neuvième circonscription des français établis à l’étranger.

Dans sa plainte, M. El Guerrab parle de propos injurieux, discriminatoires, deux délits à caractère racial prévus par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. De manière précise, il s’agit de :

1.L’injure publique envers des personnes à raison de leur origine, en l’occurrence la population  africaine. Ils renferment en effet des « termes de mépris » (article 29 de la loi) à l’égard de cette population.

L’essence même des tests de produits médicaux est d’identifier les éventuels risques qui leur sont associés. C’est mépriser la population africaine que d’affirmer qu’elle devrait supporter par priorité ces risques – à fortiori au prétexte que les peuples concernés sont déjà en situation de risque sanitaire accru, faute de moyens.

2. La provocation à la discrimination à l’egard du même groupe de personne (article 23 de la loi), puisque les propos invitent à déterminer les personnes testées en fonction d’un critère primordial : son origine géographique.

Ils sont en effet d’autant plus choquants et malvenus qu’à cette heure, l’Afrique est encore relativement épargnée par la pandémie, à la différence de l’Europe qui en constitue l’épicentre. Le message est clair : « testons sur les africains et si aucun drame ne survient, distribuons aux européens ». Il s’agit là d’une invitation, voire d’une exhortation, à un traitement différenciée en fonction de l’origine.

En conclusion, un tel message n’est donc pas seulement moralement intolérable : il constitue un délit réprimé par la loi. En sa qualité de député de la nation, élu au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, M’jid El. Guerrab ne pouvait demeurer sans réagir face à cette entorse au pacte républicain.

L.P.

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