Une politoscopie des Libéraux et Patriotes : quelle valeur ajoutée politique pour l’AMP?

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Contrairement à ce qu’un frémissement instinctif de l’esprit peut amener à penser, au regard du titre de cette réflexion, un sous-ensemble au sein de la majorité n’est pas nécessairement un péril. Dans la situation de l’AMP, en particulier, la naissance d’un courant de libéraux et patriotes peut être un enrichissement. En plus, un sous-groupe dans une immense alliance est traductrice d’une dynamique intégrative. Elle peut être porteuse de possibilités de cohérence, dans une plate-forme par trop hétéroclite. Cela dans la mesure où le sous-ensemble peut opérer avec des passerelles idéologiques et se fonder  sur un effort d’élévation politique afin de tracer une surface d’intersection entre plusieurs partis de la coalition. Mais, la valeur ajoutée politique d’un tel sous-ensemble réside dans sa capacité à redéfinir les dossiers fondamentaux de l’Etat, à proposer une nouvelle lecture des déficits de gouvernance et à articuler des solutions novatrices, afin d’impulser la performance de la coalition à laquelle elle appartient.

Est-ce le cas pour les libéraux et patriotes ?  Une politoscopie est un décryptage utilisant quelques  outils conceptuels de la science politique pour illuminer un événement ou un phénomène du pouvoir. En recourant à la théorie des coalitions, on peut tisser une idée claire des versants d’un fait politique, bien au-delà des énoncés des politiciens. Une politoscopie n’a aucune ambition de véracité péremptoire : elle indique le plausible ; le possible. Ceci est d’autant plus vrai que les politiciens congolais en général se distinguent par une frénésie vertigineuse pour les stratagèmes discursifs.

Les principaux operateurs politiques du CLP, qui sont des personnalités politiques de proue dans l’arène politique congolaise, avaient crée, peu avant les élections de 2007, un regroupement appelé «Forces du Renouveau». Ce regroupement avait essentiellement une visée électoraliste. Et, il faut le reconnaitre, sa moisson fut considérable tant à l’Assemblée Nationale qu’au Senat. Et les leaders de ce regroupement ont été, depuis le début de la Troisième République, des acteurs déterminants de tous les gouvernements AMP.

Logiquement, et on n’a pas besoin d’être Raymond Aron ou Mulumbati Ngasha pour le comprendre, les leaders libéraux et patriotes, qui ont opéré sous Gizenga et Muzito, en vertu de leur qualité des forces du renouveau, auraient dû se distinguer par une tangible impulsion de l’action gouvernementale depuis 2007. Or, la dynamique du renouveau du Congo, le génie politique de l’innovation, émanant des forces du renouveaun’a pas émis des faisceaux captables. Cela ne veut pas dire nécessairement que ces acteurs ont été politiquement inféconds.  La préoccupation ici est de cerner une certaine cohérence entre les énoncés d’une force politique et sa praxis. Si, comme les leaders du CLP le soutiennent, l’une de leurs visées majeures est d’améliorer la gouvernance, deux implications émergent. La première est que, logiquement, ils ne peuvent chercher à améliorer que les performances d’un organe qui accuse des déficits. La République leur est reconnaissante. Mais, cela implique, indéniablement (et irrémédiablement), qu’ils partagent la responsabilité de ces déficits depuis 2007 parce qu’ils ont été parmi les principaux animateurs du régime. Pour quoi depuis 2007, n’ont-ils pas proposé des formules de mutation en gouvernance autrement distinguées ? Dès 2007, dans les milieux diplomatiques, on avait déploré les apories  exécutives dans certains ministères clés gérés par certains de ces leaders. L’opinion sait également que certains dysfonctionnements de la gouvernance au Congo découlent de la tendance isolationniste (« compartimentaliste »)  et des contradictions, émanant des aires gouvernementales confiées à certaines figures de proue de ce qui émerge aujourd’hui comme « centre des libéraux et des patriotes ». Le Premier Ministre Muzito a porté le chapeau pour tous ces dysfonctionnements, alors qu’il n’en était pas l’auteur.

La deuxième implication est que si les Forces du Renouveau partagent la responsabilité des déficits de gouvernance depuis 2007, et que certains d’entre ses leaders ont géré des compartiments exécutifs stratégiques dans lesquels les dysfonctionnements on été décelés, il y a, évidemment, des nuages sur la vertu corrective de la gouvernance au Congo par un nouveau « centre » émergeant de l’AMP. Cela veut dire qu’un autre courant dans l’alliance présidentielle n’a pas de valeur ajoutée politique. On peut déconstruire son discours et cerner des visées plausibles ailleurs.

1.      REALIGNEMENT STRATEGIQUE POUR GERER L’EXECUTIF AUX FINS ELECTORALES ?

Étant donné qu’une visée fondamentale de la transformation de la gouvernance porte des problèmes de crédibilité, on peut, plausiblement, explorer d’autres objectifs. Une première visée à considérer est la recomposition stratégique en vue de constituer un bloc dans l’AMP qui se présenterait en alternative pour gérer le gouvernement. Ce bloc justifierait sa démarche sur la nécessité d’un réalignement des forces politiques capables de préparer la campagne du chef de l’Etat. Le mérite de cette piste est qu’elle indique la nécessité d’un réaménagement du gouvernement afin d’apporter des corrections là où c’est nécessaire et donc de placer la majorité dans une position plus confortable pour affronter les élections (face aussi à un formidable réalignement de l’opposition en vue). Mais, la meilleure préparation de la majorité pour affronter l’opposition (où l’UDPS, l’UN, les Mobutistes et certains acteurs qui vont tourner le dos au prince, vont éventuellement s’unir !), ne passe pas par la déstabilisation à fond du gouvernement, en évacuant le Premier ministre. Bien au contraire, une telle déstabilisation va fragiliser la majorité, surtout par rapport à l’exigence de solidité pour faire élire Joseph Kabila. Et dans ce cas de figure, un nouveau regroupement (en plus de ceux existants qui n’ont rien apporté) apporte plutôt de la fragmentation, en créant des antagonismes entres les leaders d’une majorité qui est censée se souder à l’approche des élections.

2.      CONCLUSION : JOSEPH KABILA DOIT CONVOQUER UN SEMINAIRE D’AUTO-EVALUATION DE LA MAJORITE

Les coalitions ne sont pas simplement des astuces pour remporter les élections ou pour donner la victoire électorale à candidat président. On le voit dans le cas de la coalition Conservateurs-Libéraux démocrates chez les Anglais, la coalition est une conjonction des intelligences pour trouver des meilleures solutions aux problèmes qui se posent dans le pays. Au Congo, c’est vrai que la coalition au sein de l’AMP a fait voter Joseph Kabila. Mais il apparait très clairement que les operateurs politiques de cette coalition ont passé beaucoup de temps dans des stratagèmes de destruction mutuelle, au lieu de proposer au chef de l’Etat des pistes pour catapulter le pays vers des lendemains meilleurs. Il n’ya pas que des élites arrogantes qui jugent le Chef de l’Etat : Joseph Kabila porte aussi (et légitimement) un jugement sur toutes ces élites qui en prétendant l’aider, compliquent ses responsabilités et le fragilisent.

L’AMP doit marquer un temps d’arrêt, mettre de l’ordre dans ses rangs. Le Chef de l’Etat, manager de cette coalition, peut envisager la possibilité d’organiser un séminaire d’auto-évaluation, avant les prochaines échéances, afin d’inculquer une certaine discipline, forger une cohésion interne dans l’AMP. Le gouvernement devrait être à la rigueur remanié, tout en consolidant la position du Premier Ministre, en vidant l’exécutif des électrons libres, et en l’épurant des forces d’obstruction. Les initiatives des courants et autres centres, dénuées de bases référentielles et révérencielles en prouesses gouvernementales, sans paradigmes novateurs, émettent des signaux d’un chaos toléré. Les observateurs internationaux, les partenaires financiers, les diplomates,  la population, les jeunes (dont les leaders doivent être des modèles), y décryptent des inepties politiques inadmissibles et  impropres à uneCité en reconstruction, à son âge d’or. L’AMP a cessé d’être une simple coalition : elle est la force gouvernante du Congo pour la bona vita de tous. Elle a donc le devoir moral de faire l’honneur de ce pays en régénérescence. 

Kabasu Babu Katulondi

Ecrivain, Expert Principal en Gouvernance des Partis Politiques (EISA, Union Européenne-Tchad)

 

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