Un Sénat affaibli par le virus de la corruption 

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Le nouveau Sénat va finalement prendre ses quartiers au Palais du peuple ce mardi 2 avril 2019. Alors que l’événement devrait réjouir des millions de Congolaises et Congolais, compte tenu du fait que cette institution est censée héberger les « sages » de la République, c’est plutôt la déception de voir les sénateurs accepter de siéger en dépit de la tare de la corruption qui continue de leur coller à la peau. L’image des sénateurs de cette nouvelle législature s’est d’autant assombrie que la présente rentrée parlementaire laisse, aux yeux de beaucoup, la désagréable impression d’un coup de force réussi par les présumés corrupteurs et leurs alliés.

 En effet, d’aucuns auraient voulu que les membres de la Chambre Haute du Parlement se fassent violence, notamment en levant l’option de n’entrer en fonctions qu’après l’épuisement total des enquêtes judiciaires ouvertes contre une écrasante majorité de leurs futurs collègues, soupçonnés d’avoir acheté des voix auprès des députés provinciaux. La clameur publique contre cette sale pratique, entendue aux quatre coins du pays, n’a pas fini de soulever des vagues d’indignation.

Par conséquent, cette rentrée parlementaire est perçue comme celle d’élus entrés par effraction dans l’hémicycle de Lingwala. Même si tous les suspects clament leur innocence et exigent des preuves irréfutables d’allégations de corruption mises à leur charge, il n’en demeure pas moins vrai que le signal négatif lancé en direction de l’opinion, tant interne qu’externe, a sérieusement entamé la crédibilité du futur Sénat. Il y a, comme autre signal négatif, le refus des députés provinciaux de répondre aux invitations des magistrats instructeurs, en brandissant leurs immunités. Pourtant, la même loi qui fait d’eux des justiciables privilégiés prévoit des mécanismes de leur dépouillement de toute immunité et de leur mutation en justiciables ordinaires.

            Dans cet environnement où le nouveau sénateur traîne la triste réputation de « corrupteur », d’aucuns sont en droit de douter de sa capacité à contrôler le gouvernement, et à articuler, le cas échéant, des motions de censure ou de défiance. On se demande si celui ou celle qui n’a pas hésité à corrompre des députés provinciaux pourrait résister à l’attrait des espèces sonnantes et trébuchantes, qui constituent souvent le soubassement des motions et enquêtes parlementaires.

            L’image négative ancrée dans la mémoire collective est que le concitoyen ou la concitoyenne ayant usé de la corruption pour accéder à la Chambre Haute du Parlement ne peut se positionner en sentinelle de l’exécutif, en défenseur des intérêts du peuple. Ce qui s’est passé le 15 mars 2019, lors des élections des sénateurs, risque de hanter l’hémicycle de Lingwala jusqu’en 2023, tant que la justice n’aura pas condamné les vrais coupables et blanchi les innocents.

                                                                                                                                 Kimp

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