Un des meneurs de la fronde contre Kabila en 2015 : Pierre Lumbi n’est plus

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Le sénateur Pierre Lumbi, un des organisateurs de la marche des chrétiens le 16 février 1992, ancien ministre dans le gouvernement d’Etienne Tshisekedi sorti en pleine CNS (Conférence Nationale Souveraine) en 1992, ancien ministre des ITP (Infrastructures et Travaux Publics) dans le gouvernement Gizenga (2007-2008), et ancien Conseiller Spécial du Chef de l’Etat honoraire, Joseph Kabila, est décédé hier dimanche 14 juin 2020 dans l’après-midi, au Centre Médical de Kinshasa. Il y était admis il y a quelques jours pour un problème de santé non précisé.

         Pierre Lumbi avait tenu la vedette de l’actualité en 2007, avec les contrats chinois, synonymes de bradage des minerais congolais, sous-prétexte de financer les chantiers de la République, à la isibilité presque nulle.

La classe politique congolaise garde particulièrement de lui le souvenir de l’un des meneurs de la fronde, au sein de la MP (Majorité Présidentielle), contre le troisième mandat de Joseph Kabila en 2015. Il avait comme compagnons de lutte contre le statu quo feu Mwando Nsimba, Gabriel Kyungu, Moïse Katumbi, José Endundo, Christophe Lutundula, Dany Banza. C’était le « Groupe des 7 » ou G7, qui allait passer naturellement dans l’opposition, après la « fatwa » décrétée contre lui par les « Kabilistes » purs et durs.

         Sa position était d’autant délicate qu’à l’époque, il exerçait les fonctions de Conseiller Spécial du Chef de l’Etat. Certes, ses pairs Mwando Nsimba (1er vice-président de l’Assemblée Nationale) et Moïse Katumbi (gouverneur de la province du Katanga), l’auteur du célèbre « Non au troisième faux penalty », avaient pris le gros risque de s’opposer à un Kabila qui contrôlait à sa guise le jeu politique, et détenait les leviers de commande du gouvernement, du Parlement, de l’armée, de la police et des services spéciaux, mais c’était plus étonnant dans le cas du patron de la sécurité nationale.

         D’aucuns ont longtemps craint pour sa vie, aussi bien pendant le bout de temps qu’il avait continué à « cumuler » ses charges de Conseiller Spécial et sa nouvelle casquette de « traître » qu’après son limogeage aussi bien de son poste que de son statut de cadre de la MP. Pour le punir, la « kabilie » avait purement et simplement dédoublé son parti, le MSR (Mouvement Social pour le Renouveau), dans la parfaite anarchie, de manière à l’empêcher de rebondir politiquement ou de briguer un quelconque mandat politique.

         Après avoir longtemps fait planer le doute sur sa qualité d’opposant, l’opinion craignant avoir affaire à un « infiltré », il a donné la preuve de sa rupture définitive avec Kabila en participant au Conclave de Genval, en Belgique, ayant donné naissance au Rassop (Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement), aux côtés de l’icône de l’Opposition congolaise, Etienne Tshisekedi, et en dénonçant le Dialogue de la Cité de l’Union Africaine, organisé par Edem Kodjo en septembre-octobre 2016.

         Solidement ancré dans l’opposition, il était de ceux qui, avec le président de l’UDPS, avaient arraché en fin décembre 2016, l’Accord politique du Centre Interdiocésain instituant une période de transition d’une année, à gérer collégialement par la MP, le Rassop et la Société civile, et ayant pour finalité l’organisation des élections présidentielles, législatives nationales et provinciales en décembre 2017.

         Après le décès inopiné d’Etienne Tshisekedi le 1er février 2017, c’était Pierre Lumbi qui était désigné, par élection, pour lui succéder au poste de Président du CNSA (Conseil National du Suivi de l’Accord et du Processus Electoral). Mais les Kabilistes ayant réussi à infiltrer le Rassop, une aile dissidente, animée par Joseph Olenghankoy, sortait de nulle part et s’emparait du poste. En dépit de ce coup bas, Pierre Lumbi a poursuivi le combat pour le changement, au sein de l’Opposition, en mettant en place, avec Moise Katumbi, un regroupement politique dénommé « Ensemble pour la République », dont il a assumé la charge de Secrétaire général jusqu’à mort, hier dimanche 14 juin 2020. Que son âme repose en paix.

                               Kimp

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