TVA : les milieux financiers craignent le syndrome de la thésaurisation

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Des millions d’épargnants qui avaient suivi avec enthousiasme le mot d’ordre de la Banque centrale du Congo, de loger en toute sécurité, leurs avoirs dans des comptes bancaires, pour éviter des cas de vols ou d’incendies à domicile ou dans les entreprises, et aussi pour obtenir des crédits, ont été surpris de constater que pour connaître tout simplement le solde de leurs comptes, les banques commerciales prélèvent désormais 16 % de TVA.  Et pour chaque opération de transfert des fonds, une taxe de même ordre est prélevée sur leurs avoirs. La surprise est de taille et ne laisse pas indifférents même les potentiels épargnants attirés par les multiples avantages qu’offre le système bancaire congolais.

Un parent qui envoie juste 50 dollars à son fils à l’internat dans un établissement scolaire situé dans une autre ville de la république, ne peut comprendre la majoration de la TVA sur tout transfert des fonds. Il en est de même d’un fils obligé de transférer 100 dollars à son père malade à l’intérieur du pays. Le taux de la TVA prélevée sur ce transfert est de nature à le décourager quand il s’agit d’effectuer plusieurs opérations analogues.

Inquiet pour ce «  grignotage » de ses avoirs, le détenteur d’un compte s’est enquis dernièrement de ce mouvement auprès de son banquier qui, visiblement décontenancé, a répondu qu’il s’agissait de l’application à leur niveau, des instructions des autorités politiques. Ces dernières, considèrent que les banques réalisent des profits sur les frais de relevé de compte et que l’Etat était en droit d’en percevoir quelque taxe.

On sait que dans le cadre de la mobilisation des recettes publiques, le gouvernement s’est lancé dans une campagne d’élargissement de l’assiette fiscale, dans le but de renflouer le Trésor public, afin de pouvoir  poursuivre le vaste programme de construction des infrastructures routières et sociales sur l’ensemble du territoire national.

Et depuis que ces instructions sont entrées en vigueur, des millions d’épargnants ne cachent pas leur désappointement de constater qu’au rythme accéléré ou pas des grignotages, ce sont leurs comptes qui sont dégraissés, au point de se vider.  Et à ce rythme, c’est l’effet inverse que l’on risque de récolter, à savoir la thésaurisation. L’on n’oublie pas que généralement, les détenteurs de fonds importants préfèrent garder leurs avoirs chez eux où ils ne subissent aucun prélèvement de taxes. En outre, ils peuvent disposer de leurs avoirs comme bon leur semble, mais avec des risques majeurs de vols ou d’incendies. Ce qui conduit à la perte de confiance dans les établissements bancaires et au système financier congolais. Et cela pourrait ébranler l’édifice de la bancarisation que notre pays a eu du mal à mettre en place, et la confiance qu’il a difficilement restaurée entre les opérateurs économiques et le système bancaire congolais.

Aussi pour ne plus revivre les époques sombres de la thésaurisation généralisée sur le territoire national, et ses conséquences néfastes sur l’économie congolaise, les autorités politiques feraient mieux de revoir à la baisse les taux de la TVA appliqués sur toutes les opérations bancaires, en éliminant s’il le faut, ceux qui érodent la confiance des épargnants dans le réseau bancaire et la constellation des établissements de crédit et d’épargne de la RDC. L’informel que l’on redoute tant risque de retrouver ses quartiers en prenant petit à petit le dessus sur le formel.

A la lumière des plaintes qui montent au jour le jour dans les milieux de petits et gros épargnants, les autorités politiques feraient œuvre utile si elles écoutaient la voix de ces millions d’opérateurs économiques toutes tailles et tous secteurs confondus. Sinon, le syndrome des grignotages risque de démobiliser plus d’un et remettre au goût du jour, les mauvaises pratiques tant décriées dans les milieux économiques.

 

J.R.T.  

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