Tshimbulu : il faut arrêter l’hécatombe !

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kasaiLa situation qui prévaut actuellement dans la ville de Tshimbulu, au Kasaï Central, devient plus qu’inquiétante au regard du bilan combien lourd des pertes en vies humaines enregistrées jusque là. C’est une véritable hécatombe qui a même fait sortir de sa réserve la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo), qui vient de condamner fermement l’usage disproportionné de la force par l’armée régulière congolaise.
Il y a effectivement de quoi de faire frémir de donner de la chair de poule à plus d’un compatriote épris de paix et de justice. La comptabilité macabre de plus d’une centaine de morts en deux jours, soit jeudi et vendredi de la semaine dernière – majoritairement des mineurs d’âge – devrait interpeller les autorités provinciales et centrales.
          En d’autres temps et circonstances, on parlerait de « massacre » voire de « génocide », car les personnes tuées en grand nombre appartiennent à la même ethnie. Certes, il y a à Tshimbulu et dans plusieurs coins e recoins du Grand Kasaï des miliciens porteurs d’armes rudimentaires et de fétiches, qui se croient investis de la mission de venger le chef coutumier Kamuina Nsapu, tué par les forces régulières en août 2016 et enterré d’une manière cavalière, qui avait heurté les us et coutumes du Kasaï.
          N’y a-t-il pas moyen d’agir autrement même s’il s’avère que l’ordre public est troublé ? Faut-il verser dans un usage disproportionné des armes létales  face à un «ennemi» numériquement et militairement faible ? Telles sont des questions que l’opinion se pose au regard du pourrissement continu de la situation dans la province du Kasaï Central.
          On rappelle que c’est cette manière forte qui fut utilisée en août 2016, au début du conflit et qui aboutira à l’élimination physique du chef Kamuina Nsapu, dont les sujets refusent de s’avouer vaincus. En lieu et place d’opter pour le dialogue avec eux afin de saisir les tenants et aboutissants de leurs revendications en vue d’un règlement à l’amiable, les gestionnaires du dossier semblent avoir levé l’option de l’extermination des miliciens qui font des incursions répétées dans les villes et contrées entières non seulement du Kasaï Central, mais aussi du Kasaï Oriental et du Kasaï.
 
Le dialogue, l’unique voie de la paix
 
          Au fil du temps, le recours à la force tend à montrer ses limites. Le phénomène Kamuina Nsapu est pratiquement ancré dans les esprits, surtout des jeunes sans alternative pour l’avenir. « Gagner la guerre est un fait…Faire la paix en est un autre », dixit un vieil adage. Partant, les analystes pensent qu’il n’y a pas une autre voie pour faire la paix au Kasaï Central en particulier, et sur l’ensemble du Grand Kasaï en général que le dialogue entre les différents protagonistes. C’est ici qu’on doit s’interroger sur l’initiative d’organiser un barza communautaire qui reste malheureusement sans suite à ce jour, après une série de concertations à Kinshasa entre le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et des notables du Grand Kasaï.
          En principe, les jalons du dialogue posés à Kinshasa, loin des terres kasaïennes, devraient avoir des relais sur le terrain, à travers les notables ayant une influence certaine sur les miliciens de Kamuina Nsapu et les autorités provinciales. Il est plus que temps de privilégier le dialogue, alors le vrai, en mettant autour d’une même table des interlocuteurs dignes de confiance et les acteurs visibles et invisibles qui agissent sur le terrain. Vouloir agir autrement en évitant ceux qui ont réellement de l’emprise sur des éléments réactionnaires serait travailler pour l’enlisement d’un conflit qui tourne autour de l’impératif de réhabilitation de la mémoire de Kamuina  Nsapu à  travers un hommage posthume conforme aux traditions kasaïennes.
Dom
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