Triste fin pour des présidents à vie : Mobutu, Compaoré, Ben Ali, Moubarak, Jammeh, Mugabe, Bouteflika, Béchir : tous les mêmes !

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Après Mobutu Sese Seko (ex-Zaïre), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Ben Ali (Tunisie), Moubarak (Egypte), Yaya Jammeh (Gambie), Robert Mugabe (Zimbabwe), Abdel Azir Bouteflika (Algérie), un énième dictateur, qui rêvait d’une présidence à vie, à l’image des ses tristement célèbres prédécesseurs, vient de quitter la scène par la petite porte. Omar El Béchir, maître du Soudan pendant plusieurs décennies, a été contraint de débarrasser le palier hier jeudi 2019, sous la pression de la « base », pour reprendre une expression en vogue dans le microcosme politique congolais.

Comme tout bon dictateur qui se respecte, le désormais ex-président soudanais est resté sourd, jusqu’au bout, aux revendications de son peuple allant dans le sens de la libération de la démocratie, de l’amélioration de ses conditions sociales, et, surtout, de l’abandon de la « Charia », cette forme d’intégrisme religieux d’une autre époque, sur fond d’Islam.

L’étincelle du pain

            Après des années de timides contestations du pouvoir d’Omar El Béchir, dans un environnement d’apparente résignation, la hausse du prix du pain est intervenue comme une étincelle, pour allumer la mèche de la contestation violente, dans la rue, du système politique mis en place par le dictateur aujourd’hui destitué et mis aux arrêts. Comme dopé par une potion magique, des masses des Soudanais sont descendues mercredi dans les rues de Khartoum, avec pour cible le siège de l’état-major de l’armée, qu’ils ont refusé cette fois de quitter, tant qu’ils n’auraient pas la tête d’Omar El Béchir.

            Face à cette « bombe » sociale, l’armée et la police, jusque-là aux ordres de l’homme fort du Soudan et de ses thuriféraires placés dans toutes les structures politiques et militaires de gestion du pays, ont dû faire profil bas et neutraliser leur ex-mentor. Là où plusieurs tentatives de coup d’Etat n’ont pu avoir raison d’Omar El Béchir, là où la CPI (Cour Pénale Internationale) n’a pu obtenir son arrestation, en dépit de la mise en circulation d’un mandat d’arrêt international qui continue de courir, le peuple, cette « armée » invincible, sans armes ni munitions, l’a balayé comme une feuille morte.

Après Béchir, l’incertitude…

            La grande interrogation qui trotte dans les esprits, après le départ d’Omar El Béchir, sous la pression de la « base », est de savoir si son système, solidement implanté dans l’armée, la police, les services de sécurité et les institutions du pays, va connaître son épilogue. Le doute est d’autant permis sur la victoire du peuple soudanais sur le régime Béchir que la période de transition s’annonce mal, avec à la manœuvre des galonnés de l’armée, perçus par l’homme de la rue comme des alliés naturels de l’ancien dictateur.

            Ainsi donc, la chute de l’ancien président du Soudan, hormis sa forte symbolique du déboulonnement d’un personnage qui paraissait intouchable et invulnérable, garde encore ses secrets quant aux dividendes que pourrait en tirer le peuple. A l’instar de ce qui se passe en Algérie, il y a gros à parier que gagner totalement la bataille du changement, le peuple soudanais maintienne les pressions de la rue contre la apparatchiks du régime Béchir, dont le réflexe naturel est la conservation de leurs privilèges. Par conséquent, l’après Béchir s’annonce des plus incertains, avec le grand risque de voir des barons de l’ancien régime voler à la « base » la victoire qu’elle en train de tisser contre un système anti-démocratique, anti-social, sanguinaire, affameur du grand nombre.

            Il reste à savoir si, après les tristes feuilletons de Mobutu Sese Seko, Blaise Compaoré, Ben Ali, Hosni Moubarak, Yaya Jammeh, Mugabe, Bouteflika et Béchir, les dirigeants africains encore « affiliés » à l’école de la dictature et de la présidence à vie, vont en tirer des leçons utiles pour s’inscrire à celle de la démocratie. Le vœu de tous est que les « sourds » et les « aveugles » du moment entendent et voient ce qui se passe autour d’eux et se préparent à passer la main avant qu’il ne soit trop tard. Certains, qui l’ont compris avant qu’il ne soit trop, sont en train de vivre une nouvelle expérience, celle de simples citoyens après avoir plané, des décennies durant, au sommet de leurs Etats.

                                   Kimp

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