Tribunal militaire de garnison de Ngaliema : meurtre du colonel Kasongo, son garde du corps condamné à mort

0
60

C’est à quelques cinquante mètres du saut-de-mouton de Pompage, dans la commune de Ngaliema, lieu de la mort accidentelle par balle du Commissaire supérieur principal Polydor Kasongo de la Légion nationale d’intervention, que le Tribunal militaire de garnison de Ngaliema, siégeant en chambre foraine et en procédure de flagrance, a rendu le lundi 13 septembre tard dans la soirée, la sentence sur cette affaire qui depuis le dimanche 29 août 2021, a secoué toute la ville de Kinshasa, endeuillé toute la Police nationale congolaise et particulièrement sa femme et toute sa famille.

            Statuant contradictoirement, la juridiction militaire de Ngaliema a condamné pour meurtre de son supérieur hiérarchique, le policier Sefu Magbonguo, sans évoquer des circonstances atténuantes, à la peine de mort. Pour les membres de la composition qui ont rendu ce verdict, le policier Sefu, à la vue de l’embouteillage, était descendu de la jeep pour aller disperser les motocyclistes qui encombraient la chaussée dans tous les sens. De manière délibérée, il a joué le rôle qui n’était pas le sien, celui de policier de roulage. C’est dans ces circonstances qu’il a fait usage de son arme. La balle est allée atterrir accidentellement sur la poitrine du Commissaire supérieur principal Polydor Kasongo qui a succombé de suites de ce coup de feu, peu avant d’atteindre un centre médical proche.

            Après avoir ordonné son arrestation immédiate, le Tribunal militaire de garnison de Ngaliema a en outre, condamné le prévenu in solidum avec l’Etat congolais, son employeur, à payer à la veuve Maguy Bakadiona Badibanga, l’équivalent de la somme de 100.000 dollars américains au titre de dommages et intérêts. 

            Rappelons qu’auparavant, l’organe de la loi avait requis la peine de mort à l’encontre du prévenu pour qui il a retenu les infractions d’abandon de poste et de meurtre, soit le maximum de peines prévues par la loi. Il avait promis de déposer sur le banc, le certificat de décès de l’infortuné Commandant second de la Légion nationale d’intervention.

            Il a été constaté que les avocats de la défense ont, dans leurs plaidoiries, développé plusieurs théories aussi contradictoires que désarticulées. Soutenant tous l’innocence de leur client, ces praticiens du droit ont fait valoir que c’est un «wewa» se disputant l’arme avec un policier qui serait l’auteur du coup de feu. Un autre a évoqué l’incapacité du policier, qui n’avait pas la maitrise de ses esprits. Dans ce cas, on ne peut pas le tenir pour responsable de l’incident meurtrier. Un autre encore a privilégié l’élément intentionnel qui n’existait pas dans le chef du policier Sefu. Garde du corps depuis quelques temps du Commissaire supérieur principal Kasongo, il n’a jamais manifesté l’intention de tuer cet officier. En l’absence de cette intention ou de la volonté, les trois éléments constitutifs de la prévention d’homicide volontaire ne sont donc pas réunis. D’où leur client ne doit pas être condamné pour meurtre, faute de preuve. Il devrait donc être acquitté purement et simplement.

            Dans leurs plaidoiries, les avocats de la veuve Maguy Bakadiona ont ému toute la salle improvisée devant les bureaux du Commissariat de police de Pompage. Le rappel du récit de l’incident meurtrier a arraché quelques larmes quand il a été fait état de zèle du policier à régler la circulation routière, alors que ses collègues de la PCR étaient présents sur le lieu. Et comment ne pas condamner ce garde du corps qui a ôté la sûreté de son arme , sachant bien qu’à la moindre bousculade, ce fusil d’assaut pouvait tirer. Et malheureusement, c’est ce qui est arrivé.

            A la fin des plaidoiries, le Tribunal militaire de garnison de Ngaliema a donné la parole en dernier lieu au prévenu, qui en peu de mots, a regretté l’incident du dimanche 29 août 2021. Contre la peine de mort requise par l’OMP, le policier Sefu a dévoilé le fond de son cœur:  Je veux servir encore mon pays ! Je n’ai jamais envisagé de tuer mon chef.  Cette même nuit, le condamné a rejoint sa cellule à la Prison militaire de Ndolo. Au moins, ses avocats l’ont rassuré qu’en RDC, pour avoir ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux, la peine de mort a été commuée en prison à perpétuité.

            Au moment où les spectateurs quittaient le prétoire, satisfaits de la sanction prononcée par le Tribunal militaire de garnison de Ngaliema, un seul sentiment les animait, c’est celui d’indignation contre les dérapages de nombreux policiers qui ont été marqués par des cas de meurtres à Kinshasa, comme à l’intérieur du pays.

                  J.R.T.              

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •