Transfèrement des eaux de l’Ubangi vers le lac Tchad : graves accusations contre le Gouvernement

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La plénière d’hier mercredi 4 avril à l’Assemblée nationale, présidée par le 2ème vice-président Rémy Masamba, était essentiellement consacrée au contrôle parlementaire. Deux questions orales avec débat constituaient son ordre du jour, à savoir : la position du gouvernement face à la problématique du transfèrement de l’eau d’Ubangi vers le lac Tchad, et les raisons des coupures accentuées de fourniture en électricité à travers le pays.

C’est le ministre de l’Environnement et Développement durable Amy
Ambatobe qui devait donner la position du gouvernement face à la
problémnatique de transfèrement de l’eau pour la première question
posée par Patrick Mayombe ; tandis qu’à la seconde question posée par
Balamage Nkolo Boniface, c’est le Directeur général de la Société
Nationale d’Electricité (Snel) qui devait fournir des explications aux
perturbations que l’on observe dans la desserte de l’énergie
électrique.

Gouvernement : pas de transfèrement à
l’aveuglette

«En conclusion, la question de transfèrement des eaux de l’Ubangi
vers le lac Tchad, ou du Kasaï vers l’Afrique australe, doit
absolument prendre en compte le maintien de la biodiversité du fleuve
Congo et de ses affluents, la baisse des amplitudes des eaux, la
sauvegarde des tourbières, la survie du barrage et du projet Grand
Inga, la navigabilité intérieure sur nos cours d’eaux et le bien-être
des riverains, etc.
Les anomalies dues au changement climatique en corrélation avec la
baisse des niveaux d’eaux sur l’Ubangi et le Kasaï, expose clairement
ces deux principaux affluents du fleuve Congo aux stress hydriques ».
Avant d’en arriver à cette conclusion, le ministre de l’Environnement
a d’abord décrit toute la problématique de transfèrement des eaux du
Bassin du Congo (ex-Zaïre) qui remonte vers les années 90, avec des
propositions faites à notre pays de pourvoir en eaux les parties
australe et septentrionale de l’Afrique où la carence se faisait
sentir.
Dénommé « projet Transqua », celui-ci visait au départ le
transfèrement des eaux affluents Est et Nord-Est du fleuve Congo vers
le lac Tchad par un gigantesque canal qui les déverserait, à son tour,
dans le fleuve Chari pour le lac Tchad comme destination finale. Avant
Ubangi, le site choisi pour ce prélèvement fut l’Est du pays à la
hauteur de Bukavu, avant qu’il change à cause de l’instabilité qu’on
observe dans la partie orientale du pays. Voilà les raisons du choix
d’Ubangi, a révélé Amy Ambatobe.
Après des sommets qui se sont succédé à travers le monde sur
l’environnement, où la question du sèchement du lac Tchad revenait de
temps en temps, c’est en 1992 que l’ex-Zaïre adhéra à la Commission du
Bassin du Lac Tchad (CBLT) en observateur. La RCA adhéra, à son tour,
en 1997. Et en 2005, le Congo Brazzaville signe l’accord d’exécution
du projet Transaqua. La Lybie, l’Algérie et le Soudan souscrivirent au
projet en 2008.
En 2010, le Tchad et la CBLT avaient organisé à Ndjamena le « Forum
mondial de développement durable et le sauvegarde du Lac Tchad » à
l’issue duquel les participants avaient reconnu au lac Tchad le statut
du patrimoine de l’humanité. D’où la nécessité d’activer le projet de
transfèrement des eaux d’Ubangi vers le lac Tchad.
« En 2014, s’est tenue respectivement à Bologne et à Rimini (Italie),
une conférence sur le projet Transaqua. Il s’agissait d’une table
ronde des bailleurs de fonds pour le financement du plan quinquennal
d’investissement 2013-2017 de la CBLT », a informé le ministre en
indiquant que le transfert de l’eau du bassin du Congo vers l’Afrique
australe a été retenu parmi les résolutions.
Après avoir évalué toutes ces initiatives visant le transfert des
eaux de la RDC vers l’Afrique du Nord et du Sud, le ministre de
l’Environnement soutient que « tout transfèrement des eaux du Congo
vers le lac Tchad est conditionné par des études préalables ». Car,
a-t-il insisté, il faudra prendre en compte les aspects
socioéconomique, touristique, technique, et géopolitique de la RDC.

La bombe d’Eve Bazaiba !

Après l’exposé du ministre de l’Environnement, le bureau a accordé la
parole à Jean Claude Vuemba, pour sa motion d’information. L’élu de
Kasangulu a rappelé à l’intention de la plénière que cette question du
transfèrement des eaux du fleuve Congo avait déjà fait l’objet des
débats au cours de la législature passée, et une commission ad hoc fut
mise en place. Il appartient au bureau d’en tenir compte afin d’avoir
l’éclairage nécessaire pour aborder la présente question.
Le président de séance, Rémy Masamba, a reconnu le fait, avant de
préciser que ladite commission fut présidée par  feu Charles Mwando
Nsimba et l’honorable Eve Bazaiba comme rapporteur. Immédiatement, la
parole a été accordée à Eve Bazaiba pour éclairer la lanterne de ses
collègues.
Prenant la parole, l’oratrice a commencé par fustiger le silence
inexpliqué du gouvernement face à une question d’extrême importance
pour le pays, surtout que des nombreuses initiatives sont en train
d’être prises sur le dos de la RDC, sans pourtant l’associer en tant
que pays pourvoyeur. La dernière réunion d’Abuja, au Nigeria, en est
la preuve. Ce qui frise un complot international ourdi contre le pays,
avec des complicités internes.
Expliquant succinctement l’affaire du transfèrement des eaux de la
RDC vers le Tchad, l’élue du MLC a révélé : « Contre toute attente,
les informations à notre possession renseignent que la RDC avait donné
son accord depuis 2005, à travers les signatures conjointes des
présidents Joseph Kabila pour la RDC, Idris Deby pour le Tchad et
François Bozizé pour la RCA ». Cris nourris dans la salle des congrès
du Palais du peuple. Et d’enchaîner qu’en mars 2008, le Nigeria, le
Niger et le Tchad s’étaient accordés de financer les études liées à ce
projet aux allures d’un complot international contre la RDC».
Pire encore, ajoute-t-elle « Du 4 au 5 avril 2014, une conférence sur
le projet Transaqua s’est tenue en Italie, Bologne et Rimini. A cette
occasion, le Tchad fort de l’accord de 2005 : si le Congo ne veut pas
nous donner de l’eau, nous serons obligés d’aller la prendre d’une
manière ou d’une autre ». Pour Eve Bazaiba, cette déclaration des
dirigeants tchadiens prouve bien que la guerre de l’eau est à nos
portes.

Lokondo coupe le débat

Intervenant par motion, Henri Thomas Lokondo a suggéré à la plénière
qu’il n’était pas nécessaire de continuer à débattre d’une telle
question, qui implique l’avenir du pays. Que l’Assemblée nationale
lève l’option d’instruire le Gouvernement d’écrire à toutes les
instances concernées par le projet de transfèrement de nos eaux, y
compris le Conseil de sécurité de l’Onu, pour leur exprimer le refus
de la RDC. Suggestion votée à l’unanimité.

Dom

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