Trafic aérien : le jour où le Congo sera bloqué…

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Depuis cinq jours, les Congolais suivent les nouvelles du chaos qui règne dans le trafic aérien à la suite de l’éruption volcanique survenue en Islande. Tout est arrivé de la manière la plus brutale possible et depuis, à cause d’un nuage de cendres qui menace la majorité du ciel européen, les avions ont été cloués au sol, entraînant des pertes financières évaluées à deux cents millions de dollars américains par jour.

Ces mauvaises nouvelles qui nous parviennent pratiquement toutes les heures concernent aussi, voire doublement, les Congolais. D’abord parce que nos principaux aéroports sont desservis par des avions concernés par la paralysie qui secoue le trafic en Europe. Et ensuite parce que ce qui est arrivé en Islande et qui préoccupe aujourd’hui le secteur aéronautique international est pour nous aussi un signal qu’il va falloir disséquer avec beaucoup de lucidité si nous voulons nous mettre à l’abri d’une très vilaine surprise.

En effet, notre pays fonctionne, depuis des décennies, sur base du trafic aérien. Les routes ont été oubliées depuis des lustres, de même que le réseau ferroviaire dont on ne se rappelle l’existence que pour opérer des razzias en faveur des techniciens des opérations « retour ». Vous voulez vous rendre à Kisangani ? Prenez l’avion. Vous voulez partir à Mbuji-Mayi ou à Lubumbashi ? Prenez l’avion. Vous voulez faire une descente au Kivu ou à l’Equateur ? Prenez l’avion. Pour tout et à tout moment, il faut prendre l’avion en RDCongo. La route n’est utilisée que pour des courtes distances, comme aller au Bas Congo ou à Kikwit à partir de Kinshasa. Pour le reste, le ciel est roi.

Alors, quand les Congolais apprennent que la cause majeure du chaos aérien actuel réside dans l’invasion du ciel par des nuages de cendres provenant d’un volcan situé en Islande, ils se rappellent que leur pays héberge une quantité importante de sites du même genre. Ils se souviennent d’un passé à la fois lointain et récent, qui avait vu les volcans Nyamulagira et Nyiragongo cracher du feu, et chasser toute la population de la ville de Goma, l’obligeant à se réfugier chez l’agresseur rwandais !

A la faveur des tristes conséquences de l’éruption volcanique en Islande, les Congolais (re)apprennent toute l’importance de la route, du rail et des ferrys. Ils se rendent compte qu’un Etat digne de ce nom ne se contente pas d’une seule voie de communication. Et c’est parce que les européens disposent de véritables réseaux routiers, ferroviaires et fluviaux ou maritimes qu’ils sont en mesure de proposer des solutions de rechange à leurs ressortissants. Ceux qui suivent les championnats de football sur le vieux continent par exemple n’ont pas appris un seul cas de match perdu par forfait par une équipe pour cause de chaos dans le trafic aérien. Les équipes ont toutes été au rendez-vous, dans des conditions pénibles certes, mais elles ont effectivement été là, manifestant le même respect à l’égard du public et du sport.

Quel serait le sort de la République Démocratique du Congo si, par hasard, le Nyiragongo ou le Nyamulagira se mettait à vomir des laves porteuses des nuages de cendres de nature à paralyser les aéroports de Goma, Buta, Isiro, Bukavu, Kindu, Kisangani, Mbuji-Mayi, Mbandaka, Lubumbashi et même Kinshasa ? La réponse est connue du commun des Congolais : ce serait la catastrophe, le CHAOS en majuscules. Car comme nous l’avons déjà dit, notre pays souffre, depuis plusieurs décennies, d’un enclavement généralisé de ses territoires, secteurs et villages. Les infrastructures routières, ferroviaires, fluviales et lacustres laissées par le colonisateur belge ont foutu le camp. Pourtant, en 1961, tout le monde sait que les partisans de Lumumba avaient fui Kinshasa pour Stanleyville (Kisangani) par la route, pour lancer leur rébellion et créer leur « République Populaire du Congo » à Stanleyville. Aujourd’hui, ils ne peuvent pas rééditer le même exploit. La seule alternative qui leur offerte, à défaut de prendre l’avion où un bateau placé sous la menace des Enyele, est de suivre à pieds les sentiers pour traverser la forêt sur deux mille kilomètres. Un exercice qui prend plusieurs mois comme les « kadogos » ont eu à l’expérimenter il y a treize ans lors de l’invasion de notre pays par les armées rwandaise, ougandaise, burundaise et erythréenne.

Un sévère avertissement

Tout peut donc nous arriver, même si, en temps normal, une nuisance volcanique ayant une portée nationale paraît utopique. D’où, nos gouvernants devraient mettre le maximum de patriotisme et de moyens dans ce que l’on a pris coutume d’appeler les « 5 chantiers de la République ». Leur visibilité, qui s’affirme de plus en plus dans les grandes villes telles que Kinshasa et Lubumbashi, devrait aussi s’étendre aux chefs-lieux de territoires et de secteurs, ainsi qu’aux villages.

Il nous faut révolutionner le décor des riverains attendant le passage d’un bateau pendant des semaines et des mois, celui des automobilistes contraints de parcourir pendant une semaine une distance d’à peine 50 kilomètres entre deux villages, celui des paysans qui passent toute leur vie sans avoir aperçu un train, un avion ou un bateau, celui des rails et rames de trains transformés en mitrailles, faute d’avoir été utilisés depuis l’indépendance, etc.

Les « 5 chantiers » devraient apporter l’espoir d’un désenclavement effectif du pays, comme c’est déjà le cas entre Kinshasa et Kikwit. Une interconnexion routière, ferroviaire, fluviale et lacustre du pays, couplée à celle de l’avion, serait la grande révolution communicationnelle tant espérée. C’est seulement sous cette condition que le cauchemar d’un caprice du Nyiragongo ou du Nyamulagira s’éloignerait à jamais.

La RDC devrait apprendre à marcher comme un Etat moderne, que ne saurait bloquer ni des nuages de cendres d’un volcan, ni l’effondrement d’un pont, ni le déraillement d’un train, ni l’impraticabilité d’une route ou d’une voie fluviale ou lacustre. Les Congolais aimeraient avoir aussi leurs TGV (Trains à Grande Vitesse), leurs métros, leurs autoroutes, leurs BGV (Bateaux à Grande Vitesse), etc.

Demain les élections…

Le processus électoral de 2006 était sévèrement critiqué à cause, notamment, de la manière dont étaient transportés les kits électoraux pour les opérations préélectorales d’identification et d’enrôlement, mais surtout les urnes. Certaines caisses étaient portées à dos d’hommes, pendant des jours, sur des distances exigeant plusieurs haltes au passage des rivières en pirogue, avec tous les risques de substitution ou de perte des bulletins de vote, ou plus grave, de bourrage des urnes.

Les observateurs internationaux des élections, connaissant les difficultés d’un pays post-conflit, n’ont pas voulu insister sur cette grande défaillance d’organisation. Va-t-on offrir aux Congolais et aux étrangers le même spectacle. Il est permis de croire, à la lumière des perturbations du trafic aérien en Europe, que la RDC va en tirer le maximum d’enseignement pour accélérer les travaux d’infrastructures de communication. L’enjeu électoral est de taille dans le volet « transports ». Notre pays gagnerait à s’éviter des contentieux électoraux ayant pour soubassement un déficit de mobilité des kits électoraux ou des urnes.

L’autre constat amer fait est que les campagnes électorales se sont le plus souvent arrêtées au niveau des villes et chefs-lieux des provinces. Les compatriotes du Congo profond n’ont pu être touchés par les candidats députés nationaux ou provinciaux, ni par ceux qui se disputaient la magistrature suprême. Des villageois avaient en fait dû élire d’illustres inconnus, dont ils ignoraient les programmes d’action et les visages.

                                   Jacques Kimpozo

 

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