Tolérance zéro : Kabila doit construire des prisons plus vastes Mais attention aux règlements des comptes

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Perdue de vue depuis un temps relativement long, à la suite de la visibilité de plus en plus inquiétante des situations d’impunité, la « tolérance zéro » vient de se rappeler au bon souvenir des Congolais. Le ministre du Développement Rural, Philippe Undji, a été démi de ses fonctions et mis à la disposition de la justice. Le DGA de SEP-Congo, Alain Ilunga, le PAD et l’ADG de SONAL, deux hauts magistrats (un procureur général et le président du tribunal de commerce de Lubumbashi), ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires sont dans le collimateur de la justice. L’on se réjouit que le gouvernement, sous l’impulsion du Chef de l’Etat, ait décidé de frapper de nouveau dans les cercles des « Kuluna en cravate », ces criminels économiques à col blanc qui passent le plus souvent pour des intouchables.
On veut bien que les fonds publics, les entreprises du Portefeuille, les régies financières, les ressources naturelles nationales, les biens sociaux collectifs, le patrimoine foncier et immobilier de l’Etat, cessent de paraître comme des biens sans maître. Les Congolaises et Congolais ont toujours appelé de leurs vœux la fin de la récréation dans le secteur de la création et de l’utilisation des richesses nationales.
            En prenant ces mesures annoncées le week-end, Joseph Kabila a donc décidé de balayer devant sa porte. Il a compris qu’après avoir servi au peuple un discours de moralisation de la vie publique à sa prise de fonction, il ne pouvait se permettre d’aller vers ce même peuple pour solliciter ses suffrages  sans avoir respecté entièrement ou partiellement   cet engagement important. Il était donc temps que l’Etat ressuscite pour faire respecter l’intérêt collectif. C’est ici précisément que des questions méritent d’être posées car il s’agit de s’assurer que l’opération qui démarre ne sera pas finalement détournée de ses objectifs nobles pour se transformer en un vil réglement des comptes, s’il ne devient pas un moyen pour les initiés de s’enrichir à bon compte en faisant chanter les éventuels suspects. 
            Il est intéressant de constater que l’opération mains propres prend en considération la période légale de prescription des délits de détournement et de corruption, c’est-à-dire une période de dix ans. Cela laisse présager que le pays va avoir besoin de construire en urgence des prisons plus vastes pour accueillir tous ces champions de la prévarication financière qui narguent le petit peuple depuis 2001. Mais une chose est d’annoncer la bonne nouvelle, une autre est de faire en sorte que le travail de salubrité publique ainsi démarré ne soit sélectif et ne concerne que ceux qui sont sans parapluie, laissant les vrais prédateurs poursuivre leur sale boulot en toute impunité.
           
L’opinion se rappelle d’une action semblable menée à l’époque de Laurent-Désiré Kabila et qui avait vu les ministres, PDG, etc. reprendre calmement leurs fonctions après avoir été livrés à la vindicte populaire.  Il faut espérer qu’on ne nous servira pas la même sauce et que cette fois, un effort sera mené pour présenter des vrais dossiers – et Dieu seul sait combien ils sont nombreux – et donner le bon exemple en sanctionnant les vrais coupables.
            Ainsi donc, pour éviter que la tolérance zéro ne se transforme en une chasse aux sorcières ou, mieux, aux adversaires politiques, ministres, vice-ministres, gouverneurs de provinces, mandataires publics en fonction ou non, responsables des services spéciaux préalablement sélectionnés sur une «liste noire», il est souhaitable qu’elle se passe dans la transparence, l’objectivité, l’honnêteté, le patriotisme.
            La RDC, qui se débat encore dans le jeu des essais-erreurs avant de se muer en Etat de droit, a intérêt à rassurer tous ceux qui redoutent le règne des interpellations, détentions et condamnations extrajudiciaires.
            En clair, le commun de Congolais voudrait voir les personnes accusées ou soupçonnées de détournements des fonds, d’actes de corruption ou de concussion, faire l’objet des procédures légales, tout en jouissant de leur droit le plus fondamental, celui consistant à présenter leurs moyens de défense avant d’être jetés dans un cachot ou dans une prison. Ce que l’on devrait éviter, c’est de laisser les services de sécurité ou les magistrats arrêter et décréter des détentions préventives à tours de bras, sans avoir au préalable approfondi les dossiers des personnes incriminées ni réuni les preuves formelles de leur mise en accusation.
            La privation de liberté devrait être, ainsi qu’on ne cesse de le répéter, l’exception. Ensuite, s’il existe une réelle volonté d’appliquer la tolérance zéro, celle-ci devrait s’abattre sur tous ceux et toutes celles qui, à tous les niveaux, abusent des biens et fonds publics. Lorsque l’on observe le boom immobilier que connaissent les villes du pays, à commencer par Kinshasa, lorsque l’on jette un regard circulaire sur les grosses cylindrées qui écument les artères de la capitale et des chefs-lieux de provinces, la première idée qui vient à l’esprit est que des milliers de Congolais et d’étrangers se sont scandaleusement enrichis, grâce à l’argent sale, au détriment de l’Etat.
 
            Si la tolérance zéro était appliquée sans exception ni état d’âme, ce ne sont pas un ou deux ministres, mandataires publics, députés, sénateurs, gouverneurs de provinces, bourgmestres, hauts fonctionnaires qui devraient humer présentement l’air frais des prisons, avec effets rétroactifs, mais des centaines, sinon des milliers.
            Qu’à cela ne tienne, on attend voir de quelle manière les gestionnaires de l’opération tolérance zéro vont la mener pour constater qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle croisade d’élimination d’adversaires politiques ou de mandataires publics indésirables avant la compétition électorale.
                                   Jacques Kimpozo
 
 

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