Tirs, téléphones, textos, bande passante…

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Les résidents de Kinshasa, qui croyaient passer une journée tranquille hier mardi 22 juillet 2014, étaient loin de se douter que la routine allait être brisée en fin de matinée. Alors que la majorité des Kinoises et Kinois avaient l’esprit ailleurs, des coups de feu, apparemment isolés au départ, étaient entendus, en fin de matinée, par les habitants des quartiers voisins du Camp Tshatshi. Il était difficile de savoir, au départ, s’il s’agissait d’une échauffourée entre soldats ou d’échanges de tirs entre troupes loyalistes et des assaillants. La répétition des tirs, par intermittence, mais surtout l’accroissement de leur intensité, autour de 14 heures, a convaincu les résidents de Ngaliema de la certitude d’une attaque armée. A ce sujet, chacun s’est mis à penser à un nouveau coup du genre de celui des adeptes du pasteur Mukungubila, qui avaient mis les nerfs de tous à rude épreuve durant la journée du lundi 30 décembre 2014, avec des incursions armées menées simultanément contre le Camp Tshatshi, la Cité de la RTNC et l’Aéroport International de N’Djili.

         Sans la magie du téléphone cellulaire, la majeure partie de la ville serait restée ignorante de ce qui se passait autour du Camp Tshatshi. Mais, avec le téléphone portable, des appels sont partis dans tous les sens, au point qu’en l’espace de quelques secondes, le vent de panique a commencé à souffler sur Kintambo, avant de toucher le centre de la ville, à Gombe, et de se répercuter jusqu’à Mitendi, Kimwenza, Kisenso, Kimbanseke, N’Sele et Maluku. Les textos s’en sont mêlés par la suite, tant et si bien que tout ce qui se passait dans le périmètre du Camp Tshatshi était suivi minute par minute et seconde par seconde par toute la ville .

Les exploitants des bureaux de change, des boutiques, des terrasses, des « malewa »,  des maisons de communication… ont été les premiers à cadenasser leurs « shops », par crainte des pillages. Même si les cadenas ne résistent pas aux coups de godasses d’éléments insurgés ou des armes à feu – on l’avait vécu lors des pillages de 1991 et 1993 ainsi qu’en mars 2007 lors de la « guerre de Kinshasa » entre les troupes de JP Bemba et du gouvernement – chacun a voulu se convaincre que cette précaution sécuritaire valait son pesant d’or.

         Dans la débandade générale, des audiences des cours et tribunaux étaient suspendues brutalement et les dossiers renvoyés à plus tard. Des universités et instituts supérieurs, où les professeurs et étudiants sont préoccupés par des derniers examens de la première session et l’attente des rounds des délibérations, tout s’est arrêté d’un coup pour permettre à chacun de se mettre à l’abri ou de regagner précipitamment son domicile. Les bureaux de l’administration publique, des entreprises publiques et privées se sont vidés de leurs cadres et agents, sans préavis. Le moment ne se prêtait pas aux autorisations de sortie ou demandes d’explications. Des « chefs » impuissants, abandonnés par leurs collaborateurs, n’ont eu d’autre alternative que de se retirer sur la pointe des pieds.

         Dans ce sauve-qui-peut général, les chaussées étaient prises d’assaut aussi bien par les engins commis au transport en commun que par des véhicules personnels. Des embouteillages monstres se sont ainsi formés sur tout le parcours, rendant du coup le trafic très difficile. Les arrêts de bus étaient pris d’assaut par des marées humaines dont l’aspiration par les engins des transports en commun a pris plusieurs heures. Las d’attendre un taxi, un taxi-bus ou un bus qui ne venait pas, des milliers de Kinoises et Kinois ont renoué avec la fameuse « ligne 11 », synonyme des marches à pieds sur plusieurs dizaines de kilomètres. L’essentiel était de s’éloigner, tout le monde sachant que les « guerres » se terminent toujours mal, à savoir par des morts, des blessés, des pillages, des viols, des vols, des règlements de comptes divers.

         En milieu d’après-midi, la bande passante de la RTNC annonçant l’attaque du Camp Tshatshi par un groupe de malfrats maîtrisés rapidement par les FARDC a eu le don de tordre le coup aux rumeurs et de calmer progressivement les esprits. Les appels téléphoniques ainsi que les textos des résidents des quartiers riverains du Camp Tshatshi, après avoir contribué à amplifier la panique à la mi-journée, ont eu un effet bienfaisant sur les esprits, en confirmant la cessation des « hostilités » et le retour effectif au calme. Des jeeps de la police appelant au calme ont également contribué au dégel de la situation. Et, en l’espace de quelques minutes, la panique a disparu pour laisser la place à la libre circulation des personnes et des biens. Mais les voies publiques sont restées désertes, la peur empêchant des rassemblements publics.

                            Kimp

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