TGI/Gombe : l’affaire des prostituées chinoises commence à livrer ses secrets

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Les vérités, denrée souvent rare dans les procédures de flagrance, ont commencé à jaillir hier mercredi 17 novembre 2021, à l’audience du Tribunal de grande instance de la Gombe siégeant dans l’affaire qui oppose le Ministère public à Ye Ying Parg et consorts. 22 sujets chinois ont comparu hier, assistés de leur vingtaine d’avocats-conseils, tandis que quatre compatriotes congolais ont répondu à l’invitation du tribunal comme renseignants. Pour les filles chinoises, on en a compté 22 âgées entre 16 et 23 ans.

         L’audience qui a démarré vers 15 heures, dans la grande salle de la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe, pleine comme un œuf, avait refusé du monde. Et que peut-on retenir de cette audience ?

         L’instruction a démarré sur les chapeaux de roues, grâce à la sagacité du tribunal qui a procédé par une méthodologie bien articulée allant de l’audition des témoins convertis en renseignants à cause des liens de subordination entre ces derniers et les responsables de cette entreprise.  Cette méthodologie s’est révélée payante. D’abord, quand le renseignant Ibula Landu, a comparu comme patron de la société de gardiennage Force One Security, qui avait signé un contrat de partenariat avec une boîte de nuit, un hôtel, un restaurant, non identifié.

Selon la convention signée entre les deux sociétés, Force One Security a donné ses vigiles qui ne se limitaient à contrôler les accès à l’hôtel, ainsi que les sorties de filles, travailleuses de ce réseau. Malgré la présence des caméras de vidéo-surveillance, aucun client congolais n’était accepté dans cet établissement qui travaillait à guichets fermés, juste pour les sujets asiatiques dont des Chinois, des Coréens et des Japonais.

         L’OMP qui a tenu à creuser dans les faits les non-dits dans les PV d’audition au parquet, a obtenu des vigiles que l’établissement disposait d’une vingtaine de filles que des clients fréquentaient, moyennant négociations sécrètes avec le patron Yi Jin Parg. On ne sait pas ce que coûtait une nuitée pour les clients de la boîte. Tout se discutait en chinois. Et le personnel bloqué par la barrière de la langue était tenu à l’écart des tractations et des conciliabules. L’on sait néanmoins que des chauffeurs congolais étaient chargés d’acheminer les filles et de les livrer aux membres du club. Sur instruction du patron, ils les ramenaient à l’hôtel.

         Comme pour confondre le patron et la gérante de la boîte qui passe pour la femme de M. Yi Jin Parg, le tribunal a entendu le servant Shongo Okota, le chauffeur Manzia Ambeke qui a pu reconnaître au moins cinq filles qu’il a livrées aux clients. Véritable livraison à domicile, comme des menus à emporter. Elles passaient soit un jour, deux ou trois jours chez les clients. Tout, a révélé Manzia, se négociait avec le patron.

         Et comme si l’on s’acheminait vers le bout du tunnel, l’audition des sujets chinois Ley Wang You, surpris dans les chambrettes par les enquêteurs, avec leurs copines, ont laissé entendre qu’ils avaient bien mangé et bu et qu’il faisait tard. Face au couvre-feu, ils ont passé la nuit là-bas. Autre élément qui a démontré la volonté d’étouffer la vérité: les images des caméras de vidéo-surveillance ont été effacées. Certains couples s’étaient barricadés dans les chambres, refusant d’ouvrir les portes. Il a fallu casser la porte pour surprendre un homme et une fille recroquevillés au coin d’un lit, tout tremblotant de peur.

         Aujourd’hui, le tribunal va procéder à la poursuite des auditions des filles dont certaines ne disposaient pas de titres de séjour régulier en RDC.J.R.T.

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