TGI/ Gombe : affaire Blattner, confrontation manquée entre le DG de Safricas et TMB

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La lumière tant souhaitée par les juges du Tribunal de grande instance de la Gombe, pour illuminer les dessous de l’affaire Ministère public et partie civile la RDC contre le prévenu David Eric Blattner, directeur général de la société Safricas S.A , a fait défaut à l’audience d’hier lundi 15 juin 2020. Et pour cause ? Sur les six témoins et renseignants attendus, un seul a comparu. Il s’agit d’un délégué de la Trust Merchant Bank (TMB), le banquier de l’entreprise Safricas et de Blattner.

         A la suite de cette absence liée essentiellement aux formalités de procédure, le Tribunal de grande instance de la Gombe a jugé bon de renvoyer cette affaire, en accord avec toutes les parties, à l’audience du lundi 29 juin 2020. Question de régulariser la procédure au niveau du greffe pénal. En effet, le greffier audiencier a été enjoint par le président de la chambre pénale instruisant  l’affaire Blattner, de diligenter de nouveaux exploits avec comme grande recommandation, faire parvenir les nouvelles notifications des dates d’audience aux témoins et renseignants à leurs adresses de service ou à leurs domiciles.

         David Eric Blattner qui s’attendait à être dédouané concernant le non respect de délai de livraison des ouvrages à construire dont les marchés lui ont été confiés, garde encore son souffle, estimant qu’à la prochaine audience, les vérités seront enfin dévoilées. Mais au fait, quelle est cette lumière qui manque aux juges pour situer les responsabilités pénales du directeur général de Safricas ou celles de ses principaux partenaires et les entreprises de sous-traitance dans la construction de sauts-de-moutons ? 

         A lire les correspondances échangées dernièrement, on peut relever qu’à la suite des embouteillages monstres qui avaient asphyxié la circulation routière dans la ville de Kinshasa, particulièrement au niveau des chantiers de sauts-de-moutons de Debonhomme au Pont Matete, du marché de la Liberté et de la place Pascal sur le boulevard Lumumba, c’est le ministère congolais des ITPR qui avait écrit à Safricas pour inviter cette entreprise de génie civil à stopper la construction du saut-de-mouton du Pont Kasa-Vubu. C’est ainsi que sur instruction du gouvernement, le chantier n’avait pas été ouvert jusqu’aujourd’hui à ce site. David Blattner soutient mordicus qu’il ne pouvait pas agir autrement et s’est ainsi plié aux recommandations gouvernementales.

         Il a demandé aux juges de comprendre la situation dans laquelle il était confiné, malgré sa bonne volonté d’exécuter les ouvrages dans le souci de sauvegarder la confiance avec l’exécutif central.

L’OMP retient à sa charge des détournements de l’ordre de 5.063.785,8 dollars US

         A cette demande, l’officier du ministère public a opposé ses investigations qui contredisent l’homme d’affaires belge. Non seulement, au début des investigations menées par son office, les comptes de David Blattner étaient au rouge, le mettant dans l’impossibilité d’importer des équipements, d’acheter des matériaux sur le plan local et même de payer les ingénieurs, les techniciens et les ouvriers. Pour quelqu’un qui prétend qu’il n’y avait pas de problèmes, les travaux seraient certainement très avancés surtout qu’il avait reçu des fonds pour le faire. Le ministère public a même découvert que le DG de Safricas avait accumulé de nombreux litiges auprès de son banquier, la TMB. Pour ces débits non réglés, Trust Merchant Bank a sauté sur l’occasion, dès que les comptes de Safricas étaient aussitôt alimentés par le Trésor public. L’entrepreneur s’est donc retrouvé dans une situation inconfortable. Bien que beaucoup de fonds lui avaient été versés, le tout a été siphonné par Trust Merchant Bank.

         L’organe de la loi a donc retenu que les fonds versés à David Eric Blattner, en trois étapes, 1.272.135 dollars US, 1.394.201,8 dollars US et 1.397.449 dollars US, invisibles dans ses comptes, constituaient bel et bien des détournements, puisqu’ils avaient servi à honorer ses litiges financiers avec son banquier, lesquels n’ont rien à avoir avec les projets des sauts-de-moutons. D’où l’intérêt de le confronter avec son banquier pour en savoir davantage.

         Ce qui intrigue le plus le ministère public est le fait qu’au début de ses enquêtes, sur certains sites, les chantiers étaient vides. Pas d’engins, pas de matériaux de construction, ni des bureaux pour les ingénieurs, les techniciens et des administratifs pour la gestion des ouvriers. Juste les tôles qui délimitaient les espaces réservés aux sauts-de-moutons. Aussi l’absence des fonds dans les comptes de Blattner peut expliquer tout le retard mis dans la réalisation des ouvrages.

         Pour leur part, les conseils de la République sont restés dans cette même logique, soutenant que le prévenu est dans l’optique du rattrapage. Rien fait dans le délai, mais dès que les poursuites judiciaires sont lancées, l’on tente de rassembler sur les chantiers, quelques équipements et matériaux de construction.

         Le ministre des ITPR, le général Kasongo, le Bureau technique de contrôle, le cabinet professeur Tauzin, Design Construction et autres consultants sont attendus à l’audience du lundi 29 juin, afin d’apporter des béquilles à la défense du directeur général de Safricas qui ne cesse de clamer sa bonne foi et sa détermination à livrer des sauts-de-moutons bien réalisés qui feront la fierté des Kinois, les bénéficiaires, et qui donneront aux infrastructures routières de Kinshasa, un nouveau visage pouvant attirer de nombreux touristes. Saura-t-il convaincre les juges quant à ce ? La tâche ne parait pas à première vue impossible.  Attendons voir !

J.R.T. 

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