Le Sphinx de Limete est mort : les congolais se souviennent

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Etienne-TshisekediLe 24 novembre 1965 le colonel Joseph  Désiré Mobutu prend le pouvoir par un coup d’Etat et depuis pendant 32 ans il n’a cessé de matraquer la population congolaise avec sa dictature sans borne qu’on finira par appeler le Mobutisme.
Celui-ci s’est installé dans une population zaïroise dépersonnalisée, repliée sur elle-même dont la vie est marquée par la misère et les vagues de violences coloniales et postcoloniales.
La classe politique néocoloniale encore faible n’était qu’une carapace fragile. La réalité politique en elle-même se déroule en dehors du peuple. Les intellectuels congolais affichaient un comportement controversé et loin de se présenter dans une posture de projet de société, ils étaient plutôt des grands producteurs des idées du dictateur.
            C’est dans la misère que le président Mobutu a eu la grande illusion d’être légitimé par la nature de chose, il croyait que les ancêtres et les traditions africaines étaient à ses côtés. Il affirmait sans cesse que dans ces traditions il n’y a jamais eu qu’un chef et que celui-ci peut prendre conseil auprès de sages, mais il doit tout décider et trancher seul.
E. Tshisekedi était témoin de toute cette évolution qui allait entraînée tout un pays dans un marasme  économique sans précédent caractérisé par des phénomènes ambigus tels que zaïrianisation   et radicalisation soutenus par une armée à son service personnel et un parti unique utilisé comme instrument du totalitarisme.
            Le fonctionnement du pouvoir dictatorial mobutien qui voulait que le Mouvement Populaire de la Révolution  (MPR) est « le peuple zaïrois organisé politiquement » a énervé tout le peuple zaïrois et particulièrement E. Tshisekedi bien avant la naissance de l’UDPS.
            Ce dernier n’a jamais cessé d’attirer l’attention du peuple zaïrois sur le fait que tout ce qu’on fait contre la conscience de l’homme contribue à construire l’enfer. Cet enfer, lieu où tout le monde parle en même temps et ne dit rien, où aucune parole ne peut toucher personne.
            C’est ainsi qu’E. Tshisekedi en observateur intellectuel et spirituel de la politique dictatoriale mobutienne va encourager une fronde parlementaire qui va monter au créneau. C’était des hommes courageux qui s’étaient proclamés être à la place du peuple pour dénoncer sur le terrain politique le système et le régime du MPR parti-état
Compulsant les dits, le comportement et le geste du président Mobutu, ils ont entrepris de ne prendre aux mots et ont adopté un nouveau comportement digne de parlementaires. Ils se sont constitués décidemment en « la voix de sans voix » avec eux, la donne politique zaïroise va se métamorphosée; avec eux aussi la notion d’opposition parlementaire longtemps disparu du vocabulaire politique va réapparaître pendant que Mobutu proclamé tout haut que le MPR était un parti démocratique
            E. Tshisekedi en leader charismatique  soutenu fermement par ses collègues   parlementaires, dont Ngalula Mpandanjila est passé à l’attaque en fustigeant l’esthétique artistique ambigu et machiavélique du dictateur. C’était au cours des séances parlementaires fortement médiatisées que le chef de l’Etat a appelé « interpellation ». Ici, E. Tshisekedi et ses amis ont dégagé les responsabilités  du dictateur dans la gestion du pays. Pour lui « c’est l’hécatombe ». Face à cette situation le président se fâche et il est catégorique. Dans un discours cinglant du 4 février 1980, il pointe le doigt accusateur sur les 13 parlementaires. Il ouvre sur eux une offensive tous azimuts pour étouffer  l’embryon   de l’opposition qui se forme déjà dans l’œuf de l’hémicycle parlementaire. Sa stratégie était simple et consister soit à éloigner, à intimider, à récupérer d’une façon ou d’une  autre à emprisonner  ou à assassiner. « Fini la recréation à déclarer le président dictateur », il décide de frapper dur, très dur.
            Pendant ce temps, E. Tshisekedi et ses collègues se sont souvenus de paroles de Paul  Valery qui disait que « l’image d’une dictature est la réponse inévitable de l’espoir quand il ne reconnait plus dans la conduite des affaires l’autorité, l’unité, la continuité qui sont les marques de la volonté réfléchit et de l’empire de la connaissance organisée». Et nous nous disons «Quand on n’a pas de caractère, il faut bien se donner une méthode».
Entre temps le 19 juillet 1979 « l’affaire Katekelayi » au Kasaï oriental éclate. Toute la population de la région, s’est réveillée surprise par un massacre du type spécial. Les éléments féminins armés de la division présidentielle de kamanyola ont ouvert le feu sur le village KateKelayi à la bordure de la rivière lubilanji, l’une de zone les plus riches en diamant. Le bilan est lourd, environ plus de 250 personnes creuseurs de diamant ont succombé sous les balles de la soldatesque mobutienne. E. Tshisekedi et J. Ngalula accusent l’horreur de Katekelayi, la presse tant nationale qu’internationale en parle en grosse manchette. Mobutu en colère va cracher particulièrement sur E. Tshisekedi : « Vous voulez ma peau ? Vous ne l’aurez pas… je peux avoir votre peau quand je veux et comme je veux !… »
            S’adressant  devant le parlement le 29 janvier 1979, le président Mobutu accusera les parlementaires ressortissants du Kasaï oriental. C’est bien clair, le conflit politique est ouvert entre le chef de l’Etat et E. Tshisekedi.
            L’évolution de crise en crise a débouché sur la lutte aujourd’hui classique adressée par les 13 parlementaires au président fondateur du MPR. Ils l’ont tous signé. Elle est écrite sur 52 pages et date du 1 novembre 1980 c’est un véritable pamphlet qui revêt la forme d’un réquisitoire contre le parti-Etat voici 15 ans.
            Dans un style particulièrement irrévérencieux  et plein de franchise les « 13 » ont osé tourner en dérision l’aspect narcissique de leur héros. E. Tshisekedi et ses compagnons ont dit au président Mobutu : « La liberté est le bien le plus cher à l’homme, un don naturel qu’aucun chef temporel n’a le droit de s’approprier, qu’aucune personne n’a le droit d’aliéner… notre liberté ne nous vient pas d’un César. Elle est une bénédiction reçu de Dieu lui-même…  le mal zaïrois c’est vous-même Monsieur le Président ».
            Voici une lettre qui permit à Mobutu d’entrer en colère comme il en a l’habitude. Le président n’aime pas ce genre de coup de tête. Le 1 janvier 1981 à l’aube, E. Tshisekedi  et ses amis les « frondeurs » sont arrêtés et aussitôt relégués dans divers camp de concentration dissimilés dans les pays. Le président les appelle les têtes brûlées, là ils ont subi les tortures physiques, morales et les humiliations de toute sorte endurées pendant tout leur calvaire. C’est ainsi qu’E. Tshisekedi et ses compagnons après leur libération décidèrent de créer un second parti politique contre vents et marées : « l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social » (UDPS) en 1982.
En vertu de quoi ils furent de nouveau assignés à résidence en 1985. Pendant ce temps le peuple dans la misère plus noire chante, danse et prie.
E. Tshisekedi est mort le mercredi le 1 février 2017. Le peuple attend un autre coq qui réveillera ceux qui, dans le village congolais, dorment encore.
Professeur Kambayi Bwatshia
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