« Nous sommes des Congolais et nos vaches sont en bonne santé», affirme un éleveur

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La délégation gouvernementale composée de cinq ministres vient de boucler sa mission d’inspection dans le cadre de l’affaire des vaches en provenance de l’Est de la RDC. 

          Conduite par le Ministre de l’Economie, Joseph KAPIKA, ladite délégation a visité cinq sites dans lesquels sont cantonnés ce bétail.

          Au regard de l’ampleur que prend cette affaire des vaches, Mugiza Gadi, représentant des éleveurs des vaches de la province du Tanganyika, rencontré dans le parc agro-industriel de Bukangalonzo en train de faire paître ces bêtes,  a accepté d’accorder une interview à la presse.

          Il sied de noter que des informations ont circulé dans les médias, surtout sur les réseaux sociaux faisant état :

– De la présence dans le Kwilu des vaches malades ;

– Des éleveurs qui seraient ressortissants d’un pays voisin de l’Est, lourdement armés jusqu’aux dents, et décidés d’envahir le Kwango et au besoin d’attaquer la ville de Kinshasa;

– les vaches seraient arrivées dans le Kwango par avion; 

– Des conflits opposant les éleveurs aux populations locales suite à la destruction des champs par le bétail.

          Pour éclairer l’opinion,  Mugiza Gadi a répondu aux questions de la presse. Voici l’intégralité de l’interview :

Question: Comment êtes-vous arrivés ici?

Réponse: Nous sommes arrivés dans la province du Kwango à pieds. Nous avons quitté Kalemie depuis le mois de juin 2017 et nous avons avancé petit à petit jusqu’ici. Voici l’itinéraire emprunté : kalemie-Nyunzi- Mbuji-Mayi-Tshikapa-Kikwit jusqu’à arriver à Kenge.

 

Q: Partout où vous passez, faîtes-vous signaler

votre présence aux autorités ?

R: Nous avons les autorisations de transfert de nos bêtes. On les a eues à partir de chez nous. Et partout où l’on passe, on brandit les documents , y compris nos certificats vétérinaires et nous passons.

 

Q: Qu’est-ce que vous êtes venus faire à Kenge, parce que vos déplacements en masse, comme les avez, inquiètent ?

R: Nous sommes venus écouler nos marchandises.

Ce n’est pas la première fois qu’on le fait. Personnellement, j’ai eu à effectuer ce commerce en 2016. J’avais plus de 250 bêtes et je les avais toutes écoulées à Kinshasa, sans problème.

 

Q: Combien des bêtes avez-vous au total?

R: Je ne saurais exactement dire le nombre. Mais c’est à peu près 2000 bêtes.

 

Q: Vous seul avez 2000 bêtes ?

R: Non, pas moi seul ! Je suis le représentant des éleveurs, car nous avons plusieurs éleveurs. Nous sommes à 12 au total.

 

Q:  Soit environ 200 vaches par éleveurs?

R: Je ne peux pas dire que nous tous avons le même nombre des bêtes. Il y a ceux qui en ont 400, d’autres 200 et certains mêmes 20 seulement.

 

Q: Vous parlez d’à peu près 2000 vaches.

Mais on enregistre de dizaines des milliers des vaches en  transhumance. Qui en sont les propriétaires ?

R: Les propriétaires, c’est bel et bien nous. Mais quand quelqu’un dit qu’il s’agit des milliers , c’est faux. Vous pouvez compter. Les bêtes, nous ne pouvons pas les cacher dans nos poches. Elles sont visibles et vous pouvez faire vous-mêmes le comptage.

 

Q: On dit que certains autochtones vous ont empêché de continuer vers Kinshasa. Est-ce vrai?

R:  Cette situation a semé la psychose inutilement et ça nous dépasse même. Dans certains villages, on nous a empêchés de poursuivre notre chemin. Il y a même ceux-là qui ont tenté de nous faire du mal.

 

Q: Vous dites que vous êtes du Tanganyika. Mais certains disent que ces vaches proviennent de l’autre côté de la frontière.  Qu’est-ce que vous en dites?

R: C’est totalement faux! Les documents en notre possession qui nous donnent le droit d’effectuer tranquillement notre commerce démontre à suffisance que ces vaches sont de la RDC.

 

Q: L’on raconte également que vous êtes armé jusqu’aux dents. Est-ce vrai?

R: Nous sommes seulement armée de notre bâton en tant que berger. A part ça, pas d’autre arme.

Quelqu’un qui fait plus de 2000 km, de quelle arme peut-il se munir sans qu’on le détecte ? Nous portons tous des habits légers. En plus, ces armes, on allait les transporter sans véhicules, sans avions ou motos? C’est pratiquement impossible. Nous devons quand-même faire fonctionner nos têtes avant de prendre certaines conclusions.

 

Q:  Quelle est votre destination finale ?

R: La destination finale est Kinshasa parce que c’est là où il y a beaucoup des marchés pour écouler nos marchandises.

 

Q: Certains disent que vous avez vendu en cours de route des bêtes. Est-ce vrai? 

R: Exact ! Nous avons commencé à vendre des

bêtes à partir de Mbuji-mayi. Nous avons fait de même à Kikwit. Et même ici, on continue à le vendre.

 

Q: Quel est l’état de santé de vos bêtes ? 

R: Elles sont en bonne santé, comme vous pouvez le constater. Certaines ont maigri à cause de ce long voyage qu’elles ont effectué. Mais quand elles vont continuer à manger de l’herbe et à s’abreuver, elles vont vite récupérer.

Q:  Elles vont vite récupérer si elles arrivent à Kinshasa, puisqu’il y a encore un long chemin à effectuer. 

R: Non, ici même ! Nous voulons qu’elles soient en très bonne santé avant qu’elles atteignent

Kinshasa. Elles doivent récupérer assez d’énergies et de forces.

 

Q:  Est-ce que vous pensez être en mesure d’arriver à Kinshasa avec tout ce qui se raconte autour de vous? 

R: Nous sommes en mesure d’y arriver. Nous sommes d’ailleurs contents de votre arrivée ici, car vous montrerez à l’ensemble de la population que tout ce qui se dit autour de nous est faux. Nous sommes leurs compatriotes, leurs frères. C’est injuste de nous traiter de la sorte. Nous  demandons aux autorités de nous sécuriser et de nous protéger. Nous refusons cette forme de discrimination dont nous sommes victimes.

 

Perside Diawaku,

de retour de la province du Kwango

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