Société civile congolaise : collabos ou partenaires ?

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Comme à l’arrivée de Mzee Laurent Désiré Kabila, la société civile congolaise s’interroge aujourd’hui sur l’attitude à adopter face au nouveau régime issu des élections tumultueuses de décembre 2018. En effet, après une longue période caractérisée par un conflit permanent entre la société civile et les gouvernants, période durant laquelle les organisations ont plus fonctionné dans la perspective du combat contre un régime dictatorial que voilait une démocratie de façade et dont il fallait à tout prix se débarrasser, les organisations œuvrant à la base se retrouvent actuellement entre le marteau et l’enclume, forcées de faire le sempiternel choix entre une identité de collabo ou de partenaire du nouveau pouvoir.

            Fatiguées par un travail ardu de formation, de monitoring, de dénonciation et de mobilisation des masses ; travail coûteux sur le plan humain et financier; la plupart des organisations  pensent, sans doute, à une période durant laquelle elles pourraient passer d’organisations d’opposition à des organisations de propositions facilitant ainsi le relais population et gouvernants. L’arrivée d’un nouveau pouvoir qui, dans l’entendement de tous, ne peut pas être pire que celui qui résiste à nous quitter et dont on vient pourtant de se débarrasser, justifie cette offre de collaboration avec sans doute, pour espoir, de voir les propositions des organisations prises en compte dans le cadre de la gestion des épineuses questions de démocratie, des droits humains, de redevabilité, de lutte contre la corruption et l’impunité, etc., dans le pays.

Dans cette perspective, le souhait est celui d’établir des relations plus amicales entre les gouvernants et les animateurs du mouvement associatif. Mais, prudence oblige, il ne faut pas, comme hier, que les nouveaux dirigeants considèrent le désir de collaboration des mouvements associatifs comme une occasion de s’offrir leur complicité dans le silence à obtenir et à entretenir sur une gestion scabreuse du pays.

            Dans ce contexte, prises aux pièges, déçues, fatiguées de faire des dénonciations et propositions dont personne ne tiendrait jamais compte, minées par un sentiment d’impuissance, divisées quant à la stratégie à adopter face à la nouvelle situation, les organisations de la société civile vacilleraient entre deux attitudes radicalement opposées :

• Primo, déterrer la hache de guerre et risquer d’être accusées de fragiliser la nation et d’être en intelligence avec des puissances occultes, « ba dongolamiiso » si pas avec les animateurs de l’ancien pouvoir dont la présence reste très perceptible au travers d’une alliance aux allures « je t’aime ; moi, non plus » pour laquelle toute la nation risque de payer cash quoiqu’en disent certains acteurs du nouveau pouvoir

• Secundo, initier un partenariat dont les acteurs de la société civile ne sont pas, jusqu’à preuve du contraire, certains de la bonne foi des gouvernants. Cette relation  risquerait, dans ce cas, de souffrir de la ruse et de l’absence habituelle de toute confiance mutuelle qui, par le passé, a fini par porter préjudice aux acteurs de la société civile souvent très vite accusés de “collabos” par une population à la base lassée des flirts réguliers, conscients ou inconscients des animateurs des mouvements associatifs et des gouvernants . C’est manifestement ce à quoi pense notre peuple lorsqu’il assiste encore, aujourd’hui, à la valse d’un grand nombre d’animateurs des mouvements sociaux sur la scène politique.

            Fort des expériences antérieures, notre peuple n’est-il pas en droit de se demander quel est l’avantage de cette présence constamment renouvelée des acteurs de la société civile  sur une scène politique dont souvent ils ne comprennent ni ne contrôlent les tenants et les aboutissants ? Comment apprécier cette relation qui a pour point de départ une vaste opération durant laquelle les acteurs de la société civile sont purement et simplement phagocytés par des politiques qui leur offrent des fonctions politiques ou administratives avec, souvent, en retour, l’attente inavouée d’une complicité avec le régime en place ? Cette pratique des gouvernants qui consistent à régulièrement débaucher certains animateurs influents du mouvement social ne participe-t-elle pas à une volonté d’affaiblir cette structure et de pousser ainsi le peuple à la désavouer? Ou encore, n’est-elle pas une réponse à cette attente de promotion politique que l’on lit sur le visage de tous ces leaders décriés ou finissant de nos différentes organisations de la société civile, des dirigeants que l’opinion décrit comme des chiens de Pavlov à l’approche d’un remaniement ministériel ?

Face à ces enjeux, la situation des organisations paraît délicate. Et pourtant, en évitant les deux extrêmes, il y a un juste milieu qui pourrait être efficace pourvu que, dans les actions, les différentes organisations intègrent l’élément pression. En effet, agir en partenariat avec les gouvernants n’exclut pas l’usage de moyens non violents de pressions efficaces en vue de faire passer les points de vue de la population. C’est sans doute au niveau de ces moyens de pression pacifiques que le mouvement associatif devra mettre le paquet tout en sachant que l’usage de ceux-ci dans les rapports avec les gouvernants risque d’être mal interprété surtout que, dans les domaines des droits humains, de la participation citoyenne et de la lutte contre la corruption et l’impunité, les points de vue de la société civile ne sont pas souvent ceux des gouvernants.

            Néanmoins, malgré ces écueils, je reste convaincu qu’avec la bonne foi de tous, la volonté politique des gouvernants et surtout, le souci de rendre service, les acteurs de la société civile auront la possibilité de collaborer avec les décideurs non comme des “collabos » mais bien  comme des « partenaires » de la construction d’un Congo différent de l’état cauchemardesque actuel.

            Le tout passera par le langage utilisé dans la communication entre les partenaires, par l’objectivité et la liberté des analyses, par la volonté ou mieux la soif de servir qui animeront les différentes actions, par la personnalité et l’éthique des animateurs, par le refus de se laisser manipuler par les gouvernants comme par les opposants politiques, par la capacité d’encourager, de féliciter les bonnes actions des gouvernants comme des opposants en vue de faciliter le rapprochement des uns et des autres et permettre une meilleure réalisation de la mission de la société civile. C’est sans doute le défi des prochaines années de l’activisme en République Démocratique du Congo.

            Le tout passera aussi par l’attitude de tous ceux qui, hier étaient dans la société civile et qui sont aujourd’hui, dans les arcanes du pouvoir. Nous savons tous que ceux et celles de la société civile qui arrivent au pouvoir y parviennent grâce à leurs relations personnelles ou même grâce à une appartenance avérée à des partis politiques ou un apolitisme douteux jusque-là savamment caché par les concernés. Aucun de ces acteurs ni actrices ne se retrouve dans la sphère politique comme envoyé par une quelconque structure de la société civile. Et à chaque fois qu’ils s’évertueront de prendre position pour le peuple ; les politiques qui les auront coptés leur rappelleront qu’ils n’ont pas étés adoptés pour jouer aux syndicalistes de la société civile ni encore moins de la population.

            Une fois dans le cercle du pouvoir, les acteurs de la société civile offrent deux visages si pas trois :

• Le carriériste politique caméléon. L’acteur de la société civile devenu homme ou femme politique décide de sauvegarder son poste politique et les avantages qu’offre cette juteuse situation tout en refusant de se faire hara-kiri au point de perdre ses attaches avec la société civile. C’est, à la fois, le choix de faire carrière en politique et de garder un pied au sein de la société civile qui se dessine. Ce nouveau visage l’invite à garder un silence assassin devant les abus qu’il aurait combattu hier comme activiste pro-démocratie ou pro-droits de l’homme.  Cette nouvelle posture exige aussi d’arborer ce constant sourire opium dont le but est d’endormir ses anciens amis de la société civile. Il est question de continuer à leur faire croire qu’il reste un des leurs et surtout d’assurer ses arrières dans une carrière politique où l’imprévisible est pain quotidien..

• Le collabo politique. De ce choix découlera la décision de protéger, à  tout prix, le régime qui lui offre la possibilité d’avoir accès à l’avoir et au valoir. L’acteur de la société civile devient l’agent inconditionnel du système et joue à l’agent de sécurité qui espionne la société civile au bénéfice du pouvoir. Ses amis de la société civile ne le reconnaissent plus. Il inspire peur et dégoût. Lui s’en fout éperdument. Il infiltre les organisations de la société civile ; crée son réseau interne d’information ; manipule ses anciens amis restés dans le mouvement associatif ; les corrompt si nécessité se fait sentir ; les oppose les uns aux autres dans le seul but de protéger contre vents et marrées le régime qui l’emploie. Finalement, il fragilise la société civile en la tournant régulièrement en dérision s’appuyant sur les contradictions internes qu’il fomente, organise et entretient. Pour preuves, il suffit d’analyser ce qui arrive régulièrement aux organisations socioprofessionnelles, à chaque fois qu’elles tentent de réclamer leurs droits.

•           Le partenaire du nouveau régime. L’acteur de la société civile devient un réel pont entre les gouvernants et les gouvernés représentés par les organisations actives de la société civile. Ce nouvel acteur politique issu de la société civile crée la possibilité de participation citoyenne et de collaboration fructueuse entre les décideurs et une société civile proactive et soucieuse de la promotion de la démocratie et des droits de l’homme dans le pays. Mais ce genre d’acteur aura besoin d’un espace politique à même de créer un Congo différent où le politique se met réellement au service de la population et de la nation. Ceci semble être un rêve ; mais c’est un rêve que beaucoup de Congolais et Congolaises, au pays comme à l’extérieur, caressent et espèrent convertir en réalité.

            Le rapport différent et productif entre la société civile et les gouvernants passera par l’attitude des derniers dans la particulière configuration d’une alliance qui, à tout moment, donne des signaux contradictoires dans la perspective de la lutte contre la corruption et l’impunité pour ne mentionner que ces deux défis. En effet, comment dans ce contexte, imaginer les rapports entre les deux partenaires au pouvoir et les acteurs de la société civile surtout lorsque l’impression reste celle d’une autorité morale non constitutionnelle et d’anciens collaborateurs du régime ancien faisant preuve de peu de bonne foi et qui semblent se positionner au-dessus d’un Président élu, seul reconnu par la Constitution comme garant des institutions et de la souveraineté du pays ?

La liberté et la force d’action de la société civile de demain passeront par la réponse que notre société apportera à la question de la résolution du problème de financement des actions de la société civile congolaise.

            Les organisations de la société civile congolaise ont tendance à se tourner vers l’extérieur pour le financement de leurs actions. Si certaines organisations parviennent à tirer leur épingle du jeu, nombreuses sont celles, pourtant actives sur le terrain, qui ne bénéficient pas de la grâce des bailleurs extérieurs. Quant aux organisations qui sollicitent et bénéficient du financement extérieur, elles ont même l’impression que l’on ne finance pas des programmes, mais bien souvent, des individus, des amis. Il suffit que l’un ou l’autre ami quitte l’organisation pour qu’il amène avec lui tout le financement.

            Si l’on veut réussir des actions futures, les acteurs de la société civile ne doivent pas seulement compter sur la solidarité extérieure. Ils doivent trouver les moyens de rétablir la confiance avec la population et nos gouvernants afin que ceux-ci contribuent au financement de leurs actions. Il y va de leur crédibilité et de leur indépendance. Ici, la demande qui est faite en direction des partenaires extérieurs est celle de comprendre le sens de cette démarche car le mouvement associatif congolais désire aussi grandir et croire en lui-même. N’est-ce pas le vœu de nombreux partenaires extérieurs de voir les peuples du Sud se prendre en charge pour devenir de vrais partenaires ?

            Cette démarche d’auto-prise en charge est possible. A titre d’exemple, des actions communes promotrices des droits humains et de la paix, menées dans le cadre des Commissions Justice et Paix des différentes églises, pourraient bénéficier d’une collecte de fonds spéciale avec l’appui des différents responsables d’églises. Cela ne doit pas être difficile à organiser au regard de ce que ces fidèles décrétés pauvres peuvent réunir pour célébrer l’anniversaire ou le sacre de l’une ou l’autre de nos autorités ecclésiales. Et, croyez-moi, l’impact de la réussite de pareille action est inimaginable. Bien plus, ce ne sont certainement pas les membres de la hiérarchie de nos églises catholique, protestante, kimbanguiste, orthodoxe, musulmane et de réveil qui me contrediront à ce sujet.

            En effet, des humains, croyants et non croyants capables de se mobiliser financièrement pour  la construction et l’entretien des infrastructures et pour la promotion de la paix, des droits humains, de la redevabilité, la mobilisation contre la corruption et l’impunité dans ce pays seront capables demain de se mobiliser pour les routes, les écoles, la police, l’armée, etc. créant ainsi des institutions et animant des actions qui, pour leur survie dépendront progressivement des Congolais. C’est cela le sens du partenariat que plus d’un ne cessent de solliciter. Il s’agit d’un partenariat qui refuse de faire des Congolais des éternels enfants quémandeurs de moyens et de capitaux alors qu’ils disposent du premier des capitaux, c’est à dire, l’homme et la femme de ce pays.

A titre d’exemple, comment font les associations sans statuts ou mieux sans accès aux financements des bailleurs. Je parle ici de toutes ces mamans « bipupula », « mbuengi », « malewa », vendeuses de pains, de charbon, et autres petits commerces dont l’argent, déposé dans ces banques micro-crédits qui, dans nos villes, font fortune sur le dos et la sueur de nos sœurs et mères ; des banques qui, en définitive, tuent les initiatives créatrices  de ces femmes qui se lèvent tôt le jour et se couchent tard le soir en les berçant au rythme de crédits aux taux avantageux et souvent mirages d’un bonheur hypothétique.

            Bien plus, de la capacité des Congolais à mobiliser des fonds de l’intérieur dépendra le  respect que les partenaires extérieurs leur accorderont. Les mendiants et l’aumône n’ont plus de berceau dans les églises, ni dans les relations entre organisations sœurs, ni encore moins entre états. Il est grand temps que le milieu associatif le comprenne surtout pour les organisations qui refusent de réaliser que le temps des organisations étrangères, mères et pourvoyeuses de dons et de charité est révolue.

Mais, car il y a un mais, toutes ces opérations supposent de la part des gestionnaires des fonds une transparence à même de rassurer les différents partenaires et particulièrement, les bénéficiaires des actions. En effet, c’est un secret de polichinelle, au sein de beaucoup d’organisations de la société civile, il n’existe pas de mécanisme de transparence ni de contrôle des bénéficiaires qui permettent de voir clair dans la gestion financière des organisations. Quel est le droit de regard des membres sur le financement obtenu par les responsables du mouvement associatif ? N’est-il pas temps de trouver les mécanismes qui permettront aux membres de participer effectivement à cette gestion pour les inciter à participer avec confiance ? Quel mécanisme de redevabilité entre les organisations et la population bénéficiaire de ce financement ?

            La liberté et la force d’action de la société civile de demain passeront par notre refus, à tous, du tribalisme et surtout d’un pouvoir qui, dès sa conquête, se conçoit comme pouvoir de l’ouest contre l’est ; du nord contre le sud, de l’est contre l’ouest et du centre contre je ne sais quelle partie de ce vaste pays. Aux divisions géographiques se sont ajoutées les divisions linguistiques, swahiliphone / lingalaphone et aujourd’hui purement ethnique Yaka / Luba. Demain, ceux, d’ici comme d’ailleurs, qui s’abreuvent des clivages, y associeront l’élément religieux chrétien / musulman pour un explosif cocktail Molotov sur fond de la guerre pour l’eau, table à laquelle sera invité tout notre peuple pour y servir, comme vin rouge, son sang à des affairistes qui se feront plein les poches en discourant sur la paix à restaurer entre les ethnies des pécheurs qui vivent de l’eau et les ethnies des agriculteurs dont les terres seraient en souffrance par manque d’eau.

Non ! Ce vilain jeu de division n’a pas offert et n’offrira jamais le paradis à tous ceux pour qui on prétend conquérir et organiser le pouvoir. Ce pouvoir qui, à chaque époque de notre histoire commune, devient la propriété des ressortissants d’une partie du pays et non de l’ensemble de notre peuple n’est qu’éphémère illusion parce que porteur de conflits et de division entre pouvoir et société civile de l’ouest, du nord, de l’est et du centre. Cette farce séparatiste est loin de convaincre le commun des mortels congolais, à qui on a fait croire 32 ans durant que le pouvoir était entre les mains des Bangalas de l’Equateur. Le temps de se rendre à Mbandaka, les acteurs de la société civile et les politiques de ce pays ont réalisé que Mbandaka, chef-lieu de l’Equateur, était plus pauvre que Matadi et était loin d’avoir été transformée en Jérusalem.

            Tout récemment, 18 ans de pouvoir et de société civile de l’est n’ont apporté que guerre, misère et souffrances aux populations de l’est au point de vomir le dauphin du pouvoir en place lors des dernières élections. Et aujourd’hui, que peut offrir le pouvoir du centre et sa société civile à notre nation s’ils restent prisonnier de ce clivage suicidaire ?

            En définitive, nous sommes aujourd’hui tous conscients que tous ces régimes discriminatoires des uns et des autres, une fois au pouvoir, n’ont jamais fait le bonheur de tous ceux pour lesquels les politiques prétendent conquérir, organiser et conserver le pouvoir. Par conséquent, le défi majeur de demain sera celui d’un pouvoir et d’une société civile qui sauront faire la rupture et couper le vilain cordon ombilical ethnique et égoïste qui lie toute une nation à un système inhumain qui refuse de mettre l’homme et la femme de ce pays au cœur de ses préoccupations. C’est lorsque, culturellement et éthiquement, nous ferons cette rupture et que nous cesserons d’avoir peur de nos différences ethniques que nous deviendrons ce peuple capable de voir, de penser et d’agir, ensemble, pour relever tous ces défis qui nous attendent en tant que nation. C’est alors que et acteurs politiques et de la société civile, nous ouvrirons les yeux sur les chantiers qui nous attendent et nous engagerons pour :

1. Poursuivre le combat amorcé pour la protection de notre constitution, la seule qu’un chef d’état dictateur d’Afrique centrale n’a pas réussi à changer. Le combat pour que cette constitution porte des noms qui méritent nos « kasaala » et « miloolo ». Le peuple congolais est plus que jamais père et mère de l’alternance pacifique du pouvoir ; une alternance acquise au prix de nombreux sacrifices en vies humaines ; une alternance qui porte la marque du peuple ; une alternance qui porte des noms et non un nom: Floribert Chebeya, Hervé Bena Kalala , Héritier Ibanda, José Fataki, Mambimbi Kianga, Jean Baptiste Landene, Godefroid Namwisi,Thérèse Kapangala, Husein Ngandu Kisene, Jackson Kabadiatshi Mazango, Benjamin Muingilau, Serge Kikunda, Matthieu  Mfuamba, l’inconnu de Lemba au camp Kabila, Rossy Mukendi Tshimanga, Eric Bolokoloko, Luc Kalula et tant d’autres morts dans l’anonymat et enterrés dans les nombreuses fosses communes connues et inconnues à travers ce pays meurtri.

2. Revisiter, de manière responsable et en toute quiétude, notre constitution et notre loi électorale afin de répondre sereinement aux questions que posent aujourd’hui, une élection présidentielle à un tour avec un président élu par 7 millions d’électeurs sur 43 millions ainsi que les élections, dans la corruption, au second degré, des sénateurs et autres gouverneurs sans oublier les épineuses questions de parité dans la représentativité des femmes au parlement, de baisse de taux de participation aux élections depuis 2006 et de contradictions du vote des électeurs aux présidentielle et législatives.

3. Poursuivre le combat pour le refus d’une gouvernance inhumaine qui, depuis la colonisation jusqu’à nos jours, réduit tout un peuple à la pauvreté sur une terre aux richesses enviées par tous.

4. Promouvoir le combat du refus de l’obsession de construire des hommes et des familles forts en lieu et place des institutions fortes.

5. Poursuivre le combat de la conquête de l’espace public afin que désormais aucun fils de ce pays ne perde sa vie pour ses opinions exprimées pacifiquement et de manière non-violente sur la place publique. La société civile se doit de protéger cette victoire chèrement acquise en interpellant régulièrement les auteurs des bévues policières et en exigeant leurs jugements

6. Initier et confirmer le combat contre la corruption et l’impunité qui gangrènent les institutions de notre pays. C’est l’occasion pour les acteurs de la société civile d’interpeller les ONGDH qui luttent contre la corruption. Où sont passés leurs dossiers sur les crimes de jadis? A quand la reconstitution et le renouvellement de ces  dossiers devant la justice? Il faut encourager les nombreuses victimes qui ont perdu les leurs et auxquels on a refusé toute sépulture décente à parler. C’est un must que de relancer les nombreux procès en souffrance pour tester notre justice et panser les plaies de tous ceux qui ont perdu des êtres chers et à qui on a refusé tout deuil et recueillement. Si nécessaire, ces institutions devront les aider à saisir les cours et tribunaux internationaux. Il ne faut plus croire en une paix sans justice. Notre société en a payé le prix fort à l’est comme à l’ouest

7. Redonner un sens aux élections en restructurant la CENI et la Cour Constitutionnelle pour restaurer ainsi la confiance entre ces institutions et le peuple électeur. Il sera question pour notre nation de mettre fin à la sempiternelle question de la légitimité de nos dirigeants afin que désormais seul le peuple congolais soit celui qui l’octroie grâce à des élections libres, transparentes et apaisées.

8. Construire des institutions contre-pouvoir fortes : Justice, armée, police, services de sécurité, parlement, syndicats, partis politiques, société civile, mouvements citoyens.

9. Améliorer le social de la population, car le temps de la justice distributive a sonné. Le temps est au retour à une civilisation qui placera l’humain au cœur de notre existence sociétale ; une civilisation construite sur l’harmonie des êtres qui partagent cet espace terre ; une civilisation où chacun, à chaque niveau de responsabilité, ne prend jamais sans donner ; une civilisation qui veille à ce que de chaque case du village sorte la fumée qui annonce le repas ; moment de rencontre, de partage et de vie commune ; moment du souci de l’autre, mon frère, ma sœur que cette civilisation place à la périphérie du village, aux confins des terres habitables ou  dans des camps de réfugiés ou d’immigrants.

10. Faire en sorte que notre peuple, dans toutes ses composantes deviennent un réel contre-pouvoir permanent et non sporadique et que « le peuple d’abord » devienne une réalité  et non un slogan comme les « cinq chantiers » et autres  « révolution de la modernité ». Il reviendra à notre société civile organisée de pousser nos dirigeants actuels à allier paroles et actions et surtout de créer des cellules citoyennes chargées de la redevabilité (quartiers, communes, institutions publiques  et privées). Il nous faut tous et gouvernants et gouvernés apprendre à demander, exiger et rendre des comptes. L’heure est à la culture du NON constructif. Un NON fécond de propositions nouvelles et positives. Un NON, critique positive, au quotidien pour notre bonheur à tous, car la démocratie et l’alternance pacifique se construisent au quotidien.  Voici donc venu le temps de construire un pouvoir civil au service du peuple congolais.

Pour conclure, je continue personnellement à rêver d’une société civile proactive pour nous débarrasser du système qui impose à tous nos dirigeants une gestion léopoldienne de notre pays. C’est ici que je continue à rêver d’acteurs de la société civile qui mobiliseront notre peuple de manière permanente et non plus sporadique. C’est maintenant que je réalise que des gouvernants « forts » sans institutions ni société civile fortes ne sont que ruines pour eux-mêmes et pour toute notre nation. Nous ne pouvons pas, aujourd’hui, nous empêcher de tirer les leçons de notre souffrance commune passée en tant que peuple et continuer à répéter les mêmes erreurs. C’est maintenant ou jamais !

Professeur Thierry Nlandu Mayamba

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