Situation sécuritaire en RDC : un diagnostic cinglant des Sénateurs

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A la faveur de la question orale avec débat de leur collègue Jacques Djoli Eseng’Ekeli, les Sénateurs ont passé en revue toute la situation sécuritaire du pays. Particulièrement celle des provinces en proie à l’insécurité, à l’instar de deux Kivu, de la Province Orientale, de l’Equateur et du Katanga dans sa partie Nord.

Au total, le sénateur Djoli Eseng’Ekeli a posé sept questions au ministre de la Défense nationale et anciens combattants, dont la principale est celle de conaître «la situation sécuritaire générale du pays et l’état de notre système de défense ».

A cette préoccupation dont découlaient d’autres secondaires, Charles Mwando Nsimba a répondu en disant que la situation sécuritaire générale du pays est relativement calme, nonobstant quelques foyers où les Fardc (Forces armées de la Rdc) mènent des opérations. C’est le cas de l’Equateur, du Nord et Sud Kivu, des Uélés et de l’Uturi dans la province Orientale, du Nord-Katanga.

Dans la province de l’Equateur, le ministre a indiqué que les Fardc traquent actuellement les éléments résiduels de l’insurrection d’une organisation dite « Nzobo ya Lombo ». En Province Orientale, l’armée poursuit l’éradication des rebelles de la LRA et traque les éléments résiduels des anciennes milices de l’Ituri.

Dans les provinces du Nord et Sud Kivu, et dans une moindre mesure au Nord du Katanga, Charles Mwando informe que les Fardc poursuivent les opérations contre les Fdlr (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et les éléments des groupes armés nationaux réfractaires au processus d’intégration tel que défini à la Conférence de Goma de janvier 2008.

Concernant l’état de notre système de défense, le ministre a fait observer qu’il s’agit d’une matière hautement stratégique qui ne doit pas faire l’objet d’un étalage radiotélévisé.

Quelle évolution particulière la situation a-t-elle connu dans les provinces du Nord et Sud Kivu où les Fdlr continuent d’opérer ? Quel est le bilan de l’opération Amani leo ? Comment expliquer que les Maï Maï et autres Fdlr en divagation à Walikale et quelle explication donner à la persistance des groupes armés nationaux et étrangers dans les zones minières du Nord Kivu ?

A toutes ces questions, le ministre a rappelé que la ville de Goma était totalement assiégée par les éléments en novembre 2008 lorsque le gouvernement Muzito prenait ses fonctions. Mais grâce aux opérations Umoja wetu, KIMIA II et Amani leo, la quasi-totalité des combattants ex-Cndp a rejoint les rangs de l’armée régulière. En plus, la nuisance des Fdlr dont les bastions et quartiers généraux ont été détruits a drastiquement baissé. Les camps de déplacés autour de Goma ont été fermés, les axes routiers rouverts, etc.

Toutefois, le ministre Mwando Nsimba a déclaré ne pas comprendre ce qu’il a qualifié d’alliance contre nature, celle que certains groupes armés nationaux dont les Maï Maï ont conclu avec les forces négatives rwandaises, les Fdlr ! Alors que la raison principale de recours aux armes par ces compatriotes était bien la présence des Fdlr sur le sol national.

Quant à la préoccupation de savoir si le gouvernement dispose de moyens pour faire face aux opérations de traque contre la LRA dans les districts des Bas et Haut Uélés, le ministre de la Défense a commencé par réfuter les allégations selon lesquelles le gouvernement avait déclaré que la LRA est totalement anéantie. «Nous avons à plusieurs reprises relevé qu’après la destruction de ses bastions par les opérations Rudia I (avec les Ougandais) et Rudia II (par les Fardc), Joseph Kony et le petit groupe de personnes qui lui sont restées fidèles se sont repliés en République centrafricaine depuis juin 2009. C’est là que se situe le centre d’intérêt de ses activités ».

Qu’en est-il de Udjani et de ses hommes souvent annoncés comme capturés, mais jamais présentés ? Comment expliquer cette cacophonie et quelles sont les causes de la persistance du conflit ?

Reconnaissant le dysfonctionnement des services et l’irresponsabilité de ceux qui étaient affectés au front de l’Equateur, lesquels ont fait que la ville de Mbandaka soit occupé durant la journée du 4 avril 2010, le ministre a signalé que : « tous les hommes défaillants ont été sanctionnés à tous les niveaux et le commandement de la Région a subi de profondes modifications ». Un redéploiement des forces a été opéré et dans la suite de ces mesures, une opération visant à sécuriser le Pool Malebo est en voie de lancement ».

Pour ce qui est de la cacophonie autour d’Udjani, le ministre Mwando a renseigné que soumis à la pression des opérations menées contre lui et son mouvement, Udjani s’est vu contraint de se réfugier en République du Congo où les services de sécurité l’ont arrêté.

Pour clore son exposé, le ministre a avoué aux sénateurs qu’en parcourant le Congo profond, il s’est rendu à l’évidence selon laquelle la pauvreté est la cause première qui fait resurgir tous les mouvements insurrectionnels. Raison pour laquelle, a-t-il révélé avoir déjà soumis la question au Conseil du gouvernement en proposant d’étendre le STAREC à l’ensemble du territoire national. 

Un débat chaud

L’exposé du ministre terminé, le débat général a été ouvert sur la question. Plusieurs questions ont été posées au ministre par les intervenants sur la situation sécuritaire générale du pays. Notamment celles de savoir le niveau d’exécution de l’accord conclu avec le Cndp dont les éléments continuent de percevoir des taxes dans le territoire de Masisi qu’il contrôle d’ailleurs à 95% contre 5% entre les mains de l’autorité de Kinshasa ?

Les sénateurs ont aussi voulu savoir les raisons profondes de la délocalisation des Fdlr du Kivu au Katanga ; le pourquoi de la contradiction entre les communiqués officiels ou discours du gouvernement toujours faisant savoir que la paix est totalement rétablie sur le territoire national et la réalité sur le terrain ? A ce sujet,  les élus du Sud Kivu s’étaient dernièrement interrogés dans une déclaration pour savoir s’il y avait un territoire où vivaient les dirigeants, et un autre où vivaient les élus et la population ! Car, ils ont déclaré leur déception suite à l’assurance donnée maintes fois par le gouvernement qui contrariait avec la réalité sur le terrain où leurs électeurs continuaient à payer de l’insécurité.

Faut-il encore faire confiance aux communiqués officiels du gouvernement aussi longtemps que ceux-ci ne disent pas la vérité ? S’est interrogé un autre intervenant faisant allusion à la capture d’Udjani à Dongo, alors qu’après vérification, l’homme se trouve dans un autre pays.

Des instructeurs belges, français, américains, britanniques, angolais, sud-africains, chinois…quelle est l’approche réelle de la formation de l’armée nationale ? S’est encore interrogé un autre intervenant.

Invité à donner des réponses aux préoccupations des sénateurs, le ministre de la Défense nationale et anciens combattants a sollicité et obtenu un délai de deux jours pour bien préparer sa réplique. C’est donc, le vendredi 11 mai, à 10h00, que Charles Mwando Nsimba sera de nouveau face aux sénateurs pour répondre à leurs préoccupations.

Ce matin, c’est le premier ministre qui viendra à 10hoo répondre aux questions lui posées le lundi dernier à l’occasion de son interpellation par le sénateur Sesanga Aimé Patrice.   

Dominique Mukenza & Anto Tshinguta, Irezille Sedeke (Stg/Ifasic)

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