Session parlementaire : un goût d’inachevé !

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Ouverte le 15 mars 2017, la session ordinaire du Parlement s’est clôturée le 15 juin 2017, comme le recommande la loi fondamentale. Si au plan de la loi, il n’y a rien à reprocher à la tenue de cette session parlementaire, il y a beaucoup à redire au sujet du travail
des députés et sénateurs.

En effet, pour nombre d’analystes politiques, elle a laissé un goût d’inachevé pour ce qui est notamment des dossiers brûlants de l’heure, dominés pour l’essentiel par les violences meurtrières que connaît le Grand Kasaï, ainsi que le vote des lois jugées urgentes afin
d’accélérer le processus électoral qui accuse déjà un grand retard.

Des semaines entières se sont écoulées sans que les députés et sénateurs se réunissent en plénières, alors que plusieurs matières jugées nécessaires et urgentes moisissaient dans les tiroirs. Pire, les représentants du peuple congolais ont affiché une indifférence non
justifiée envers leurs électeurs par le mutisme dont ils ont fait montre face à la situation sécuritaire préoccupante qui prévaut particulièrement au Kasaï et au Kivu.

Le drame kasaïen  banalisé

Commencée en août 2017 pour s’amplifier avec l’assassinat du chef
traditionnel des Bajila Kasanga, Jean Pierre Pandi, baptisé « Kamuina
Nsapu », la situation des violences et tueries au Kasaï Central s’est
finalement étendue lsur l’ensemble des provinces issues du
démembrement du Grand Kasaï, y compris au-delà, à savoir au Lualaba.
Cet embrasement avait démarré dans la ville de Tshikapa, province du
Kasaï, dans le dernier trimestre de l’année dernière, pendant que le
Parlement était en pleine session de septembre.
Ce qui étonne dans ce dossier, c’est le silence des parlementaires,
députés comme sénateurs, face à une situation qui devait, en toute
logique, susciter leur réaction en tant que représentants du peuple.
Contrairement aux attentes, il n’y a eu aucune interpellation des
personnes ressources censées éclairer l’opinion sur les tenants et
aboutissants du phénomène « Kamuina Nsapu », tant et si bien que
l’escalade des violences a franchi les frontières du territoire du
chef assassiné. Et quand l’Assemblée Nationale s’est réveillée à la
suite de la mise en cause d’un de ses membres, nous avons cité Clément
Kanku, tout ce qu’elle a pu faire, c’est de lever l’immunité du
précité. Quant aux motions articulées contre les ministres Emmanuel
Ramazani Shadari de l’Intérieur et Alexis Thambwe Mwamba, elles ont
été déposées si tardivement qu’elles ont été renvoyées à la session de
septembre. Pourtant, s’il y avait eu diligence, des enquêtes
parlementaires auraient pu être enclenchées sur l’affaire Kamuina
Nsapu.
Sur un autre registre, la loi de finances de l’exercice 2017,
principale matière à examiner durant la session de septembre dite
budgétaire, n’était pas encore à l’ordre du jour puisque non déposée
par le gouvernement au Parlement. Manifestement, les parlementaires
avaient tout leur temps pour se pencher sur le dossier des violences
au Kasaï, afin de permettre aux Congolais et à tous ceux qui expriment
leur attachement à la RDC de connaître la vérité, et formuler des
recommandations au gouvernement en vue du retour d’une paix durable
dans le Grand Kasaï.
Ce silence coupable des parlementaires aussi bien de l’espace Kasaï
que du reste de la République, est resté inexpliqué, malgré la
recrudescence des violences qui sembrasaient des localités, villes et
provinces sur lesquelles le défunt chef coutumier n’exerçait même pas
son autorité. La situation s’est ainsi dégradée jusqu’à la disparition
des experts des Nations Unies le 12 mars 2017 et la découverte de
leurs corps mutilés à la fin du même mois de mars. Ni la découverture
des fosses communes dont le nombre ne faisait qu’augmenter, ni la
décapitation des policiers, n’ont pas réussi à interpeller les élus.
C’est ici que d’aucuns s’interrogent sur la raison d’être des enquêtes
parlementaires, dès lors que ceux qui ont reçu le mandat de
représenter le peuple, se taisent face à la tragédie que vit le même
peuple.

Le Budget expédié telle une matière accessoire !
L’autre sujet d’inquiétude ayant marqué cette session est la manière
expéditive qui a marqué l’examen du budget de l’exercice 2017. Prenant
généralement une soixantaine de jours, soit une quarantaine à
l’Assemblée nationale et une vingtaine au Sénat, l’examen et
l’adoption de la loi de finances pour l’exercice 2017 ont pris moins
de dix jours. Cette adoption à la hâte d’une matière aussi technique a
semé le doute dans les esprits quant à son exécution. Pourtant, des
défis importants attendent l’exécutif national : le financement des
élections, l’amélioration du social des Congolais, la réhabilitation
des infrastructures de base, la relance de la production interne, la
stabilisation du cadre macro-économique, etc.

Des lois prioritaires non votées
Par ailleurs, le Parlement s’en va en vacances sans avoir voté les
lois attendues pour faire accélérer le processus électoral. C’est le
cas notamment de la loi portant répartition des sièges dans les
circonscriptions électorales ; de la loi organique portant création et
fonctionnement du Conseil National de Suivi de l’Accord (CNSA), etc.
Il y a aussi la loi électorale de 2006 qui doit subir quelques
modifications dans certaines ses dispositions, afin de l’adapter aux
réalités du moment, avec le passage du nombre de provinces de 11 à 26.
Tous ces faits réunis donnent raison à ceux qui pensent que tout le
monde – membres de l’exécutif comme parlementaires – roule pour le «
glissement ». Personne ne semble pressé de revenir vers le souverain
primaire pour solliciter un nouveau mandat. Les parlementaires ont
laissé l’impression d’avoir leurs tête ailleurs, peut-être dans des
tractations pour occuper des postes au gouvernement et au sein
d’autres nouvelles institutions d’une transition qui n’a toujours pas
commencé.
Dom

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