Sakania : Grande marche de protestation de la population contre le ministre des Mines

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           La cité de Sakania a vibré le samedi 7 août sous une forte pression née de la volonté de la population de manifester son mécontentement face à l’imminence de ce qu’elle appelle « une zaïrianisation » de mauvais goût orchestrée par le ministère des Mines à l’endroit des sociétés Comisa et Frontier installées dans le territoire de Sakania. Ils étaient des milliers des travailleurs, femmes et enfants et d’autres personnes intéressés par le sort de la cité dont la survie dépend en grande partie de ces deux compagnies. La marche est partie de Kishiba à Sakania, sur une distance de 8 km. Avec une fanfare kimbanguiste, les marcheurs ont triomphé de leur peur et se sont levés pour revendiquer leur droit à une vie saine et prospère. C’est la première fois qu’un tel événement a eu lieu à Sakania et pour ne pas rater l’occasion de contribuer à cette organisation citoyenne, c’est toute la population qui s’est levée et qui a rejoint les 1.500 travailleurs de Frontier. Ils sont venus de partout voire des villages voisins, notamment de Lukangamba situé à 18 km, de Kambumba situé à 20 km et de Kimfumpa situé à 17 km de Sakania. Tous ont rejoint les travailleurs pour manifester leur inquiétude surtout les agriculteurs qui ont bénéficié du programme agricole de Frontier. 

            Ces hommes qui ont retrouvé la joie de l’agriculture ne pouvaient rester indifférents à la menace qui pèse sur la Cité de Sakania. Voulue pacifique, la marche cadencée par la fanfare avec des banderoles s’est dirigée  vers le bureau de l’administrateur du territoire M. Lwamba, qui était absent et qui s’est fait représenter par son adjoint Georges Kazadi, chargé de l’administration. On pouvait apercevoir le chef de la cité de Sakania, Jean Marie Kumba, qu’entouraient les membres du Conseil de sécurité du territoire. Nullement fatigués par la marche, les délégués syndicaux ont lu à l’intention de l’autorité le mémo qu’ils adressent au Premier Ministre Adolphe MUZITO.

            Le président de la délégation syndicale, Jacques Ngoie  wa Mbuyu, a alors pris la parole pour livrer à l’assistance les grandes lignes des revendications des travailleurs qu’il a lues  sur un ton fort avant de lancer un cri d’alarme face à ce qu’il considère comme une tentative malheureuse de zaïrianisation de leur entreprise. Pour les travailleurs de Frontier et de Comisa, le Premier Ministre Adolphe MUZITO doit savoir qu’ils sont fiers d’avoir bâti à Sakania sur la mine la plus pauvre jamais exploitée de la RDC avec 1% de cuivre contenu, le premier projet développé sous l’égide du Code Minier. Et cette entreprise qu’ils ont fondée par leur sueur et leur sang pour répondre à l’appel du chef de l’Etat, ils l’ont accomplie dans le respect des lois de la République. Ils peuvent se dire fiers d’appartenir à une entreprise citoyenne qui paie ses impôts et qui développe ses projets dans un esprit gagnant -gagnant. Mais leur étonnement est grand, poursuit le mémo, de constater qu’ils font face aujourd’hui aux « intrigues » et à des menaces d’anéantissement total en couronnement d’une « cabale »montée au grand mépris des Congolais qu’ils sont . Les travailleurs de Frontier et de Comisa affirment dans leur mémo qu’ils ne sont pas à l’origine des misères de leurs collègues de Sodimico qui ont souffert des erreurs de gestion et n’ont pas réussi à exploiter les gisements pourtant les plus riches de la République. La représentation des travailleurs a révélé que s’agissant de Sodimico, l’opinion doit savoir que la seule mine de Musoshi renferme plus d’un million de tonnes de cuivre productibles, de sorte que le vrai problème est de transformer le potentiel en richesse comme l’avaient fait les Japonais. A ce jour les zones exclusives de recherche attribuées à la Sodimico en 1969 ont expiré en 1984 et prétendre que les droits miniers de Frontier et de Comisa seraient par hasard ceux revendiqués par eux est inexact.

            Condamnant la manière dont la Cour Suprême a rendu son arrêt en l’absence d’une représentation de leurs employeurs, les agents de Frontier et Comisa demandent au Premier Ministre d’user de son pouvoir pour arrêter des mesures conservatoires car, disent ils, une condamnation par défaut n’est pas exécutoire.  Après la lecture du Mémo, l’on pouvait entendre une mouche voler, tant le silence était pesant. L’administrateur adjoint Georges Kazadi les a remerciés d’avoir manifesté pacifiquement et leur a promis de transmettre le mémo aux autorités supérieures de la République.

K.P (CP)

 

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