Sachets, tapages, mineurs : Kimbuta K.O. debout!

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Les antivaleurs ont la peau dure à Kinshasa, une ville dont les résidents sont souvent réfractaires aux changements. C’est le constat que tout observateur averti est à même de faire en effectuant un petit tour à travers la capitale du pays. 

            Apparemment, tout ce qui était interdit il y a quelques jours est en train de revenir en force. Ce qui donne l’impression que les changements de décor introduits à Kinshasa à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du pays n’ont vécu que l’espace d’un matin. La belle image d’une partie de la ville offerte aux visiteurs étrangers ne fait que pâlir au fil des jours.

   Les sirènes des corbillards, les tapages diurnes et nocturnes, la vente de l’eau en sachets, le vagabondage des mineurs…dominent de nouveau le quotidien des Kinoises et Kinois. C’est le retour à la case départ.

            Et tout se passe au vu et au su des autorités urbaines, municipales et locales, qui sont retombées dans leur indolence légendaire.

            Les vendeurs ambulants de l’eau en sachets, dont la présence était considérablement réduite aux terminus, parkings et arrêts des engins commis au transport en commun, ont repris du service de plus belle. Vendue actuellement dans un emballage opaque ne permettant pas sa visibilité immédiate, l’eau pure porte désormais plusieurs labels. Les uns l’identifient sous celui de « Kingasani », d’autres sous celui de « Ya mado » et d’autres encore la surnomment « Sœur Odette », etc. Ces noms codés n’échappent à l’attention de personne. Le maire de ville déclare à qui veut l’entendre qu’il capte cinq sur cinq le message des « tricheurs ». Bourgmestres, chefs des quartiers et policiers n’ignorent pas le contenu de ce qui se vendait sous les aisselles il y a deux semaines mais que leurs porteurs cachent désormais de moins en moins. Mais personne n’agit. 

Eglises de réveil, maisons de disque et terrasses relancent les tapages 

            En tête de peloton au palmarès lié à la pollution sonore, figurent sans doute les églises dites de réveil, les maisons de vente de disques et cassettes, les terrasses, etc. Chacun agit comme beau lui semble, en foulant aux pieds les instructions en la matière.

            Pourtant, il y a quelques semaines, Kinoises et Kinois se réjouissaient de la baisse sensible des tapages diurnes et nocturnes, dès lors que les différents bourgmestres s’étaient mis à fermer églises, terrasses et boîtes à musique jugées coupables du délit de pollution sonore. La saisie systématique des matériels électroniques producteurs des nuisances sonores avaient refroidi les ardeurs des pasteurs et des propriétaires des terrasses et boîtes à musique.

            Les baffles ou haut-parleurs ont retrouvé leur sonorité maximale, aux côtés des écoles, hôpitaux et maisons d’habitation. Ici à Kinshasa, nul n’ignore que la quasi-totalité des églises de réveil fonctionnent dans des parcelles résidentielles où elles se partagent l’espace vital avec les propriétaires et leurs locataires.

            Pire : ceux qui prônent l’amour et l’humilité ne savent pas, eux-mêmes, les observer. Ils ne tiennent pas compte, au même titre que les exploitants des bars et maisons de vente des disques, de la présence, dans leurs entourages immédiats, des gens qui se livrent au travail intellectuel, un travail intellectuel qui exige le calme, des malades qui éprouvent un grand besoin de la tranquillité, ou encore des ouvriers épuisés par le labeur de la journée qui aspirent à un sommeil réparateur de leurs dépenses d’énergie.

            Il suffit de faire remarquer à un prédicateur qu’à côté on travaille, pour être diabolisé comme il n’est pas permis.

            Que dire des maisons de vente de disques où chaque tenancier croit que la vitesse d’écoulement de sa marchandise dépend du volume des décibels produits de jour comme de nuit.

            Le carrefour du rond point « Victoire », à Matonge, la « capitale » kinoise du bruit, a fait des émules aux quatre coins de la ville. 

« Tolérance 1.000 » pour mineurs 

            S’agissant des mineurs dont certains exercent le commerce ambulant, on les revoit circuler jusque tard dans la nuit, faisant le tour des terrasses et boîtes de nuit. On se souvient qu’il y a quelques semaines, des rafles des mineurs étaient devenues régulières.

            Bien que certains dérapages accompagnaient la chasse aux mineurs à la tombée de la nuit, la « tolérance zéro » face au vagabondage des enfants mineurs non accompagnés avait réduit le taux de croissance des « shegués ». A ce jour, on est rentré à la « tolérance 1000 » pour mineurs, disent de nombreux kinois avec ironie et pincement au cœur. 

Ville non administrée ? 

            Les Kinois ont la nette impression que leur ville n’est pas suffisamment administrée. La non observance de la loi est devenue une seconde nature pour l’homme, la femme, la fille et le garçon de Kinshasa. Les antivaleurs prospèrent au nez et à la barbe des membres du gouvernement provincial, des responsables de la police provinciale, des bourgmestres et chefs des quartiers.

 Chaque responsable semble attendre le pire avant de réagir. Il y a pourtant moyen de copier les bonnes habitudes que l’on rencontre ailleurs, ici même au pays. Dans des villes comme Lubumbashi, Goma, Beni ou Butembo, les consommateurs de l’eau en sachets, des bananes, des arachides, des oranges, des biscuits… recherchent machinalement les poubelles pour y déposer les emballages. Lorsqu’ils ne trouvent pas de poubelles, ils gardent les emballages jusqu’à leurs domiciles ou lieux de travail, avant de s’en débarrasser. A Lubumbashi par exemple, les funérailles ne sont pas organisées dans les citées résidentielles. Tout se passe à la morgue. Le mort a droit à juste un tour symbolique dans sa résidence, si ses proches le jugent indispensable.

Kinoises et Kinois voudraient voir ceux qui les gouvernent, André Kimbuta en tête, continuer le combat si noble déclenché contre la vente de l’eau en sachets en plastique, les tapages diurnes et nocturnes, la divagation des mineurs, la présence des prostituées mineures dans les hôtels, les marchés pirates, les immondices, etc. Au jour d’aujourd’hui en tout cas, l’autorité urbaine paraît K.O. debout, deux semaines seulement après avoir mis tous les « marginaux » au pas, dans le cadre des festivités du Cinquantenaire.

Dom    

 

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