Retrait de 350 soldats rwandais de Rutshuru : SVP, dites-nous la vérité !

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Les officiels rwandais viennent de lancer un nouveau pavé dans la mare des relations congolo-rwandaises en affirmant, haut et fort, qu’ils avaient décidé de retirer leurs troupes de Rutshuru, dans le Nord-Kivu, où elles étaient cantonnées depuis janvier 2009. Le communiqué rendu public le vendredi 31 août par l’état-major général de la «Défence Force of Rwanda» fait état de deux compagnies composées d’environ 350 soldats.
Mende : «Il s’agit d’une exfiltration déguisée »
 
Lambert Mende, ministre des Médias, Relation avec le Parlement et Initiation à la Nouvelle Citoyenneté, a qualifié de mensonge la nouvelle selon laquelle le Rwanda était en train de retirer de Rutshuru des troupes qui y étaient déployées depuis janvier 2009 avec l’accord du gouvernement congolais. Selon le ministre, les opérations conjointes « Umoja wetu » entre les armées rwandaises et congolaises, destinées à la traque des FDLR, avaient pris fin en février 2009. En date du 25 février 2009, une cérémonie officielle avait été organisée à cette fin.
 
Le porte-parole du gouvernement congolais a souligné que l’opération enclenchée le week-end dernier par Kigali était une exfiltration des soldats rwandais venus appuyer le M23. Ce constat est renforcé par le refus du pouvoir rwandais d’associer la Monusco comme témoin de ce retrait.
Selon Lambert Mende, après la fin de l’opération « Umoja wetu », les gouvernements congolais et rwandais s’étaient mis d’accord pour le déploiement, à l’Est du Congo, d’officier de renseignement -100 par pays et non des militaires, en vue de la surveillance des activités des forces négatives, afin de mettre fin aux accusations réciproques de déstabilisation et de perturbation de la paix. Il a balayé d’un revers de la main l’existence d’un quelconque accord secret entre Kinshasa et Kigali au sujet de la présence d’un contingent  militaire rwandais en territoire congolais.
 
Où est la vérité ?
 
Face à cette nouvelle zone d’ombre apparue dans le dossier sécuritaire du Nord-Kivu, nos compatriotes ne demandent qu’une chose à ceux qui les gouvernent : la vérité. De quel côté se trouve-t-elle ? Difficile de le savoir. Ce qui est fort troublant, c’est le fait que les Congolais apprennent des autorités rwandaises pratiquement tout ce qui touche à la situation militaire et sécuritaire de cette province congolaise. Même s’il est acquis que le régime de Kigali est passé maître dans l’art du mensonge, il n’en demeure pas moins que les « vérités » qu’il exhument dérangent, surtout celles qui semblent couvertes du voile du secret-défense ou secret d’Etat sous les cieux congolais.
Pendant qu’à Kigali, l’on communique abondamment et sans arrêt, Kinshasa donne l’impression d’avoir choisi la stratégie des démentis sur le tard, ce qui laisse l’initiative à la partie rwandaise, avec tous les dégâts que l’on peut imaginer dans l’imagerie populaire congolaise. La rétention volontaire ou involontaire des informations sur l’état des lieux au Nord-Kivu ne va pas sans faire suspecter des décideurs politiques et militaires congolais d’être complices de l’insécurité permanente dans cette partie de la République.
En tous les cas, l’opinion nationale et internationale sont plus que jamais surprises d’apprendre que la RDC, qui accuse le Rwanda de soutenir militairement la rébellion du M 23 (Mouvement du 23 mars 2009), a hébergé pendant trois ans un contingent d’une armée étrangère, en l’occurrence celle du Rwanda voisin. Des millions de Congolaises et Congolais, mobilisés officiellement depuis le mois de juillet 2012 contre l’agression rwandaise au Nord-Kivu, aimeraient savoir pourquoi leurs gouvernants n’avaient-ils pas dénoncé, pendant trois ans, cette autre présence d’une armée d’occupation dans la même partie de la République.
 
Où sont passés les services spéciaux et les animateurs de la territoriale ?
 
La République Démocratique du Congo, Etat indépendant et souverain, regorge en son sein d’une multitude de services spéciaux (Agence Nationale des Renseignements, Direction Générale de Migration, Services des renseignements militaires, Police Nationale Congolaise) censés apporter aux gouvernants toutes les informations sensibles en rapport avec la sécurité intérieure et extérieure. Les membres de ces instruments de surveillance et de protection du territoire national savaient-ils qu’après les opérations mixtes FARDC-Armée rwandaise en janvier-février 2009, les militaires rwandais n’avaient-ils pas pris le chemin du retour vers Kigali ? 
Les limiers des services spéciaux avaient-ils fait rapport à qui de droit et n’avoir pas rencontré une oreille attentive ? Que s’est-il passé au niveau des mécanismes d’espionnage et contre-espionnage pour qu’un silence plat soit observé autour d’une présence militaire de tous les dangers ? 
En plus des services spéciaux, l’autorité de l’Etat est assumée en provinces par des responsables connus : gouverneurs de province, commissaires des districts, administrateurs des territoires, chefs des secteurs, chefs coutumiers…On devrait expliquer aux Congolaises et Congolais pourquoi, de 2009 à 2012, les animateurs de la territoriale, au Nord-Kivu, sont restés motus et bouches cousus. Savaient-ils que les autochtones de Rutshuru cohabitaient avec des étrangers identifiés comme membres de l’armée rwandaise ? 
 
Conspiration du silence ?
 
Le peuple congolais serait-il victime d’une conspiration du silence ? En effet, si les officiels rwandais n’avaient pas annoncé, le week-end dernier, le retrait de leurs soldats de Rutshuru, le statu quo entamé depuis janvier 2009 n’allait pas être brisé. Que cache ce jeu qui consiste à laisser au régime de Kigali le soin de livrer aux Congolais la primeur des informations, vraies ou invraisemblables, telle celle relatif au  cantonnement, depuis trois ans, de plus 350 militaires rwandais à Rutshuru ? 
Le régime de Kigali aurait pu décider, lui aussi, de se taire, et son contingent militaire allait continuer à parader à Rutshuru pour une durée indéterminée. Avec le recul du temps, c’est le lieu de constater qu’en 2011, nos compatriotes de l’Est ont été enrôlés et conduits aux urnes par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) sous la haute surveillance de l’armée rwandaise.
Les députés nationaux, qui se trouvaient en session ordinaire puis extraordinaire pendant que le Nord-Kivu brûlait, n’ont pas trouvé mieux que de « tuer » le débat en se réfugiant derrière le huis clos. Quant aux sénateurs, ils n’ont jamais trouvé le temps d’inscrire le dossier sécuritaire du Nord-Kivu à l’ordre du jour de leurs travaux. Ceci peut sans doute apporter aux Congolais un peu d’éclairage sur ce qui s’apparente à la conspiration du silence.
Dès lors, notre peuple est en droit de se demander si le retrait annoncé bruyamment par les Rwandais va être effectif. Ne s’agit-il pas là d’un énième coup médiatique rwandais destiné à nous distraire davantage ? Quelle garantie avons-nous que les 350 soldats rwandais sont en train de plier bagages, d’autant qu’ils ont la possibilité de se fondre dans les rangs du M23 ? Compte tenu de ce nouveau feuilleton aux contours flous, les Congolais ont des raisons de beaucoup craindre pour l’avenir du Nord-Kivu, une province visiblement vouée à asseoir la balkanisation du Congo.
 
Kimp
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