Retour de Global Advanced Metals sur le marché en 2021, le coltan congolais en danger

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Comme en 2008 et 2009, le tantale (coltan) de l’Afrique centrale, mieux de la RDCongo, est sous menace. Il risque d’être frappé d’une fatwa sur le marché international avec la nouvelle tentative de l’identifier au minerai de sang. Une veillée d’armes s’observe dans cette perspective avec le concours comme autrefois d’un groupe d’institutions mondiales, des entreprises et de médias internationaux, prétendant pourtant tous agir dans l’intérêt de l’Afrique. A la base assurément le lancement envisagé pour début de l’année prochaine par Global Advanced Metals (GAM) de sa propre exploitation minière de tantale à Greenbushes, en Australie, dont un plan de développement minier aurait été soumis à Talison Lithium. Les autorités africaines, particulièrement congolaises, sont appelées à rester vent debout pour parer à toute éventualité et se dresser ainsi contre ce qui apparaît comme un colonialisme de type moderne.

            Le tantale est un métal rare utilisé en électronique et en aérospatiale. Ses gisements en Afrique centrale se trouvent généralement dans les alluvions et sont d’une teneur plus élevée que ceux trouvés en Australie, au Brésil et au Canada. C’est-à-dire que le minerai est presqu’à fleur du sol, donc à des faibles profondeurs contrairement aux mines sous d’autres cieux. En raison des avantages que présentent ainsi les gisements africains, l’Afrique centrale a pu dominer la production du tantale, même si elle utilise jusque-là des méthodes d’extraction artisanales et est entravée par un financement limité. Par-delà, le tantale africain se retrouve être un modèle pour d’autres minéraux du continent, grâce à l’adoption proactive par les industries des systèmes d’audit et de traçabilité indépendants rigoureux pour démontrer que l’or gris africain n’est pas entaché de conflits ou produit par des méthodes de production contraires à l’éthique, au devoir de diligence. Mais, cette réussite de la plupart des petites mines appartenant à des Africains est sur le point d’être attaquée, pour la deuxième fois, par un groupe d’institutions mondiales, de sociétés et de médias, qui prétendent paradoxalement tous agir dans l’intérêt de l’Afrique.

Une fatwa en vue

            Selon des sources de la filière 3 T, Global Advanced Metals (GAM) aurait soumis un plan de développement minier à Talison Lithium décrivant comment elle espère lancer début de l’année prochaine sa propre exploitation minière de tantale à Greenbushes, en Australie. Mais, pour que le tantale australien puisse se vendre de manière rentable, il doit être vendu à plusieurs fois le coût de production de celui africain. Ce qui revient à dire que pour être bon marché, il doit bousculer son concurrent africain jusqu’à pâlir sa convoitise sur le marché international. Et la recette est vite trouvée, mieux reconduite.

            Pour mémoire, le GAM n’a ménagé aucun effort en 2008 et 2009 pour obtenir l’interdiction des minéraux de tantale d’Afrique centrale au profit des projets miniers canadiens, brésiliens et égyptiens. Il a ainsi engagé les Nations Unies et d’autres organisations non gouvernementales opérant en Afrique centrale comme le Projet Enough, afin de rendre le tantale africain inacceptable pour une utilisation dans les chaînes d’approvisionnement des grandes marques comme Apple, Intel, Samsung, Boeing et Airbus. Afin de déjouer ce plan, les producteurs africains de tantale ont finalement organisé une chaîne de contrôle indépendante des sacs et étiquettes par le biais du programme iTSCi (International Tin Supply Chain Initiative/Initiative Internationale sur la Chaîne d’approvisionnement en Etain). De ce fait, tous les transformateurs ont été audités par Responsible Minerals Initiative (RMI) pour démontrer que les chaînes d’approvisionnement étaient exemptes de conflits. Ce programme, bien que coûteux, a réussi à repousser l’attaque des relations publiques de l’Occident contre l’industrie africaine du coltan.

Les experts onusiens

à l’œuvre

            Le groupe d’experts des Nations Unies en charge de publication des rapports est généralement dirigé par un ou deux Anglais ou Américains. Ces consultants basés en Occident ont des objectifs à long terme consistant à développer des récits qui soutiennent leur propre intérêt, tout en rédigeant des rapports soi-disant «objectifs» pour les Nations Unies et pour lesquels leurs revendications sont protégées par l’immunité souveraine. En 2008, Denish Mahtani, alors chef du groupe d’experts des Nations Unies, était largement connu pour être influencé par le lobbying du GAM. Il aurait atteint son objectif de voir le tantale, l’étain ou le tungstène (3T) en provenance du Congo ou des pays voisins être indexés sur le marché international grâce au lobbying, notamment, de Washington. À la suite de son rapport de 2009 et de l’activisme de Global Witness et d’Enough Project, le Congo et ses voisins ont tous été classés comme des «pays en conflit» dans le but de détruire leur réputation sur le marché international. De la sorte, les 3T ont été classés comme minéraux de conflit. Ces deux étiquettes péjoratives s’appliquaient malgré le fait que le minerai produit provenait de zones exemptes de conflit, donc absolument pas souillé par le conflit. Il ne pouvait y avoir un meilleur exemple de parti pris systémique réel qu’une telle discrimination.

Le parapluie de l’iTSCI

            Le tantale, l’étain et le tungstène d’Afrique centrale n’auront été épargnés finalement que grâce à l’adoption du programme iTSCi qui a prouvé de manière convaincante et indépendante que la chaîne d’approvisionnement des 3T était exempte de conflits. Il va de soi que pour relancer sa campagne qui a fait fortune en 2008 contre les 3T de l’Afrique centrale, mieux de la RDCongo, GAM est tenté de réutiliser ses connexions avec les Nations Unies et leurs ONG pro-américaines pour produire de récits mitigés sur les minéraux africains. Loin s’en faut. Des journalistes pro-GAM dans des publications réputées comme Reuters et Bloomberg, vont retrouver du service. Mais, contrairement à 2008, l’industrie du tantale africain est maintenant un modèle de transparence. Dans ce cas – car c’est le seul moyen de réussir cette campagne anti-africaine – il ne serait pas surprenant d’enregistrer dans les prochaines semaines de pluies d’attaques supplémentaires contre le système de traçabilité de l’industrie du tantale iTSCi.

            C’est à peine croyable que pendant que les États-Unis et les pays européens disent réexaminer leurs longues histoires de racisme institutionnel, la suppression séculaire des affaires africaines par leurs entreprises se poursuit cependant sans désemparer. Le racisme institutionnel moderne en Afrique est donc basé sur le contrôle européen et américain des institutions qui sont censées être là pour aider et développer l’Afrique. Comme quoi, ces loups en draps de vêtements ne fonctionnent que contre toute industrie africaine non régentée à partir de l’Occident. Une manière de perpétuer le colonialisme moderne à travers la discrimination systémique anti-africaine dans les institutions mondiales.

            Fin 2019, craignant que le ciel puisse s’assombrir sur l’activité du coltan en RDCongo en raison de la campagne menée tambour battant pour vouloir identifier ce minerai au sang, les opérateurs économiques du Kivu avaient – sous la conduite du Vice-Président de la FEC (Fédération des Entreprises du Congo) Dieudonné Kasembo – rencontré le célèbre Docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, pour solliciter son implication. Ils s’étaient dits fatigués de la rengaine des minerais de guerre, alors que ceux-ci ne sont pas revêtus du même qualificatif quand ils sont vendus ou exportés dans certains pays voisins. Pour eux, ce sont des actions de sape de l’économie congolaise. Les dirigeants africains, congolais en particulier, sont tenus à demeurer vigilants et être à même de défendre leurs intérêts nationaux, partant ceux du continent.

Moïse Musangana

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