Résultats de la présidentielle : un prêtre interpelle la CENCO

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Des évêques congolais membres de la Cenco le 23/6/2011 au centre Nganda à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

L’attitude de la hiérarchie de la Conférence Episcopale Nationale du
Congo (CENCO) face aux résultats de la présidentielle du 30 décembre
2018, ne cesse de susciter des réactions. Après les acteurs politiques
et ceux des organisations de la société, c’est maintenant le tour des
fils maison. Entendez des prêtres catholiques qui ne sont pas d’accord
avec la position de la hiérarchie de leur église.

Dans un élément sonore qui fait le tour des réseaux sociaux, un abbé
se dit indigné du comportement dangereux que la Cenco affiche depuis
la publication des résultats de l’élection présidentielle proclamant
Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo 5ème Président de la République
Démocratique du Congo.

        Sans user de langue de bois, il déclare que l’attitude ambigüe des
dirigeants de la Cenco a fini par provoquer la crise au sein de
l’église même. Il en veut pour preuve la récente déclaration des
évêques du Grand Kasaï faite le 26 janvier 2019, dans laquelle ils ont
adressé leurs félicitations au nouveau Chef de l’Etat élu, fils du
terroir.
        Comme on peut le constater, cette déclaration est en contradiction
avec la position de  certains dirigeants de la Cenco. C’est déjà un
problème, fait-il observer. Ajouter à cela, les propos haineux tenus
lors du meeting de Martin Fayulu le samedi 2 février à Ndjili, comme
cet appel au génocide des Baluba, ethnie du nouveau Président de la
République. On a entendu en direct à la télévision des propos comme «
Muluba, boma ye » (Muluba, il faut le tuer). Des propos tenus devant
l’animateur principal du meeting ainsi que tous ceux qui
l’accompagnaient sans que personne n’intervienne pour les empêcher ou
condamner.
        L’abbé rappelle que le génocide rwandais dans lequel la
responsabilité de l’église était totalement engagée, avait commencé
par tels discours et propos appelant à la haine distillés par des
prêtres. Situation qu’on est curieusement en train de vivre à
Kinshasa.
        Comme preuve, l’auteur cite l’exemple de la paroisse Divin Maïtre à
Masina Sans-fil où lors d’une neuvaine intitulée « Christ Lumière du
monde », le prêtre qui était intervenu le 5ème ou 6ème jour avait tenu
des propos haineux contre les Baluba. Découragées d’entendre de tels
propos sortir de la bouche d’un prêtre, certaines personnes avaient
vidé les lieux.
        A l’église « Notre Grâce » à l’UPN, le prêtre ne s’était pas offusqué
pour insulter publiquement le Président élu au motif qu’il avait volé
la victoire de Fayulu.
        A l’église « Saint Eloi » à Barumbu Bon Marché, un prêtre a aussi
tenu des propos discriminatoires à légard du peuple Luba. Il a dit à
la fin de sa prêche « Tosambela po na Balu (Prions pour les Baluba »,
après avoir raconté ce qui lui passait par la tête.

L’image de l’église
complètement ternie !

        A cause du comportement de certains prêtres, particulièrement les
dirigeants de la Cenco et quelques abbés misant sur la fibre tribale
ou linguistique, on a fini par jeter l’opprobre sur l’image de marque
de la grande église qui devient aujourd’hui l’objet de toutes sortes
de commérages sur les réseaux sociaux.
        Celui qui parle s’interroge même sur le fameux don de 40.000
Smartphones et l’argent que certains prêtres avaient reçus comme dons
pour la formation et l’équipement des observateurs de la Cenco lors
des élections. Est-ce que ceux qui avaient reçus des dons en
avaient-ils fait le rapport à l’église ? S’interroge-t-il en rappelant
l’adage selon lequel « la main qui donne est toujours est au-dessus ».
        « La vérité des urnes qu’on est en train de réclamer aujourd’hui,
pourquoi on ne l’a pas réclamée en 2006, alors que le président de la
CEI était un prêtre catholique? Pourquoi la Cenco n’avait-elle pas
appuyé le Cardinal Etsou, qui avait contesté les résultats publiés par
la CEI ? En 2011, le Cardinal avait eu à proclamer officiellement que
le vainqueur de la présidentielle était Etienne Tshisekedi. Quelle a
été l’attitude de l’église ? Pourquoi n’avait-on pas parlé de la
vérité des urnes à l’époque ? », s’interroge-t-il, avant de conclure
qu’il y a malaise dans l’église.
        Se référant à la parole de Dieu, il fait savoir que quand Christ
était né, il n’y avait eu aucun signe dans le temple de son père, qui
était tenu par des Pharisiens. C’était plutôt des bergers à qui l’ange
avait annoncé la bonne nouvelle. Et le jour de sa présentation au
temple, les prêtres avaient reçu Jésus même s’ils n’avaient pas vu en
lui le messie qu’ils attendaient. Cest Anne et Siméon qui avaient
reconnu Jésus comme messie. « La gloire de Dieu quitte à un moment
donné le temps à cause du mauvais comportement des prêtres »,
renseigne la Bible.
L’abbé rappelle aux siens la situation qui s’était passée au Katanga
en 1992 pour dire que la haine n’a pas au sein de l’église. Prêchons
l’amour et la paix.
Pour terminer, il fait remarquer que le grand chiisme commence
toujours par des abbés au sein de l’église. « Au lieu de subir les
événements, il faut les précéder. Nous sommes en danger…Des gens ont
été tués à Kikwit et même ici à Kinshasa où certains ont été brûlés
vifs.
        Enfin, il invite ceux qui tiennent des discours et propos haineux à
arrêter cette machine aux conséquences dangereuses. Surtout il n’en
revient pas de la réponse donnée par un haut responsable de l’église
en réaction à l’invitation lui adressée pour assister à la cérémonie
d’investiture du nouveau président « L’invitation n’est pas  une
convocation » !  Ce qui l’étonne encore davantage c’est cette position
de l’église là où le peuple a manifesté la joie. Il ne comprend pas
comment l’église a pu afficher une telle attitude face à la passation
pacifique de pouvoir, sans qu’il ait effusion de sang. Que cherche
alors l’église ?
Dom

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