Ressources naturelles : le paradoxe congolais

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Le coordonnateur du Comité technique de suivi et évaluation des réformes, le professeur Kabuya, a entretenu lundi dernier, au siège de la Banque mondiale à Kinshasa, les journalistes de la presse économique sur l’importance de la matrice de la bonne gouvernance, ainsi que sur les enjeux et perspectives des règles pouvant rétablir la confiance et la transparence dans la gestion des ressources naturelles, améliorer le climat des affaires, l’efficacité de l’utilisation des ressources issues du secteur extractif, ainsi que la transparence et l’efficacité dans l’exécution de la dépense publique.

Pour débattre de cette question qui préoccupe tant les partis politiques, les médias, les partenaires extérieurs et la société civile, le coordonnateur du CTR était assisté par son collègue Félicien Mulenda Kahenga, chargé du suivi des réformes des finances publiques et des ressources naturelles, et Delphin, expert de la Banque mondiale.

Après avoir rappelé les notions fondamentales des ressources et du développement et de l’interaction existant sur ces deux concepts, le professeur Kabuya a dévoilé les enjeux de la gouvernance des ressources naturelles. Il a fait le distinguo  entre les ressources renouvelables et celles non renouvelables, ainsi que les choix faits par les humains et qui amènent les ressources à changer dans le temps. Au nombre de ces changements, il a évoqué la surexploitation et le déboisement pouvant modifier l’environnement, notamment par la pollution, les érosions, et diminuer ou épuiser le potentiel des ressources.

Il a évoqué les travaux des spécialistes de ces questions, avant de développer des notions élémentaires des institutions, des normes sociales et des règles formelles, informelles et économiques.
Pour lui, les institutions propices à la croissance et au développement sont celles qui favorisent, non seulement une meilleure exploitation des ressources, mais aussi de réels progrès techniques.
Il a toutefois déploré le fait que si les règles de fonctionnement des institutions peuvent certes être formellement codifiées, mais les règles informelles édictées par les coutumes et les mauvaises habitudes créent parfois de l’inertie. Ainsi du fait des intérêts catégoriels, l’élite elle-même peut être une réelle source de blocage du changement.

Abordant la question des enjeux de la gouvernance des ressources naturelles, le professeur Kabuya note que la faiblesse de l’épargne intérieure, l’insuffisance de l’investissement productif, la contrainte des devises étrangères, le cercle vicieux de la pauvreté sont souvent cités parmi les facteurs les plus explicatifs du sous-développement. Ces contraintes peuvent être aisément surmontées dans des pays richement dotés en ressources naturelles, comme la RDC.
Cependant, utilisées à bon scient, a-t-il fait remarquer, les recettes générées dans les secteurs des mines, des forêts 
Et des hydrocarbures, pourraient servir à impulser la croissance, qui est la voie obligée vers le développement.

Potentiellement riche, la RDC classée parmi les pays les plus pauvres du monde

 Le coordonnateur du CTR a fait savoir  que les rentes issues des ressources naturelles peuvent soit être consommées et générer du bien-être immédiat, mais au détriment des générations futures, soit être investies en d’autres actifs productifs en vue de promouvoir le développement.
A ce sujet, l’argument en faveur de l’investissement des rentes est renforcé par le fait que les pays qui ont agi dans ce sens, ont échappé à la malédiction des ressources naturelles.
Il a prévenu que les richesses minérales et pétrolières peuvent affaiblir les institutions d’un pays, notamment par la corruption, et le pillage des ressources. Dans le cas de notre pays, les rentes minières ont incité à des conflits armés et ont fourni les moyens de s’y engager.
Il relève que l’afflux des recettes d’exportation, par exemple des minerais, peut ne pas militer en faveur de la diversification économique, tel est le cas du syndrome hollandais.

Voilà pourquoi, en dépit de ses nombreuses ressources naturelles, la RDC se classe parmi les pays les plus pauvres du monde en termes de PIB et de richesse naturelle par habitant.
Le professeur Kabuya a toutefois déploré le fait que les recettes fiscales de la RDC tirées du secteur minier sont faibles par rapport aux autres pays exportateurs de produits miniers. Il n’est donc pas étonnant que la faible contribution fiscale du secteur minier peut être expliquée par différents facteurs dont la structure du secteur ( prédominance de l’artisanat et de l’informel, la faiblesse des capacités institutionnelles et administratives, la fraude à l’exportation et la persistance de la corruption).
Comme faiblesses relevées dans notre pays, il note que la cartographie géologique et le travail géophysique effectués depuis l’indépendance ont été limités, restreignant l’exploration et réduisant la capacité du gouvernement à évaluer adéquatement la valeur des gisements miniers.

Il a enfin insisté particulièrement sur la nécessité d’assurer une gestion orthodoxe des ressources naturelles, non seulement pour renflouer les caisses de l’Etat, mais pour donner au gouvernement, les moyens de sa politique, afin de booster le développement de notre pays.
Le coordonnateur du CTR a évoqué à ce sujet, le constat malheureux de mauvaise gouvernance qui caractérise la plupart des pays en développement. Les gouvernements ayant pris conscience de ce problème, ils ont sollicité l’appui des partenaires au développement pour diagnostiquer les principaux maux qui la caractérisent.

Plusieurs études ont alors été menées dans ce cadre. C’est ainsi qu’a été créé une structure conseil du gouvernement chargée de réfléchir sur les voies et moyens de lutter contre la mauvaise gouvernance. Les experts de différents services de l’Etat ont élaboré avec le concours de la Banque mondiale et d’autres partenaires, la matrice des actions à mener. Cette matrice comprend quatre principaux objectifs, à savoir rétablir la confiance et la transparence dans la gestion des ressources naturelles, améliorer le climat des affaires, améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources issues du secteur extractif et améliorer la transparence, l’efficacité et l’économie dans les procédures d’exécution de la dépense publique.
Par des exemples, le professeur Kabuya a souligné l’urgence de mettre en œuvre les recommandations des experts qui sont susceptibles de concourir à résoudre ce problème de gouvernance, touchant aujourd’hui aussi bien les pays développés que ceux en développement.
A l’issue de cet exposé, le professeur Kabuya s’est prêté aux questions des journalistes.
J.R.T. 

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