Rentrée scolaire 2013-2014 : l’école sacrifiée, berceau de l’illettrisme

0
125

fourniture scolaireA deux semaines de la rentrée scolaire, tous les paramètres indiquent qu’elle sera difficile. En effet,   comme chaque année, les mêmes difficultés et plaintes  reviennent constamment   tant du côté de parents que  des  vendeurs des objets classiques.

Interrogés par Le Phare pour connaître le niveau de préparation, beaucoup de parents ont affirmé ne pas savoir  comment faire pour remettre leur rejeton à l’école. Faute d’un budget conséquent, ils ne sont pas encore en mesure de satisfaire au kit scolaire : achat cahiers,  stylos, livres, cartables, sacs, uniformes et chaussures,  ainsi que de gourdes et autres garde-manger  pour les jeunes enfants qui doivent rentrer à la maternelle. Et pour le parent qui ne peut pas envoyer son enfant dans une école maternelle

Formation au rabais 

 A cela, il faut ajouter les frais scolaires  et le manque de manuel à la fois pour les enseignants et les élèves,  devenus le tendon d’achille à  l’enseignement primaire, secondaire  et professionnel,    depuis que les établissements publics dans leur majorité  ne proposent plus des enseignements de qualité.

Conséquence, de nombreux parents n’ont d’autre alternative que de placer leurs enfants dans des établissements privés qui peuvent encore   proposer un contenu mieux élaboré. Ce, malgré les coûts parfois prohibitifs et leur caractère mercantile  qui ne permettent pas aux parents moyens de faire scolariser leur progéniture dans ce genre d’établissements.

Dans ces derniers  établissements,   certains acomptes plafonnent  jusqu’à 150 dollars voir plus.    Ce, avec obligation de payer avant le début  effectif des classes.   Et quand  il faut multiplier par le nombre d’enfants à charge, l’addition devient salée. Cette catégorie de  parents se disent très angoissés.

Cependant, en dépit du coût, ces établissements dans leur majorité proposent  néanmoins mieux que les établissements d’enseignement public où les exercices de rédaction élémentaire, de lecture, de calcul mental, de gymnastique, le travail manuel et d’effort physique   n’existent plus au niveau primaire et de moins en moins au niveau secondaire.

Tout ou presque est réduit au payement.    Ce qui fait que, une fois au niveau secondaire, l’écolier du primaire  qui devient  élève ne maitrise en réalité  aucune règle élémentaire de conjugaison, de  calcul, de grammaire, etc.  Et dans ce secteur, il n’y a que le circuit confessionnel qui tient encore le rôle d’un enseignement qui donne satisfaction aux parents. La difficulté majeure reste  comment obtenir  une inscription du fait que les places sont très limitées et il faut s’y prendre à temps

Comme l’écolier ne peut pas combler ce vide créé  dans son cursus à cause de la loi du moindre effort, à moins d’une volonté sans faille, favoriser par le système de choix multiple, dit « fiko, fiko, fio » au niveau secondaire à l’examen d’Etat, le système scolaire produit au bout de la chaine à l’université des étudiants habitués au branchement  incapables pour la plupart d’écrire  une simple demande d’emploi en français et de  tenir un raisonnement cohérent dans la langue du travail.

A la place, c’est en verlan ou en Hindoubile, patois  sorti des films indien et du western des années  50-60 ou encore en franc-lingala qu’ils sont obligés de s’exprimer.

Bien qu’ayant un diplôme d’université en poche,  une fois sur le marché de l’emploi, ces jeunes adultes  sans aucun bagage n’ont de solution que d’aller grossir les rangs de ceux qui travaillent dans le circuit informel au motif qu’il n’y a pas d’emploi.

En réalité, le système éducatif congolais, toute proportion gardée, produit plus d’illettrés que de gens instruits. Et au rythme où vont les choses, il n’est pas étonnant que l’on importe de nouveau de cerveaux au pays par manque de cadres compétents comme ce fut le cas dans les années 60 où le pays avait un manque criant de cadres supérieurs, moyens et intermédiaires.

Comme on peut le voir aisément, si la situation de l’école dans son ensemble est celle-là à Kinshasa et ses environs, qu’en est-il alors de l’arrière-pays qui manque de tout ? On se rappellera que les gens qui ont été scolarisés dans l’arrière-pays l’ont été  grâce à l’action concertée entre les écoles tenues par les religieux et de  toutes les entreprises qui s’y étaient implantées.

Car, à cette époque, pour assurer leurs pérennités, chaque entreprise tenait absolument à construire et tenir des écoles viables : approvisionnement de fourniture scolaire, offrir de bourses pour les élèves les plus méritants,  pour  encourager l’instruction des  enfants de leurs travailleurs. Ainsi, cette action salutaire profitait à toutes les communautés environnantes. Les grands cadres que le pays possède     aujourd’hui sont presque tous issus de ce système.

 Mais au moment où il n’y a plus d’industries et avec  une  paupérisation galopante, l’instruction de jeunes de l’arrière-pays est très hypothéquée.    Tout ceci fait un cocktail détonnant, qui prédispose  à l’illettrisme de masse.

Quant aux établissements publics, les enseignants eux-mêmes, sous –payés par l’Etat-employeur,  se battent eux aussi pour assurer  une   rentrée descente  à leurs enfants. Entretemps, la préparation sur le plan pédagogique est  soit sacrifiée ou bâclée par endroit.

Et même là où cette préparation est organisée, les responsables des écoles ont bien  du mal à battre le rappel de  troupes d’enseignants. Ce qui fait que, sans cette étape de remise en question et à niveau nécessaire, la nouvelle année scolaire risque de démarrer sur les mêmes bases que la précédente. Les mêmes lacunes déplorées l’année précédente vont être reconduites comme si de rien n’était.

Le cout de la rentrée

A titre illustratif, après un tour dans les principaux points de vente de fourniture scolaire de la capitale, voici ce que la rentrée peut couter à un parent.

Au niveau de la maternelle : un sac : 7000-20000Fc, gourde 3000 -7000Fc ; uniforme 5000-10000Fc, chaussures 9000 à 20000Fc. Fournitures scolaires : paquet de crayon de couleurs : 1500Fc, chaire de papiers de plusieurs couleurs : 2500 à 4000Fc, rame de papiers duplicateurs : 6000Fc, papiers bristols : 1500, papiers crépons : 1000Fc, papiers glacés : 2000Fc, etui de marqueurs : 1500, paquet de gouaches 1500Fc, paquet crayola : 2000, paire de ciseaux 500Fc, farde : 300Fc, colle : 1000Fc.  Rien que pour la maternelle, il faut débourser  une moyenne de 80.000 Fc par enfant.

Selon les besoins, un cahier de calcul : 300Fc, cahier d’écriture : 500Fc, six cahiers quadrillés et lignés de 200  et 96 pages : 2.55OFc, 12 quadrillés et lignés de 48 pages : 1950Fc, 24 cahiers de quadrillés et lignés de 24 pages : 10050.

Tandis qu’en  ce qui concerne les livres et autres ouvrages pour permettre à l’enfant de bien apprendre à  mieux suivre les cours, les moins chers sur le marché selon le niveau d’étude coute 4000 Fc et leurs  prix varient  en fonction des filières d’études.

VAN

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

*