RDC : vers un nouveau dialogue politique?

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Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

« L’avenir du monde se trouve en RDC », proclamait Barack Obama, le tout premier Président noir américain juste après son accession à la Maison Blanche en 2008. Cette prédiction avait-elle été bien captée par les acteurs sociopolitiques de ce pays considéré comme la gâchette du revolver de l’Afrique, comme l’avait si bien dit le sociologue
Franz Fanon ? Rien n’est moins sûr, a indiqué Me Charles Bulembu, secrétaire général et membre du collectif des ONG de défense des droits de l’homme hier lors du colloque tenu au Centre national de la promotion des Droits humains situé à Limete, au quartier Industriel.

En effet, lorsqu’on observe le comportement des acteurs sociopolitiques du pays, l’on est frappé par le refus manifeste de prendre en considération l’importance, la place et le rôle de la RDC sur l’échiquier géostratégique international. Les questions cruciales
sont examinées avec une légèreté et une irresponsabilité qui choquent la conscience tant nationale qu’internationale.

Car comment peut-on laisser la situation sociopolitique se détériorer
aussi facilement sans réagir et corriger ? Où sont les leaders de la
société dans son ensemble ? Hélas, ils s’accrochent à l’événementiel
et oublient ou font semblant d’oublier les questions vitales de la
Nation, s’est écrié Me Charles Bulembu. Les questions de
l’électricité, de l’eau potable, de la salubrité, de l’hygiène, de
l’éducation à tous les niveaux, des transports, de la santé publique,
de l’urbanisme, des voies des communications tel le chemin de fer,
l’aviation civile, les routes de desserte agropastorale, la formation
post universitaire, la création d’une véritable armée républicaine et
nationale, la sécurité des personnes et leurs biens, la promotion de
la femme, bref les secteurs vitaux de la vie nationale, sont oubliées
ou négligées car le congolais vit au taux du jour.

Hypocrisie politique des dirigeants

Le pays fonctionne au taux du jour, les dirigeants ne pensent qu’à
obtenir des postes dans les différents gouvernements qui sont
annoncés, dans les entreprises du portefeuille, la diplomatie et
partout ailleurs où l’on peut bénéficier d’un salaire consistant.
Personne ne se soucie des tonnes des déchets domestiques qui
s’amoncellent dans les cours d’eau, particulièrement les sachets en
plastiques qui bloquent de plus en plus les cours d’eau et les avenues
des quartiers populeux. Personne ne lève son doigt pour dénoncer le
danger des épidémies déjà éradiquées partout ailleurs, tel le choléra,
et bientôt la fièvre jaune, etc. Qui se rappelle encore que ce pays
disposait de l’une des meilleures flottes aériennes du continent ? Qui
se rappelle encore que le Congo disposait d’une flotte maritime parmi
les plus performantes du continent alors qu’il dispose d’un espace
maritime de près de 40 kilomètres sur l’océan Atlantique ? Le chemin
de fer était le deuxième du continent et faisait la fierté du pays car
bon nombre des ressortissants africains venaient étudier dans les
écoles de navigation fluviale et maritime au Congo. Les lumumbistes
avaient atteint la ville de Stanleyville par voiture, preuve que le
secteur était en bon état. Qui oublie que le Congo disposait de deux
universités les plus développées d’Afrique qui, avant le 30 juin 1960,
recevaient même des étudiants européens, asiatiques et africains. Au
moins six villes bénéficiant du standard des villes modernes. En plus
des centres hospitaliers où venaient se faire soigner des
sud-africains, asiatiques et autres africains.

Le rôle de la CENCO et de La MONUSCO
Face à cette crise multiforme héritée de la guerre de l’AFDL et
d’autres fausses rébellions créées par deux Etats voisins de l’Est
sous des prétextes fallacieux et mensongers, des patriotes laïcs, la
MONUSCO et la CENCO ont rédigé plusieurs rapports détaillés et
enrichis par de témoignages des médias internationaux qui ont été
déposés au Conseil de Sécurité de l’ONU. Lequel a pris acte par sa
résolution 2409 au paragraphe 2 : « Le Conseil prie le Secrétaire
général de l’ONU de fournir un appui politique à la mise en œuvre de
l’Accord, au rétablissement de la confiance entre les différentes
parties et à la préparation des élections, conformément à la présente
résolution, notamment en usant de ses bons offices ».
Pour quiconque sait lire à travers les lignes les vrais messages
diplomatiques, comprendra qu’il se profile à l’horizon proche une
grande manœuvre politique. Ce sera l’initiative de la dernière chance
pour lever l’équivoque sur tous les écueils qui jonchent la voie des
élections libres, crédibles, transparentes et apaisées en décembre
2018.
Selon certains cercles diplomatiques et sociopolitiques, l’on prépare
une réunion de haut niveau placée sous l’égide du Conseil de Sécurité.
Autour du Représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU, le
Présidium de la CENCO, les délégués de la Majorité Présidentielle et
du Rassemblement signataires de l’Accord du 31 décembre 2016 au Centre
interdiocésain. L’objectif prioritaire de cette rencontre sera sans
conteste la finalisation de l’Arrangement particulier de l’Accord de
la St Sylvestre qui reste encore en souffrance.
Cette table ronde va réfléchir sur les voies et moyens de réaliser
plusieurs mesures salvatrices pour sauver l’organisation et la tenue
des élections générales prévues pour le 23 décembre de cette année. Il
y a d’abord la remise en liberté sans condition des prisonniers
politiques et des activistes des droits de l’homme. Tels Jean- Claude
Muyambo, Eugène Diomi Ndongala, Franck Diongo. Le retour au pays de
Moise Katumbi, Mbusa Nyamwisi, Francis Kalombo. L’ouverture et accès
aux médias publics par les opposants; la suppression de l’édit
empêchant la manifestation politique pacifique. La restructuration
totale du bureau de la CENI; la révision de la loi sur la répartition
des sièges; le rejet de la machine à voter. Lancer un audit
indépendant du fichier électoral. L’organisation des procès à charge
des auteurs et commanditaires des massacres des chrétiens lors des
marches du 31 décembre 2017, du 21 janvier et du 25 février 2018.
C’est par cette voie que l’on empêchera les partisans de Kabila de se
maintenir ou d’accéder au pouvoir par la tricherie.  Ils doivent
accepter de bonne foi l’application totale et effective de l’Accord
comme convenu au Centre interdiocésain.
En cas de résistance, de nombreux patriotes sont d’avis que l’ONU
devrait user de la force pour dégager la source principale du blocage
avant d’instaurer une institution transitoire qui dirigera le pays
jusqu’à l’organisation des élections en avril 2019.
F.M.

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