RDC : les frontières privatisées !

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Le fait est suffisamment anormal pour ne pas être épinglé. Comme dans une sorte de stratégie d’aspiration des recettes de l’État, les principaux postes frontaliers du pays sont en train de tomber entre les mains des particuliers. Tout a commencé à Matadi où des installations portuaires privées sont venues contester le monopole de l’État dans le contrôle des entrées des hommes et des marchandises par cette voie maritime. Le port de l’Onatra, poumon de l’économie du Kongo Central, assiste à sa mort lente mais réellement programmée, sans qu’une voix connue ne s’élève pour dénoncer les risques que cela représente à la fois pour la province et pour la République.

Alors que les yeux tardent à s’ouvrir sur le drame en gestation à Matadi, voilà que Kasumbalesa, dans le Haut-Katanga, s’annonce avec une privatisation de la frontière. Le scandale est dénoncé par le député national Eliezer Tambwe dans son émission « Masolo na député ». Il cite deux noms : Pacific Trading SPRL et Trafigo SPRL, deux sociétés qui bénéficieraient d’un statut de sous-traitant des activités de la DGDA à cette frontière de la République.

Parlant à son tour de ce contrat, notre confrère Baudouin Amba Wetshi  révèle, depuis Bruxelles,   qu’en mai 2018, « Trafigo SPRL » n’existait que sur papier. Elle n’avait pas d’existence légale. Cette société ne sera immatriculée que le 20 octobre 2018. Sa création n’interviendra que trois mois plus tard soit en février 2019. En clair, la DGDA avait confié la sous-traitance de ses activités à une
entreprise privée qui n’avait pas encore la personnalité juridique, une situation semblable à celle de Samibo Sarl dans l’affaire des maisons préfabriquées qui vaut à Vital Kamerhe et Samih Jammal leur enfermement à la prison centrale de Makala.

Sans nécessairement chercher à connaître les noms qui sont derrière Trafigo SPRL  et Pacific Trading SPRL, il y a une question essentielle qui mérite d’être posée. La gestion de la frontière d’un pays relève de la sécurité intérieure et extérieure de l’État. En vertu de quels textes une entreprise comme la DGDA peut-elle se permettre de confier celle-ci à des tiers, en dehors de tout contrôle de l’État lui-même ? Qui peut garantir la nation contre les infiltrations malveillantes à travers des agents qui n’ont aucun compte à rendre à l’État congolais ?

Ayons le courage de le dire. Le Congo est en train d’être privatisé au profit de certains individus. Les faits remontent certes à il y a deux-trois ans, mais les conséquences sont aujourd’hui là, très perceptibles au niveau des recettes qui sont de moins en moins significatives. Non seulement à cause de la pandémie de coronavirus dont nous mesurons tous les ravages mais parce que la stratégie d’aspiration des recettes générées n’oriente pas celles-ci vers les caisses de l’État.

Au-delà de la disparition des recettes, l’autre effet pervers de cette affaire est le sort des douaniers eux-mêmes. Peut-on les garder en poste s’ils n’ont plus rien à faire ? Dans quel but leur a-t-on retiré leurs charges pour les confier à des privés dont l’apport est faible en termes de mobilisation des recettes ?  A-t-on, par une manœuvre subtile, voulu pousser la compagnie nationale à licencier une partie de son personnel et pour quel gain politique ? Et si la stratégie privilégiée devait se généraliser, ne vise-t-on pas, finalement, la liquidation pure et simple de la DGDA au profit des particuliers ?

Non. Il est temps que le pays redevienne un État digne de ce nom, c’est-à-dire maître de ses décisions et jaloux de sa souveraineté. La décentralisation ne doit pas devenir la porte ouverte à toutes les compromissions. Si on laisse la confusion s’installer à nos frontières, il ne faudra pas s’étonner, demain, de subir des invasions de toutes parts, pires que les deux agressions de 1996 avec l’Afdl et 1998 avec le RCD. Les deux nous ont amené des loups dans la bergerie et nous en subissons de graves conséquences avec la présence des infiltrés dans toutes les institutions. Il est temps d’y mettre le holà et c’est maintenant ou jamais qu’il faut garantir la souveraineté de notre pays. Demain, il sera trop tard.

Dorcas NSOMUE

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