RDC : Greenpeace dénonce l’exploitation illégale de 24 concessions forestières

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« La lutte contre la corruption est le cheval de bataille du Chef de l’Etat. Raison pour laquelle Greenpeace invite le gouvernement à ouvrir grandement les yeux sur le secteur forestier », a souligné la responsable chargée de la campagne forêts à Greenpeace, Irène Wabiwa, lors de la présentation du rapport intitulé : « Exploitation forestière industrielle en RDC : 24 concessions nulles et non avenues doivent être immédiatement restituées à l’Etat ».

C’était au cours d’un café de presse organisé hier mardi 02 avril 2019 à leur siège situé sur l’avenue du Port, dans la commune de Gombe. Irène Wabiwa et Serge Sabin Ngwato,  respectivement responsable et chargés de la campagne à Greenpeace ainsi que René Ngongo, président de l’ONG Océan, et Guy Kajemba, coordonateur du groupe de Travail Climat Redd Rénové, ont soutenu l’hypothèse selon laquelle les 24 contrats de concession forestière industrielle en RDC sont illégaux. Car leurs concessionnaires n’ont pas réussi à faire approuver leurs plans d’aménagement dans les délais légaux ou encore ils n’ont pas du tout déposé de plan d’aménagement. Or, la loi régissant le secteur forestier congolais fixe un délai de 4 ans, après la signature du contrat de concession ainsi qu’un bonus d’une année supplémentaire, pour qu’une entreprise remplisse toutes les conditions d’exploitation.

            Selon Greenpeace, le délai de grâce a expiré depuis 2016 pour les uns et 2017 pour les autres, étant donné que lesdits contrats étaient signés en 2011 et 2012. D’après leurs enquêtes de terrain, neuf concessions auraient été restituées à l’Etat. Raison, pour laquelle, Greenpeace sollicite que les 24 concessions visées soient totalement restituées à l’Etat, afin de permettre aux nouveaux dirigeants de mettre sur pied une politique qui repose sur les principes de la bonne gouvernance, et de développer le pays en général et les communautés locales en particulier, grâce aux recettes dudit secteur. Cette nouvelle politique forestière devrait booster le développement du pays, afin de justifier sa réputation de 2me poumon forestier de la planète après le Brésil.

200 millions USD perdus au profit des individus

            Les 24 concessions signalées dans le rapport de Greenpeace occupent une superficie de 4.545.376 hectares et sont situées dans la forêt équatoriale. On laisse entendre que l’initiative pour les forêts de l’Afrique Centrale (CAFI), une coalition des donateurs internationaux, dispose de fonds devant permettre aux Etats d’Afrique Centrale de réduire les émissions de carbone liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD), autrement dit lutter contre le changement climatique. Ceci était d’ailleurs à la base de la signature d’un contrat de partenariat entre la RDC et la Norvège en 2016, où CAFI s’engageait à verser 200 millions de dollars USD pour la mise en œuvre de la stratégie nationale REDD entre 2016 et 2020.

            Ainsi, pour le secteur  forestier, les partenaires avaient fixé comme conditions : « l’application des dispositions du code forestier pour toutes les concessions industrielles existantes. Les concessions sans plan d’aménagement approuvé, ou tout au moins soumis formellement et de manière transparente selon les conditions et dates limites prescrites par la loi et les réglementations en vigueur, seront restituées à l’Etat au plus tard le 1er janvier 2019 ».

            Bien que la RDC n’ait pas respecté toutes ces conditions, elle est toujours éligible à ce fonds.  Les intervenants ont en outre souligné que pour l’année 2018, l’ancien ministre de l’Environnement et Développement durable, Amy Ambatobe, avait continué à délivrer des permis d’exploitation pour au moins 8 des 24 concessions qui auraient dû être restituées à l’Etat en 2016. Le retour dans le domaine privé de l’Etat, à compter du 1er janvier 2019, de toutes les concessions sans un plan de gestion, a été défini comme une des dispositions pertinentes de l’accord de 2016 entre la RDC et CAFI.

Recommandations

            Face à cette réalité, Greenpeace recommande au ministre de l’Environnement de signer immédiatement un arrêté restituant les concessions en question à l’Etat et d’engager des poursuites contre les entreprises, fonctionnaires et autres autorités impliqués dans la violation de la loi. « L’exploitation illégale de nos forêts a déjà des incidences sur nous avec des chaleurs et soleil accablants, le président de la République et les autorités doivent  lutter contre la corruption car l’exploitation illégale n’est profitable qu’à quelques individus », ont fait savoir les experts de Greenpeace.

            Elle demande à l’initiative pour les forets de l’Afrique Centrale de conditionner la poursuite de la collaboration avec le ministère de l’Environnement de la RDC à la restitution immédiate, à l’Etat congolais, de toutes les concessions forestières sans plan d’aménagement ainsi que de toutes les concessions illégales, et de faire une déclaration publique à cet effet. Elle lui recommande aussi d’abandonner les projets de financement du ‘’Programme de gestion durable des forêts’’ de l’Agence Française de Développement (AFD).

 Dorcas NSOMUE

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