RDC : Etat fragile face au coronavirus : transports, cultes religieux, fêtes et deuils, sports, alimentation…en cause

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Le dernier cas de la maladie à virus Ebola a quitté le centre de traitement de Beni en début de semaine, après 19 mois d’une « guerre » sans merci contre cette épidémie ayant sérieusement secoué les parties Nord et Est de la République Démocratique du Congo. Pendant que le gouvernement congolais s’apprête à déclarer officiellement la victoire des équipes de riposte sur Ebola, placées sous la coordination du professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum, Directeur général de l’INRB (Institut de Recherches Biomédicales) et microbiologiste de renommée mondiale, une nouvelle épidémie frappe aux différentes portes d’entrée du pays, nous avons cité le coronavirus.

            Bien qu’aucun cas n’ait encore été déclaré, notre pays réunit toutes les conditions d’un Etat fragile face au coronavirus. En effet, les canaux de transmission de ce virus de malheur sont si nombreux qu’il va falloir battre une forte campagne de sensibilisation de toutes les catégories de la population pour éviter la catastrophe. Voici un échantillon des points faibles de la République : transports en communs, cultes religieux, fêtes et deuils, sports, alimentation, prisons, etc.

Transports en commun : on ne voit que l’avion…

            Jusque-là les dispositions de contrôle sont focalisées sur les aéroports, ces plates-formes d’accueil des passagers voyageant par avion. Des équipements de détection du coronavirus et de mise en quarantaine des suspects sont présents dans les quatre aéroports internationaux du pays (Kinshasa, Kisangani, Lubumbashi et Goma). On présume que c’est par là qu’entrent des passagers en provenance directement de Chine, ou via certaines villes asiatiques, africaines ou européennes. Ainsi, une surveillance de tous les instants y est exercée sur les mouvements des aéronefs et les flux des passagers.

            Pendant que les aéroports internationaux paraissent hermétiquement verrouillés, on ne peut pas en dire autant des « frontières » terrestres, fluviales et lacustres. Ici, les frontières sont tellement poreuses qu’il est impossible de surveiller tous les points de passage par routes, fleuve, rivières et lacs séparant la République Démocratique du Congo et ses neufs voisins, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Un ancien dignitaire de l’ex-Zaïre disait que pour un tel travail, il faut placer un douanier, un policier ou un militaire à chaque mètre, le long de la frontière, ce qui est techniquement impossible.

            La particularité des voyages par moto, taxi, taxi-bus, bus, bateau, baleinière et autre pirogue est qu’à Kinshasa comme en provinces, les passagers ont coutume de se bousculer avant d’y gagner leurs places. Et, une fois cette bataille gagnée, ils sont entassés, comme des poissons dans une boite de sardines, jusqu’à destination. Ainsi, pendant des heures à bord d’un bus, ou toute une journée ou une semaine à bord d’un bateau ou d’une baleinière, aucune norme de sécurité n’est observée. Tout le monde côtoie tout le monde, crie ou chante, éternue, crache, transpire, mange et boit sans la moindre protection. Les malades comme les personnes saines sont entremêlés, avec un risque maximal de contamination.

Comment prévenir un cas de coronavirus dans un taxi, un taxi-bus, un bus, un bateau, une baleinière, une pirogue, dès lors que pour y accéder, il faut être le plus fort ou le plus rusé ?

Cultes religieux : prudence

            Le Congolais et la Congolaise sont tellement croyants qu’ils pensent qu’il leur faut absolument se préparer à une seconde vie, après la mort, sous le statut d’élu de Dieu. Pour ce faire, ils sont présents matin, midi et soir, dans les églises. Dans ces temples de Dieu, ils sont appelés à exprimer leur foi et leur fraternité à travers des gestes tels que des poignées de mains, des accolades ou même des embrassades, le partage de la sainte cène, la prise de la communion ou du pain béni. Quant aux pasteurs, ils sont appelés à imposer des mains aux fidèles, afin de leur apporter la bénédiction divine ou de chasser de mauvais esprits.

            Bref, les contacts humains sont mécaniques, fréquents et inévitables.

            S’il est difficile d’empêcher les gens de se disputer des places à bord des bus, bateaux et baleinières, il est au moins possible de demander aux croyants d’éviter, désormais, des comportements dangereux pour leur santé. Si les ministres de Dieu peuvent s’interdire d’imposer des mains à leurs fidèles et de recommander à ceux-ci d’éviter des poignées de mains, des accolades et autres gestes susceptibles de mettre en danger la santé des membres de leur communauté, ce serait un grand pas accompli dans la voie de la prévention du coronavirus.

Qu’on se rappelle à cet effet que l’année dernière, un pasteur atteint d’Ebola avait transmis la maladie à de nombreux fidèles à Beni, lors d’une campagne d’évangélisation, par l’imposition des mains, avant d’en succomber lui-même, sur le chemin de retour, dans la ville de Goma.

Fêtes et deuils : changer les habitudes

            Par ces temps de prévention des cas de coronavirus en RDC, l’heure est venue, pour les organisateurs comme les participants aux fêtes ou deuils, de changer des habitudes consistant à se saluer à la main, à s’embrasser, à manger et boire en désordre, à danser à la queue leu-leur, à crier à tue-tête, à toucher sans cesse les personnes à l’honneur ou les morts, etc. Les débordements de joie ou d’émotion devraient céder le pas à plus de retenue.

            D’aucuns pensent que les fêtes devraient être les plus courtes possibles, et même ne plus occuper toute une nuit. Quant aux cérémonies funéraires, il serait peut-être plus prudent d’adopter une tradition vielle de plusieurs décennies au Katanga, consister à enterrer les morts le jour de leur sortie des morgues, après éventuellement un court transit à domicile.

Sports : prévenir

la promiscuité

            Les organisateurs des manifestations sportives ont un terrible pari à tenir, à savoir celui de tenir compte des capacités d’accueil des stades de football, de basket-ball, de handball, de volley-ball et autres disciplines sportives au moment de la vente des billets. L’idéal serait de prévoir des places assises conformes au nombre des spectateurs.

            Comme cela se passe déjà sous d’autres cieux, le ministère des Sports ainsi que les fédérations sportives devraient déjà réfléchir à l’hypothèse de report ou d’annulation des compétitions sportives difficiles à sécuriser au plan sanitaire et donc présentant des risques de santé pour les athlètes et les spectateurs.

Alimentation : le tendon d’Achille d’un pays

            Le secteur alimentaire se présente comme le tendon d’Achille de la République Démocratique du Congo. Car, les mentalités des villageois comme des citadins veulent que soit exposé, à l’air libre, tout produit de consommation, de manière que le « client » ou la « cliente » ait la latitude de faire le bon choix.

            Ainsi, la « règle du jeu » veut que l’on ne couvre pas ce qui est proposé à la vente : farine de manioc ou de maïs, riz, poissons frais, fumé ou salé, poulet, viande, banane, huile de palme ou d’arachide, pain, beignet, chikwangue, avocat, orange, mangue, arachides, etc. Couvrir une denrée alimentaire, c’est donner l’impression de vouloir cacher sa mauvaise qualité. La bataille à mener, c’est de convaincre vendeurs et consommateurs que les denrées alimentaires laissées à l’air libre constituent un danger pour leur santé, et une porte d’entrée largement ouverte au coronavirus.

            Quand on passe en revue le tableau du quotidien du Congolais moyen, le principal vœu que l’on formule est que ce virus ne franchisse pas les frontières de la RDC, sinon ….bonjour les dégâts !                                        Kimp

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