Rassemblement – Majorité : Tshibala scelle la rupture

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Comme annoncé dans son message à la Nation, le mercredi 05 avril 2017 devant les deux chambres du Parlement réuni en Congrès, le Chef de l’Etat a effectivement nommé Bruno Tshibala au poste de Premier ministre 48 heures après sa prestation. Ce qui dérange dans l’affaire, c’est le choix d’une personnalité politique « auto-exclue » de son parti d’origine, l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), et du Rassemblement, la méga plate forme politique dont il était encore le porte-parole avant de suivre Joseph Olenghankoy dans
la dissidence, il y a un mois.

L’acte posé par le Président de la République est perçu, par les membres du Rassemblement et une large portion de l’opinion tant nationale qu’internationale, comme un parti-pris en faveur des « rebelles » au nouveau leadership représenté par Félix Tshisekedi, président de la direction politique, et Pierre Lumbi, président du Conseil des Sages. A ce sujet, la transformation des marches de colère de l’Opposition en « pays mort » le lundi 10 avril 2017 se veut un signal de désaveu populaire à l’endroit du nouveau chef du gouvernement.

D’aucuns s’interrogent au sujet de ce qui s’apparente à une précipitation de la part de la Majorité Présidentielle, qui faisait croire, depuis la mort d’Etienne Tshisekedi, attendre la liste de trois candidats à la Primature à présenter au Chef de l’Etat et la désignation par consensus du futur président du Conseil National de suivi de l’Accord du 31 décembre 2016. On se rappelle que dans son discours du 5 avril 2017, Joseph Kabila a laissé entendre qu’il
attendait une liste harmonisée entre les deux ailes dissidentes du Rassemblement pour le choix du futur locataire de la Primature.

Alors que la fameuse harmonisation n’a jamais eu lieu, Bruno Tshibala a été tiré du chapeau de l’aile Olenghankoy. Il n’en fallait pas plus pour mettre, dans tous leurs états, les véritables héritiers politiques d’Etienne Tshisekedi réunis désormais sous la bannière de son fils, Félix Tshisekedi.

Un nouveau et fâcheux précédent

S’il est admis que tout cadre du Rassemblement a pour point d’attache
le siège de cette méga plate-forme politique établie provisoirement à
la résidence d’Etienne Tshisekedi, sur rue Pétunias, dans la commune
de Limete, et que tout dignitaire de l’UDPS a pour point d’ancrage le
siège du parti situé sur la 11me rue Limete (petit Boulevard), c’est
le lieu de se demander si le nouveau Premier ministre répond encore à
ce profil.
Il ne faut pas se voiler la face pour affirmer que le cas Bruno
Tshibala trouble les consciences. C’est à croire que l’homme qui avait
décliné l’offre d’être nommé Premier ministre à partir de la Prison
Centrale de Makala en novembre 2016, du vivant d’Etienne Tshisekedi, a
attendu la disparition brutale de ce dernier pour s’estimer libéré de
toute obligation de fidélité à son combat politique. Point n’est
besoin de relever que si le père de la démocratie congolaise était
encore en vie, l’intéressé n’aurait pas pris le risque de rompre le
cordon ombilical avec son parti.
A la différence de Samy Badibanga, qui en était exclu en avril 2012
et qui, en principe, n’avait plus de comptes à rendre au sphinx de
Limete, hormis la dette morale du mandat de député gagné en 2011 sous
le label de l’UDPS, Bruno Tshibala a choisi de traverser la rue à un
tournant historique où le Rassemblement se battait pour ramener la
Majorité Présidentielle à l’esprit et à la lettre de l’Accord de la
Saint Sylvestre. Son option pour la Primature, sans le quitus de la
hiérarchie de sa famille politique, vient de sceller la rupture entre
le camp présidentiel et celui de la véritable Opposition.
Ce nouveau et fâcheux précédent va creuser davantage le fossé qui
séparait déjà les deux principales parties signataires de l’Accord du
31 décembre 2016. La question qui se pose à présent est de savoir si
l’équipe Tshibala n’est là que pour un laps de temps, à l’image de
celle de Samy Badibanga. La Majorité Présidentielle va-t-elle
poursuivre sa politique de débauchage des « Opposants » et jusques à
quand ? Car, en dépit de toutes les promesses de conduire le peuple
aux élections, tout le monde sent qu’une charge aussi lourde ne
pourrait être assumée par un gouvernement formé dans un climat de
contestation tant interne qu’externe. Quoique l’on dise et fasse,
l’Accord du 31 décembre 2016 est incontournable, à moins que Kinshasa
ne lève l’option de rompre avec tous ses partenaires extérieurs (ONU,
UE, UA, OIF) qui ne jurent que par cette nouvelle source de légitimité
pour les institutions congolaises.                      Kimp

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