Rapport Mapping : pages 112 à 117

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Mapping a documenté les incidents allégués suivants :

• Au cours d’avril 1997, alors qu’entre 60 et 120 réfugiés mourraient chaque jour de maladie ou d’épuisement, les militaires de l’AFDL/APR ont, à plusieurs reprises, interdit l’accès des camps aux organismes et ONG à vocation humanitaire et entravé le rapatriement des réfugiés vers le Rwanda. Malgré l’accord donné officiellement au HCR le 16 avril 1997 par les responsables de l’AFDL pour qu’il rapatrie par avion les milliers de réfugiés se trouvant dans la région de Kisangani, le Gouvernement rwandais a contesté cette option et insisté pour que les réfugiés soient rapatriés par la route. À plusieurs reprises, cependant, les opérations de rapatriement par voie terrestre ont été reportées sous différents prétextes. Le rapatriement de 80 enfants du camp de Biaro prévu pour le 18 avril a ainsi été annulé par les responsables de l’AFDL/APR au motif controversé que plusieurs cas de choléra avaient été signalés dans le camp voisin de Kasese279. Par la suite, un convoi humanitaire et un dépôt du PAM ont été attaqués par la population locale à l’instigation des militaires de l’AFDL/APR et le personnel humanitaire s’est vu interdire l’accès aux camps situés au sud de Kisangani. Une barrière dressée au niveau de Lula a ainsi marqué l’entrée de cette zone restreinte à tout le personnel humanitaire. Les 19 et 20 avril, MSF a négocié un passage mais n’a pu travailler que pendant deux heures par jour dans les camps. À compter du 21 avril, l’accès aux camps a été totalement interdit au personnel humanitaire.

• Le 21 avril 1997, des habitants de Kisesa visiblement encouragés par des militaires de l’AFDL/APR ont attaqué les camps de Kasese I et II en faisant usage de machettes et de flèches, tuant un nombre indéterminé de réfugiés et pillant des dépôts humanitaires. Plusieurs sources ont indiqué que l’attaque avait été menée en représailles au meurtre par les réfugiés de six villageois de Kisesa. Cette version des faits a toutefois été contestée par plusieurs sources crédibles. Des militaires de l’AFDL/APR présents sur place auraient directement incité la population à attaquer les camps.

246. De nombreux témoins et différentes sources ont indiqué qu’un train en provenance de Kisangani était arrivé le 21 avril 1997 à proximité des camps avec à son bord des éléments des unités spéciales de l’APR déployées depuis le 17 avril à l’aéroport

de Kisangani. L’incident allégué suivant a été documenté:

• Le 22 avril 1997 au matin, des éléments de l’AFDL/APR accompagnés de villageois ont, en présence de plusieurs hauts responsables de l’APR, tué au moins 200 réfugiés dans les camps de Kasese I et II. Les tueries ont duré de 7 à 12 heures. Selon plusieurs sources, quelques éléments des ex-FAR/Interahamwe se seraient trouvés dans les camps mais les victimes étaient pour la plupart des civils. Après le massacre, les militaires se sont rendus dans le village de Kisesa et ont donné ordre aux villageois de se rendre dans les camps pour ramasser les corps qui, dans un premier temps ont été enterrés dans des fosses communes. Par la suite, les militaires de l’AFDL/APR sont revenus à Kisesa afin d’exhumer les corps et de les brûler. Le 24 avril, des responsables du HCR et du PAM ainsi que quelques journalistes ont pu se rendre dans les camps de Kasese I et II sous escorte militaire de l’AFDL/APR. Tous les réfugiés, y compris les malades et les enfants, avaient disparu.

247. Immédiatement après les massacres de Kasese, les militaires de l’AFDL/APR ont attaqué le camp de Biaro, à 41 kilomètres de Kisangani. L’incident allégué suivant a été documenté :

• Le 22 avril 1997, des éléments de l’AFDL/APR ont ouvert le feu de manière indiscriminée sur le camp de réfugiés de Biaro, tuant près de 100 personnes, dont des femmes et des enfants. Les militaires ont ensuite traqué les réfugiés qui étaient parvenus à s’enfuir dans la forêt et en ont tué un nombre indéterminé. Ils ont aussi réquisitionné le bulldozer d’un exploitant forestier basé à Kisangani afin de creuser des fosses communes. Des témoins ont vu des éléments de l’AFDL/APR transporter du bois dans des camions. Ce bois a servi par la suite à

dresser des bûchers et à brûler les corps.

248. Le 28 avril 1997, l’ONG MSF a été autorisée à visiter les camps de Kasese et Biaro mais tous leurs occupants avaient disparu. Selon MSF, avant les attaques, ces camps abritaient au moins 5 000 personnes qui se trouvaient dans un état d’épuisement extrême.

249. Le 22 avril 1997, alors que se déroulaient les attaques sur les camps de Biaro et Kasese, des militaires de l’AFDL/APR et des villageois ont arrêté des réfugiés qui tentaient de s’enfuir et les ont contraints à partir en direction du centre ville d’Ubundu.

L’incident allégué suivant a été documenté :

• Le 22 avril 1997, au niveau du point kilométrique 52, les militaires de l’AFDL/APR ont ordonné aux réfugiés de s’arrêter et de s’asseoir puis ils ont ouvert le feu sur eux, tuant un nombre indéterminé de personnes, parmi lesquelles un grand nombre de femmes et d’enfants. Les cadavres ont été entassés au bord de la route puis enterrés ou brûlés.

250. En mai 1997, alors même que le HCR et le personnel humanitaire organisaient le rapatriement de certains réfugiés qui se trouvaient entre le point kilométrique 41 et Kisangani, les massacres se sont poursuivis dans la zone située au sud du camp de Biaro.

Cette zone est restée interdite au personnel humanitaire, aux journalistes et aux

diplomates jusqu’au 19 mai au moins. Le 14 mai, la délégation de Sérgio Vieira de Mello, adjoint du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, s’est vue refuser l’accès à la zone par des militaires de l’AFDL/APR288. À la même époque,

interrogé par des journalistes dans le cadre d’un reportage télévisé, un Zaïrois membre des ex-Tigres katangais intégrés dans l’AFDL/APR a déclaré avoir été témoin de plus

d’un millier d’exécutions par semaine dans cette zone. Il a également indiqué que les

corps des victimes étaient acheminés de nuit sur certains sites afin d’être brûlés. Les militaires de l’AFDL/APR ont mené une campagne de « sensibilisation » auprès de la population afin qu’elle ne parle pas de ce qui s’était passé.

251. À compter du 30 avril 1997, les militaires de l’AFDL/APR ont commencé à acheminer par train plusieurs groupes de réfugiés qui avaient survécu aux attaques sur les camps de Kasese jusqu’au camp de transit installé à proximité de l’aéroport de Kisangani.

L’incident allégué suivant a été documenté :

• Le 4 mai 1997, les militaires de l’AFDL/APR ont provoqué la mort de plus de 90 réfugiés en les faisant voyager dans un train dans des conditions propres à provoquer de nombreuses pertes en vies humaines. Les militaires de l’AFDL/APR qui avaient refusé que le personnel humanitaire organise leur rapatriement avaient entassé les réfugiés dans des wagons sans respecter les consignes de sécurité minimales pour la survie des voyageurs.

Attaques contre les

réfugiés le long de l’axe Kisangani–Opala

252. Début avril 1997, des réfugiés en provenance du territoire d’Ubundu, qui avaient

probablement fui les massacres de Biaro et Kasese, se sont regroupés dans la localité de Yalikaka, au bord de la rivière Lobaye. L’incident allégué suivant a été documenté :

• En avril 1997, certains habitants du village de Yalikaka, dans le territoire d’Opala, agissant sous les ordres d’un civil, ont tué au moins 50 réfugiés à l’arme blanche ou à coups de branche. Les cadavres ont été enterrés sur les lieux ou jetés dans la rivière. Cette attaque aurait eu lieu en représailles à l’assassinat, survenu un peu plus tôt, d’un habitant du village par des éléments des ex-FAR/Interahamwe.

253. Après le massacre, certains habitants du village de Yalikaka ont continué à empêcher de nombreux réfugiés de traverser la rivière et de s’enfuir. Ils ont aussi prévenu

les militaires de l’AFDL/APR de la présence des réfugiés dans le village. L’incident allégué suivant a été documenté :

• Vers le 28 avril 1997, une vingtaine de militaires de l’AFDL/APR sont arrivés dans le village de Yalikaka et ont tué des centaines de réfugiés. À leur arrivée, ils ont interrogé les réfugiés et écarté un Zaïrois au moins qui se trouvait parmi eux.

Ils ont ensuite exécuté les réfugiés par balle. Les corps des victimes ont été enterrés sur place par les villageois.

254. Après la chute de Kisangani et la destruction des camps situés entre Kisangani et Ubundu, plusieurs milliers de réfugiés se sont regroupés dans les villages de Lusuma et Makako, à 206 kilomètres de Kisangani. Ils n’ont pas pu franchir la rivière Lomami pour atteindre Opala et sont restés sur les lieux, pillant les biens et les récoltes des civils. Dans ce contexte, l’Équipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants :

• Entre avril et mai 1997, certains habitants du village de Yalikaka et des éléments de l’AFDL/APR ont tué 300 réfugiés par balle ou à l’arme blanche dans le village de Makako du territoire d’Opala.

• Au cours d’avril et mai, le long de la route entre Yaoleka et Anzi, dans le territoire d’Opala, des villageois ont tué plusieurs dizaines de réfugiés en les attaquant avec des flèches empoisonnées ou en laissant à leur portée des produits comestibles empoisonnés. Les villageois cherchaient ainsi à dissuader les réfugiés de venir s’installer dans leur village et, dans certains cas, à se venger des actes de pillage perpétrés par des éléments des ex-FAR/Interahamwe et des réfugiés ayant traversé la région. Entre 25 et 30 réfugiés ont été tués à Yaata, 10 à Lilanga, 21 à Lekatelo et une quarantaine à Otala, à la frontière avec la province de l’Équateur.

255. La victoire de l’AFDL/APR sur les FAZ et les ex-FAR/Interahamwe dans la province Orientale n’a pas mis fin aux massacres, aux disparitions forcées et aux graves violations des droits des réfugiés dans la province. L’incident allégué suivant a été documenté :

• À compter de mai ou juin 1997, des militaires de l’AFDL/APR ont, au cours d’une opération planifiée, tué un nombre indéterminé de réfugiés, parmi lesquels se trouvaient quelques éléments des ex-FAR, dans la localité de Bengamisa, à 51 kilomètres au nord de Kisangani. Les victimes ont été enlevées à Kisangani et ses environs puis acheminées par véhicule dans un site militaire. D’après des témoins, les militaires auraient fait croire aux victimes qu’ils allaient les ramener au Rwanda par la route. Une fois arrivées dans les bâtiments du camp, les victimes, dont un grand nombre de femmes et d’enfants, ont été emmenées à l’extérieur des bâtiments par petits groupes, ligotées puis égorgées, ou tuées à coups de marteau sur la tête. Les corps ont ensuite été jetés dans des fosses ou brûlés avec de l’essence. L’opération a été menée de façon méthodique et a duré au moins un mois. Avant de quitter les lieux, les militaires ont tenté de faire disparaître les traces des massacres. À l’aide d’un bateau à moteur et d’une pirogue, ils ont jeté les cadavres dans les rapides de la rivière ainsi qu’une partie de la terre prise sur le site d’extermination. Ils ont aussi fait exploser des bombes dans le camp de façon à retourner la terre où les corps avaient été enterrés.

256. Après la fermeture du camp de Bengamisa, des militaires de l’AFDL/APR se sont installés à une trentaine de kilomètres de là, dans la localité d’Alibuku. Ils ont monté un camp temporaire à 5 kilomètres du village, dans une zone non habitée près d’une carrière de gravier. Ils ont dit aux villageois qu’ils cherchaient les Hutu qui avaient tué les Tutsi au Rwanda et leur ont demandé de les aider à les retrouver. Ils ont aussi bloqué la route menant au camp et ordonné au chef de secteur d’interdire à la population de venir chasser dans la forêt environnante. L’incident allégué suivant a été documenté :

• À compter de juin 1997 et au cours des deux ou trois mois suivants, des éléments

de l’AFDL/APR ont tué un nombre indéterminé de réfugiés dans les environs d’Alibuku. Deux fois par semaine, un camion transportant des réfugiés arrivait sur le site escorté par deux jeeps militaires de l’AFDL/APR. Les victimes ont été tuées à l’arme blanche ou ligotées et jetées vivantes du haut de la colline dans la vallée rocheuse. Il est impossible de déterminer avec précision le nombre de personnes tuées sur ce site, mais les victimes se comptent probablement par centaines, vu le nombre d’allers et retours effectués. Avant de partir, les militaires

ont cherché à faire disparaître les traces des massacres. Après leur départ,un

groupe de villageoises a malgré tout découvert sur place de nombreux restes humains.

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