Qui veut faire taire «Le Phare» ?

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« Le Phare » était surpris d’apprendre hier, à travers les colonnes du journal d’un membre du CSAC (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication) qu’il serait suspendu à la suite de la publication d’un article qualifié de mensonger au sujet des bulletins de vote cochés anticipativement en faveur d’un candidat à la présidentielle, des bureaux de vote fictifs, des faux électeurs omis des listes électorales, etc. Le quotidien de l’avenue Lukusa tient, à ce propos, à faire deux observations pertinentes à l’attention de l’opinion tant nationale qu’internationale.

1. Vice de forme et de procédure

Il semble que la Sous-Commission de Vigilance et d’Ethique Electorale à travers les Médias de la ville de Kinshasa (S/CVEM-K) du CSAC se serait réunie le samedi 26 novembre 2011 pour débattre du cas du Phare, auquel elle aurait adressé une invitation valant mise en demeure et datée, indique-t-on, du vendredi 25 novembre. Notre rédaction se demande à quelle adresse et entre les mains de qui aurait été déposée cette mystérieuse correspondance.
Car, jusqu’au moment où nous mettions sous presse hier, elle était toujours en voyage entre le siège du CSAC et celui du journal. Il nous a été donné d’apprendre que la copie réservée à l’Omec (Observatoire des Médias Congolais), a été déposée hier, c’est-à-dire 48 heures après la décision qui aurait été prise contre « Le Phare » et dont ce journal ignore jusque-là la teneur. Chacun peut apprécier la rapidité dans la transmission du courrier.

Le quotidien de l’avenue Lukusa met le CSAC au défi de lui apporter la preuve écrite de sa saisine, comme l’exige la procédure. Qu’il nous soit permis d’insister sur ce point car il est fondamental pour la bonne lecture du présumé dossier. Dès lors que notre publication n’a pas été saisie et partant n’a pas eu l’occasion de présenter ses moyens de défense, elle ne se demande sur quels éléments se serait fondée la Sous-Commission de Vigilance et d’Ethique Electorale à travers les Médias de la ville de Kinshasa (S/C CVEM-K) pour siéger et sanctionner.

 

S’agissant de la décision, Le Phare est étonné d’apprendre qu’elle est déjà tombée dans le domaine public depuis le mardi 29 novembre alors que notre journal, principal destinataire, n’est toujours pas notifié. Que signifie ce jeu de cache-cache où un « prévenu » n’est ni saisi, ni entendu, encore moins informé, par voie administrative, du verdict qui aurait été prononcé à son endroit ? Le CSAC voulait-il placer Le Phare devant le fait accompli, en refusant de l’informer du lieu et de la date de l’organisation de son « procès », le plaçant ainsi dans l’impossibilité de se défendre ? A quoi rime une procédure qui a tout l’air d’un terrorisme médiatique ?

2. Discussion sur les faits

S’il est réellement reproché au journal Le Phare d’avoir diffusé, dans ses éditions du mardi 22 et du mercredi 23 novembre 2011 des informations faisant état des bulletins de vote pré-remplis, des bureaux de vote fictifs, de faux électeurs omis, faits considérés par la S/CVEM/Kinshasa comme portant atteinte à l’éthique et à la déontologie, il y a de quoi se poser des questions sur les règles qui régissent notre métier. A supposer que notre journal ait effectivement versé dans le mensonge, la désinformation, la délation, les rumeurs, c’est le lieu de prendre à témoin tous ceux qui ont vécu, en direct comme en différé, la confirmation, tout au long de la journée du 28 novembre, de tous les faits considérés par le CSAC comme de fausses informations.

Question : des bulletins cochés à l’avance, en faveur des candidats à la présidentielle et à la définition nationale ont-ils circulé ou non le jour des scrutins, à Kinshasa comme en provinces ? Le Phare répond par oui. Radio 0kapi en a fait large écho dans ses émissions spéciales de cette journée historique. Les médias étrangers, notamment RFI, BBC, TV 5, France 24, AFP (Agence France Presse), AP (Associated Press), La Libre Belgique (Colette Braeckman) ont abondamment commenté, pièces à conviction à l’appui, cette tentative de fraude électorale.
Scandalisée par cette situation, Mme Cindy du Centre International Carter, épouse du sénateur américain John McCain, qui était en mission d’observation dans la ville de Goma, a donné de la voix en stigmatisant le bourrage des urnes.

Dans le même registre, pratiquement toutes les missions d’observations tant nationale qu’internationales (Union Européenne, SADC, CEEAC, Union Africaine, Renosec, OSISA, Roc, Cafco, Eurac, AETA) ont épinglé les cas des bulletins parallèles découverts en dehors du circuit officiel de la CENI.
Cerise sur le gâteau, la Cour Suprême de Justice, appelée à suppléer à la Cour Constitutionnelle non encore opérationnelle, s’est saisie, sous la procédure de flagrance, du cas du député national Néron Mbungu, surpris dans un centre de vote de la commune de Kisenso, avec des bulletins de vote pré-remplis. Pendant que le CSAC continue d’accuser Le Phare de propagation de fausses nouvelles, un procès en bonne et due forme est en train de se tenir, présentement au niveau de la plus haute instance judiciaire de notre pays. Et l’auteur de la tricherie électorale, membre de l’Assemblée Nationale, se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt provisoire. Le colis délictueux pris sur lui a été consigné en lieu sûr.

Question : des bureaux de vote fictifs ont-ils fonctionné le 28 novembre ? Le Phare répond également par l’affirmative. Ce jour-là en effet, les médias tant nationaux qu’étrangers ont réalisé des reportages édifiants sur des kits électoraux (bulletins de vote, procès-verbaux des résultats) trouvés par la population dans des domiciles privés, des églises, des coffres des véhicules des particuliers, des couvents des religieuses… A cause de découvertes aussi scandaleuses, plusieurs villes et villages du pays ont connu des cas d’incendies des centres de vote clandestins, des bulletins de votes parallèles, mais aussi des morts et des blessés. Le sang a abondamment coulé, du fait du refus des électeurs congolais de voir la vérité des urnes étouffée par les fraudes.

Question : a-t-on enregistré des omis ? Réponse du Phare : ouiiiii !!! Le 28 novembre, des millions de Congolaises et Congolais de Kinshasa et des provinces ont couru dans tous les sens, à la recherche des listes électorales supposées héberger leurs noms. Très gênée par la masse des plaignants, la CENI a fini par les autoriser à voter dans les centres où ils s’étaient fait enrôler.

Que reproche-t-on au Phare ?

Les scrutins du 28 novembre en République Démocratique du Congo ont été émaillés de nombreuses irrégularités constatées non seulement par les Congolais eux-mêmes mais aussi par des étrangers venus les observer. Bulletins cochés en dehors des bureaux de vote, bureaux de vote fictifs, électeurs omis : tout ce cocktail réuni a sérieusement compromis le caractère libre, démocratique et transparent des élections démocratiques.
A la lumière du tableau du 28 novembre 2011, des observateurs sérieux s’interrogent sur le péché mortel qu’aurait commis par Le Phare pour être sommé, au terme d’une procédure alambiquée ficelée dans le plus grand flou à se taire. Se taire pour avoir dit la vérité ? Se taire pour avoir alerté la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) sur les risques que représentait la présence, sur le terrain, des kits électoraux suspects, de nature à énerver les compatriotes désireux de voir les urnes parler en lieu et place des ennemis de la démocratie ?

Le Phare est convaincu d’avoir travaillé avec professionnalisme et patriotisme, car toutes les alertes contenues dans son article du mardi 22 novembre ont reçu confirmation sur le terrain. Si le bureau de la CENI avait fait une lecture non sentimentale de cette livraison, le pays aurait pu être épargné des dégâts matériels et humains ayant découlé de la haute surveillance des opérations électorales par le souverain primaire. A bien lire les événements du 28 novembre, notre rédaction est en droit d’exiger un « Prix d’excellence » de la part des organisations professionnelles des médias, pour avoir rempli correctement sa mission d’organe d’information. Pourquoi veut-on le réduire au silence au moment crucial où des millions de Congolais et d’expatriés séduits par son indépendance d’esprit et la qualité de sa production attendent de lui de parachever le travail de monitoring électoral qui a encore rehaussé sa cote dans l’opinion tant congolaise qu’internationale ?

«Nul n’est tenu d’exécuter un ordre manifestement illégale. Tout individu, tout agent de l’Etat est délié du devoir d’obéissance, lorsque l’ordre reçu constitue une atteinte au respect des droits de l’homme et des libertés publiques et des bonnes moeurs», lit-on à l’article 28 de la Constitution. Fort de cette disposition de la loi fondamentale, «Le Phare» est décidé à défendre, avec bec et ongles, son droit à la libre expression.

La Rédaction

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