Question orale avec débat : le fourre-tout fausse le débat !

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C’est parti. Les membres du gouvernement vont désormais passer tous les mercredis de la semaine devant l’assemblée nationale pour répondre à une question orale avec débat soulevée par l’un des députés sur un sujet qui intéresse la vie de la nation. C’est donc sans conteste, une première qu’il sied de saluer dans la mesure où elle permet aux députés d’exercer réellement leur pouvoir de contrôle sur la marche des affaires de l’Etat. Sans tabous ni complaisance et en toute responsabilité.

Au moment où démarre l’initiative parlementaire, le souhait de tous est qu’elle donne des résultats palpables, à l’image de ce qui se passe dans les pays de vieille démocratie. On rappelle que lors de sa dernière conférence de presse consacrée au bilan de l’an I de son mandat à la tête de cette institution de la République, le professeur Evariste BOSHAB avait annoncé la démarche des députés en insistant sur la mission salvatrice de cette nouvelle tradition qui va permettre à la représentation nationale d’augmenter sa production législative.

Lors des débats d’hier, des questions de fond ont été posées au chef du gouvernement. Certes, il y en a eu trop mais parmi elles, l’attention particulière de l’opinion a été focalisée tout naturellement sur celle relative aux évènements sanglants qui se sont déroulés le 4 avril dans la ville de Mbandaka et qui continuent d’empoisonner le climat sur le plan national. C’est notamment l’intervention d’un député qui a carrément proposé la dissolution pure et simple des FARDC. A ses yeux, l’on ne peut pas construire une armée nationale avec des maquisards ou des anciens insurgés dont les mains sont couvertes du sang encore chaud de leurs compatriotes. On ne peut pas construire une armée avec des individus sortis d’on ne sait où et qui, par la magie de ce principe fort contesté et discutable de l’intégration automatique, se retrouvent à la tête d’un corps des quatre ou cinq bataillons pour donner des ordres à des compatriotes sortis des grandes académies militaires revêtus du titre de breveté d’Etat-major. C’est aussi l’avertissement sévère lancé par Charles BOFASSA prévenant que ce n’est pas parce que Mobutu et Jean-Pierre BEMBA sont originaires de la province de l’Equateur qu’il faille continuer à frustrer leurs congénères. Nous sommes en mesure de créer aussi des milices comme cela se fait au Katanga et ailleurs, a-t-il martelé sous les regards étonnés de l’assistance. Les frustrations engendrent l’agressivité, a-t-il ajouté. A ses yeux, tout se qui s’est passé de tragique à Mbandaka n’est que la conséquence de la somme des multiples frustrations ressenties dans leur fort intérieur par les populations de cette province depuis quelque temps. A cet effet, il en a épinglé deux à ce stade des débats. Notamment les actes qu’il a qualifiés de brigandage posés par un groupe des députés provinciaux pour installer par effraction un président et un vice-président du bureau de l’assemblée provinciale. Ce natif de Mbandaka a aussi rappelé le calvaire enduré par la commission sénatoriale d’enquête conduite par le Premier ministre honoraire VDP LUNDA Bululu qui a fini par conclure à la mise en accusation pour corruption et détournement des deniers publics à charge du gouverneur actuel de la province. Avant de s’interroger à haute voix sur l’état de santé actuel du sénateur LUNDA Bululu dont la détérioration pourrait être causée par cette affaire.

L’intérêt majeur de l’opinion

Ce genre des débats est censé captiver l’attention de l’opinion dans la mesure où il lui permet de réaliser le niveau de maîtrise des questions intéressant la vie nationale par ses représentants à l’Assemblée nationale. Il lui permet également de se rendre compte que ceux des compatriotes qui ont bénéficié de ses voix savent transmettre ses désidérata et que les gouvernants sont aussi à l’écoute du souverain primaire et qu’ils sont capables de faire face aux situations qui se présentent sur le terrain. C’est ce dernier aspect que l’opinion entend vivre le mercredi prochain lors de la réplique du Premier ministre. L’exercice n’est pas facile et ceux qui vont s’y soumettre savent combien il peut hypothéquer leur avenir politique.

Eviter le fourre-tout    

Pour autant, la diversité et l’abondance des matières soumises au questionnement mercredi dans l’hémicycle de la commune de Lingwala n’ont pas rendu la tâche facile au Premier ministre pour lui permettre de réagir immédiatement après les interventions des députés nationaux. Raison pour laquelle, il serait désormais plus sage et pragmatique de cibler les matières à débattre (deux ou trois secteurs) afin de favoriser un débat de fond qui devrait à la fois permettre à l’opinion de cerner correctement les problèmes à la faveur des questions posées et de mieux appréhender les solutions à la suite des réponses données le même jour par les membres du gouvernement. C’est de cette manière que les choses se passent ailleurs. Le peuple doit en effet savoir si les dirigeants qui le gouvernent disposent effectivement des capacités nécessaires pour gérer la cité ou s’il s’agit des copains et coquins placés à des postes juste pour lire des messages et réponses rédigés par leurs collaborateurs.

L’exercice qui a débuté hier au Palais du Peuple n’aura donc de sens que s’il permet d’accorder une prime à la méritocratie. Il importe pour cela de rationnaliser sa gestion en évitant l’amalgame et le fourre-tout, ce dernier ayant pour résultat de noyer les questions essentielles en laissant aux gestionnaires de la cité la latitude de jongler avec la multitude des sujets pour, finalement, rester à la périphérie des problèmes dans leurs réponses.   

F.M.   
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