Quelle administration pour quel développement ?

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Les grèves à la Fonction Publique ne se comptent plus car elles passent et se ressemblent. Il y a au moins deux à trois grèves chaque année et elles se terminent toujours par des mises en place des commissions paritaires entre le gouvernement et les syndicats pour arrêter des recommandations et modalités de remédier à la situation, selon les termes à la mode dans les milieux concernés. 

            Si d’une manière générale, la revendication principale depuis l’époque de la transition 1+4 demeure le palier de MBUDI du nom de cette localité de l’hinterland de Kinshasa où encore une fois une commission paritaire gouvernement-syndicats sous la haute autorité du Vice-président de la République de l’époque, Arthur ZAHIDI Ngoma, avait réussi à élaborer un barème salarial avec une tension de l’ordre de 200 pour l’huissier et 2.000 dollars Us pour le Secrétaire général, il se fait que de sérieux problèmes rongent ce corps des fonctionnaires et agents de l’Etat.

            Tout d’abord, l’on observe que toutes les grèves passent inaperçues dans la mesure où le pays n’est plus administré selon les normes mondialement reconnues. L’absence des infrastructures et des matériels de travail, la modicité des frais de fonctionnement, la fuite des agents et fonctionnaires vers des secteurs plus lucratifs, l’absence des voies des communications, l’accumulation des arriérés des salaires, etc. sont autant d’éléments qui favorisent la corruption, la gabegie, le détournement. Que représentent encore un Commissaire de District, un Administrateur de Territoire, un Bourgmestre des entités décentralisées dépourvues des voies des communications depuis des décennies ? Que représentent tous ces hauts fonctionnaires de l’Etat dès lors que leurs entités administratives ne disposent pas des moyens conséquents pour leur fonctionnement ? On a beau multiplier les provinces, les villes, les communes rurales, les territoires et les districts, mais la question fondamentale reste entière : comment réhabiliter l’administration publique en RDC pour assurer le développement d’un Etat de droit ?  

La mort programmée de l’administration publique sous le MPR-parti Etat     

            Alors que l’administration publique constitue l’un des piliers de l’Etat, il s’est avéré que feu le maréchal Mobutu, avec l’aide des intellectuels pétris aux théories marxistes, n’avait trouvé mieux que de la politiser à outrance pour mettre toute la République en coupes réglées en vue d’imposer ses volontés. Le régime du MPR-parti Etat commença par introduire le parti dans l’administration publique par la création du département de la mobilisation, animation politique et propagande (MOPAP) avec rang d’un ministère venant en deuxième position sur le plan protocolaire. Ensuite, l’on procéda à une réduction très sensible du budget consacré à l’administration publique en faveur du MPR et ses branches spécialisées ainsi que des dépenses ostentatoires dites de souveraineté. En plus de la suppression des bus de transport affectés aux fonctionnaires et agents de l’Etat dans les grandes villes. Il s’en suivit une réduction importante des salaires, des frais de fonctionnement et autres avantages qui furent affectés aux cabinets ministériels et politiques du parti.

            Comme l’administration publique était dépourvue des moyens de son fonctionnement, ce sont donc les cabinets ministériels et politiques qui vont s’emparer de tous les dossiers économiques, financiers, scientifiques, bref de tous les secteurs de la vie de l’Etat. Voilà comment des personnes aux compétences parfois douteuses ont eu l’occasion rêvée de mettre la main sur tous les dossiers les plus sensibles intéressant la vie de la nation et le résultat ne se fit pas attendre : c’est l’avènement des contrats léonins qui continue à empoisonner le climat des affaires jusqu’à ce jour. Les grands dossiers sont traités sous un angle politique avec comme conséquence le découragement des investisseurs étrangers qui ne savent plus à quel sait se vouer étant donné qu’ils se trouvent en face des mandataires de l’Etat qui jouent le rôle de juge et partie en même temps.

Administration publique : garante de la continuité des affaires de l’Etat 

            Des pays comme la Belgique et l’Italie qui sont souvent en proie à l’instabilité politique due aux fréquents changements des gouvernements fonctionnent régulièrement et convenablement parce que leurs administrations publiques sont solides et efficaces. Plus près de nous, à savoir au Burundi voisin qui a connu une longue guerre civile de plus de 13 ans, l’administration publique fonctionnait normalement même dans des contrées sous contrôle des groupes en rébellion contre le pouvoir central et légal. Dans ces pays, la classe politique a compris que c’est l’administration qui est la garante de la continuité des affaires de l’Etat. Au Congo démocratique, les dirigeants tant civils que militaires sont des affairistes qui s’accommodent mal de la transparence et de la bonne gouvernance : l’Etat est mort, vive l’Etat. 

F.M. 

 

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