Depuis quatre ans, on ne compte plus les morts : qui tue à Beni ?

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Dans cette tragédie qui se déroule depuis quatre ans au Nord Kivu et
particulièrement dans la ville de Béni et ses environs et qui prend de
plus en plus les allures d’un génocide, les principaux accusés, à
savoir d’une part, les rebelles du mouvement politico-militaire
dénommé ADF-Nalu et d’autre part, les Maï- Maï défraient régulièrement
la chronique nationale et internationale. Le sang coule à flots sous
les yeux de la communauté internationale et surtout de la Cour Pénale
Internationale ainsi que d’autres institutions judiciaires
internationales.  A chaque attaque ou incursion, ce sont des dizaines
pu des centaines des compatriotes qui sont massacrés sans ménagement
comme des animaux sauvages.

Accusations croisées

On assiste aussi à des accusations croisées. D’un côté, les FARDC
accusent les populations autochtones d’être complices de ces Maï-Maï
et ces rebelles d’origine ougandaise en les cachant dans leurs
villages, en leur fournissant des vivres et surtout en refusant de les
dénoncer aux autorités politico-militaires.
Pour leur part, les autochtones et particulièrement les différents
activistes des Ong de défense des droits de l’homme  ne cessent de
pointer du doigt les FARDC, dont certains éléments sont soupçonnés
d’entretenir des accointances criminelles avec ces éléments de
l’ADF-Nalu ou Maï-Maï pour semer la mort et la désolation à travers le
territoire de Beni et ses environs.

Questions de fond

Face à ce tableau apocalyptique marqué par cette tragédie
délibérément entretenue et inimaginable caractérisée par ces
massacres, viols massifs, destructions méchantes et déplacements
répétitifs des populations civiles non armées, la question est de
savoir pourquoi ces éléments de l’armée régulière, à savoir les FARDC
ainsi que ceux de la Monusco qui patrouillent constamment dans cette
partie du Congo démocratique, ne parviennent toujours pas à mettre fin
à cette insécurité récurrente. Alors qu’ils disposent des équipements
militaires de pointe, dont des aéronefs appelés «Drones», des
hélicoptères, des véhicules blindés ultramodernes, des chars de combat
et d’autres appareils sophistiqués de guerre.
Avec un dispositif militaire aussi puissant que dissuasif, sans
oublier les appuis diplomatiques avec en pointe la présence depuis
près de quinze ans d’une force militaire de l’ONU, il est difficile de
faire admettre à l’opinion que l’insécurité continue à régner à Beni
et ses environs. Pourquoi ces deux armées ne parviennent toujours pas
à reprendre le contrôle effectif de cette partie du territoire
national ?

Agenda caché à Kinshasa ?
Si l’on ergote en cachette sur le silence gêné de la communauté
internationale face à cette tragédie d’un genre nouveau, l’attention
des observateurs est tournée vers la classe politique et
particulièrement le pouvoir. Existerait-il au niveau de Kinshasa un
agenda caché destiné à entretenir un no man’s land à l’Est pour
pouvoir torpiller, le moment venu, le processus électoral ? Sinon, à
qui profiteraient les centaines des milliers des morts, le trafic
illégal des matières précieuses, les déplacements répétitifs des
populations civiles innocentes et non armées, les viols massifs et les
destructions méchantes des infrastructures économiques, industrielles
et commerciales ?

Discours officiel déphasé

Il ne se passe plus une semaine sans que des compatriotes ne soient
surpris nuitamment par des éléments armés, tantôt en tenues ou
déguisés. Cela, dans leurs maisons aux champs et parfois sur des
routes menant vers Beni et ses environs. Or, c’est là où patrouillent
régulièrement les éléments de l’armée nationale régulière ainsi que
ceux de la Monusco.
Sur le plan politique, on remarque que l’opinion est sevrée de
discours des officiels vantant à cor et à cri le règne et l’existence
de la paix et de la sécurité sur toute l’étendue du territoire
national. Or, outre le Nord Kivu, la paix et la sécurité demeurent
encore un leurre à travers le pays. Au Kasaï, au Nord-Katanga, en
Ituri et au Sud Kivu, le sang des congolais continue à couler à flot.
En un mot comme en mille, le pays réunit toutes les caractéristiques
d’un champ d’expérimentation des crimes de tous genres depuis
l’avènement du régime de l’AFDL-CPP en 1977.
Il est aussi navrant de constater le silence bizarre des
ressortissants de ces parties endeuillées face au génocide qui se
perpétue jusque dans leurs habitations, n’épargnant personne et
touchant surtout des être faibles et sans défense.
F.M.

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