Provinces : la grande tombola nationale !

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C’est la valse de gouverneurs et vice-gouverneurs dans les nouvelles provinces issues du découpage territorial décidé, dans une précipitation suspecte, par la Majorité présidentielle en juillet 2015. Des millions de compatriotes, surtout ceux vivant dans l’arrière-pays, cherchent à comprendre à quoi riment ces changements intempestifs de mandataires à la tête d’entités sans ressources financières, sans administration, sans infrastructures de base, sans plan de développement, etc.

C’est d’autant troublant que la plupart de ces chefs de la
territoriale appartiennent à la famille politique du Chef de l’Etat.
En principe, leur profil et leur fidélité à « l’Autorité morale » ne
devraient poser aucun problème. Il est curieux de constater que l’épée
de Damoclès soit tombée sur des gouverneurs et vice-gouverneurs à qui
rien n’était reproché en termes de motion de défiance comme Alex Kande
au Kasaï Central ou Jean-Claude Kazembe déchu par motion mais
réhabilité par la Cour Constitutionnelle. On perd également son latin
face aux fidèles des fidèles du régime tels que Marcellin Tshisambo ou
Célestin Mbuyu Kabango, poussés vers la porte de sortie pratiquement
sans motif connu.
Le sentiment que laisse cette instabilité de la fonction de gouverneur
de province est que le pays est engagé dans une grande tombola
nationale, dont la règle d’or serait de permettre au plus grand nombre
possible de cadres de la Majorité Présidentielle de prendre leur part
du gâteau de la territoriale. C’est à croire que le timing de
jouissance imparti à un groupe serait chronométré et qu’une fois
celui-ci épuisé, ses membres devraient absolument passer la main,
qu’il y ait vacance ou pas, démission ou pas, motion de défiance ou
pas, condamnation judiciaire ou pas.
On est tenté de croire effectivement à une tombola nationale réservée
à un clan politique car les provinces nouvellement créées, frappées
par une grande pauvreté liée à l’absence d’outils de production, ne
vivent que des miettes que leur rétrocède épisodiquement Kinshasa. Et
ces maigres ressources, une fois à destination, sont aussitôt
englouties dans les paiements d’arriérés d’émoluments des gouverneurs
et vice-gouverneurs, des ministres et députés provinciaux, pendant que
les membres de leurs cabinets politiques crient famine. Dans
l’hypothèse où il y a un reliquat, il est automatiquement aspiré par
les factures en souffrance des fournisseurs, hôteliers, restaurateurs,
entrepreneurs et autres prestataires des services divers à crédit lors
des manifestations politiques.
Dans ce climat de finances éternellement au rouge, les provinces
démembrées ne savent ni se doter des bâtiments administratifs, ni
réhabiliter les routes et ponts, ni construire des écoles ou des
hôpitaux, ni dégager des fonds pour les campagnes agricoles, etc. Dès
qu’une catastrophe naturelle se déclare quelque part, tous les regards
sont tournés vers Kinshasa, dont la lenteur légendaire dans les
interventions est connue.
Il est fort dommage que la Majorité présidentielle ait précipité le
découpage territorial, alors que tous les paramètres plaident pour le
gel de l’initiative du législateur visant une autonomisation effective
des provinces, dans l’espoir d’une administration plus efficiente du
pays. L’histoire est en train de démontrer que l’on a affaire à de
véritables tonneaux de Danaïdes, où sont engloutis des fonds publics,
sans résultat positif. On peut même penser que la MP a créé des
mangeoires additionnelles pour ses affiliés, en sus du Gouvernement,
du Sénat, de l’Assemblée Nationale des institutions d’appui à la
démocratie, et des entreprises publiques. Ce qui fait le plus mal est
que les nouvelles provinces, au lieu de cheminer dans la voie du
progrès, s’enfoncent chaque davantage dans le tunnel du
sous-développement. A qui le prochain tour ?                    Kimp

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