Protection des forêts de la RDCongo : Greenpeace en guerre contre le cabinet McKinsey

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L’organisation internationale Greenpeace n’y est pas allée par le dos de la cuillère pour rejeter un rapport élaboré par le cabinet conseil Mc Kinsey visant la protection des forêts de la Rd Congo. Hier au restaurant la Fleur de sel dans la commune de la Gombe, Jérôme Frignet, chargé de campagne forêts pour Greenpeace, et René Ngongo, conseiller politique et chargé de campagne forêts senior de la même organisation, ont animé un point de presse pour donner leur point de vue sur le rapport McKinsey.

Les conférenciers ont indiqué que le cabinet McKinsey & Company est mondialement reconnu comme un des plus influents et prestigieux acteurs de l’industrie du conseil. Le cabinet aide un vaste éventail d’organisations, privées ou publiques, à améliorer leur performance et leur compétitivité. Le choix de ce cabinet est dicté par le fait que, partenaire habituel des gouvernements ou des groupes transnationaux et disposant d’un réseau très étendu, le cabinet McKinsey est censé offrir des garanties en matière de crédibilité pour les gouvernements des pays forestiers, renforcer leur position dans les futures négociations et faciliter l’accès aux financements internationaux, ont dit les orateurs.

Parlant du rapport combattu par Greenpeace, Jérôme Frignet et René Ngongo ont dit qu’en fin 2009, le cabinet McKinsey était chargé par le gouvernement congolais de produire une analyse du potentiel REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation forestière) de la Rd Congo. Au final, le plan stratégique préliminaire élaboré par le ministère de l’Environnement reprend in extenso les recommandations du cabinet, formulées en moins de 5 semaines. Et elles sont en totale contradiction avec l’objectif affiché de protection des forêts et de leurs habitants, prévoyant notamment l’expansion de l’industrie forestière sur 10 millions d’hectares supplémentaires de forêt dense humide, et par conséquent sur les forêts non fragmentées ou dites « intactes », les plus cruciales pour la biodiversité et le climat.

 

Les recommandations de McKinsey prévoient aussi des subventions pour l’industrie forestière afin qu’elle limite sa contribution à la dégradation des forêts (750 millions d’euros environ pour le maintien de la situation actuelle) ; plus d’un milliard d’euros annuels à l’horizon 2030 pour l’agro-industrie (huile de palme, etc.) pour qu’elle localise ses opérations en dehors des forêts dense.
Selon Greenpeace, McKinsey considère les communautés locales comme les principaux moteurs de la déforestation en Rd Congo, et minimise inexplicablement l’impact de l’industrie forestière sur la déforestation et la dégradation.
René Ngongo a renchéri que dans l’approche McKinsey, il n’est jamais question de communautés forestières, de biodiversité, ou de services rendus par les écosystèmes forestiers. Les forêts ne sont envisagées que dans une logique financière, comme source de profit pour des industriels ou de contribution à la balance commerciale des pays concernés. Aucune alternative de développement, plus durable et plus équitable, n’est envisagée.

Greenpeace a formulé quelques recommandations.

L’organisation recommande au cabinet McKinsey de rendre publique ses méthodes de calculs, les données utilisées et la façon dont il a élaboré la fameuse « courbe du coût d’opportunité » (cost curve) ; Le cabinet doit revoir ses méthodes de comptabilité « carbone », adopter les normes internationales en cours dans l’estimation du carbone contenu dans la biomasse ; intégrer dans ses analyses les données concernant la préservation de la biodiversité et des intérêts des communautés locales et peuples autochtones, comme il est mentionné dans l’accord sur REDD conclu à Cancun, etc…
Jérôme Frignet a souligné que Greenpeace peut offrir une alternative à l’étude de McKinsey. En vue de garantir sa crédibilité en matière de REDD, la Rd Congo ainsi que les bailleurs de fonds devraient cesser de faire appel au cabinet McKinsey tant que ses erreurs méthodologiques n’auront pas été rectifiées et que demeure l’opacité sur ses méthodes de calcul. REDD ne sera vraiment crédible en RDC que s’il protège les forêts non fragmentées ou intactes et que le moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions est maintenu, a dit René Ngongo.

Jean- René Bompolonga 

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