Projet de budget 2014 : Matata promet un Congo meilleur… l’opposition conteste

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matata-palais-du-peupleLe débat sur le projet de budget 2014  était passionnant lors de la plénière d’hier mercredi 8 janvier à l’Assemblée Nationale. Bien avant de présenter l’économie de son document, le Premier ministre Augustin Matata  a essuyé des tirs croisés des députés de l’opposition provoqués par la motion incidentielle de l’élu de Lubefu, Emery Okundji.

Dans son intervention, celui-ci a estimé que le gouvernement Matata réputé démissionnaire n’était plus moralement et politiquement compétent pour défendre  un projet de budget devant la représentation nationale. Conformément au Règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, le président de la chambre basse du parlement, Aubin Minaku, a donné la parole à 4 députés en raison de 2 pour et 2 contre la motion.

Lokondo s’est prononcé contre la motion d’Emery Okundji, au motif que le Président de la République n’a jamais  pris un acte pour faire démissionner le gouvernement et qu’en vertu du principe de la continuité de l’Etat, l’équipe Matata était compétente pour défendre le projet de budget 2014.

Cette position de l’honorable Lokondo a été appuyée par son collègue Okana de la Majorité présidentielle.

De l’autre côté, le député Toussaint Alonga est monté à la tribune pour défendre la motion de son camarade Okundji des FAC/opposition. Il a soutenu que le discours prononcé par le Président de la République à la clôture des Concertations nationales a rendu l’actuel gouvernement politiquement  démissionnaire, en dépit du fait que le Chef de l’Etat n’a pris aucun un acte pour le démettre.

Pour sa part, maître Mayo a fait remarquer que le Premier ministre Matata Ponyo a signé un décret rendant ses ministres et les mandataires des entreprises du Portefeuille démissionnaires, en interdisant aux intéressés de poser, sans son aval, des actes de gestion, quelles qu’en soient l’urgence et la pertinence.

            Face à la situation créée par le chef du gouvernement, en violation de la loi et de la Constitution, le député de l’UNC a demandé à la plénière de tirer toutes les conséquences de sa décision.

            A l’issue du vote, la Majorité a rejeté en bloc la motion d’Emery Okundji.

Aussitôt après le débat sur la motion d’Emery Okundji ; le Premier ministre  a été invité à monter à la tribune de l’hémicycle pour défendre son projet de budget.

            Matata Ponyo a présenté son projet de budget 2014  évalué à 7.611, 8 milliards de francs congolais, soit environ 8 milliards de dollars américains, en promettant un Congo émergent dans un proche avenir.

Ce projet de budget connait un accroissement de 4,9% par rapport à celui de l’exercice 2013 arrêté à 7.259 ,1 milliards de francs congolais. Il a promis de maximiser davantage les recettes dans les territoires de l’Est du pays libérés par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) des mains des rebelles du M23.

            Matata a rappelé que le gouvernement était privé des recettes de plusieurs territoires de l’Est suite à la guerre injuste imposée au pays par les forces du mal. Le Premier Ministre a loué le travail abattu par le gouvernement dans un contexte de guerre et de crise économique internationale, en réalisant une croissance économique de 8,2% l’an, en maîtrisant l’inflation à hauteur de 1% et en bloquant le taux de change autour de 9,2% pendant 4 ans.

            Il s’est dit convaincu que la stabilité du cadre macroéconomique permettra l’émergence de la République du Congo en favorisant l’investissement.

            Le chef de l’exécutif a promis qu’une grande partie des ressources additionnelles à engranger cette année seront affectées au secteur de la défense et de la sécurité, d’autant plus que la paix est la condition prioritaire à remplir avant d’entreprendre toute action de développement.

Au plan social, Matata a fait état de 11 % dudit projet de budget réservés à la santé et de 15 % à l’éducation.

            Au cours du débat, ce projet de budget a été fortement critiqué par les députés aussi bien de la majorité que de l’opposition.

            Mwakasa du groupe parlementaire PPRD a tout en demandant à la plénière de déclarer recevable ce budget, souligné que son accroissement de 4,9 % par rapport au budget 2013 ne permettra pas au gouvernement de relever tous les défis qu’exige le bien- être de la population congolaise.

            Didas Pembe a quant à lui déploré la baisse des recettes dans le secteur de l’environnement, ce qui constitue un terrible manque à gagner pour le pays.

            Quant au député Lokondo, il a jugé ce projet de budget illusoire. Car, évalué à 7.259 milliards de francs congolais en 2013, il n’a augmenté que de 4,9% alors que le potentiel fiscal de la République Démocratique du Congo peut, à lui seul, générer plus de 20 milliards de dollars Usd.

Il a dénoncé le coulage des recettes dans les secteurs des hydrocarbures, forestier, des PTT. « Coulage et encore coulage, le pays risque ainsi de couler car le tonneau est troué de partout, faute de contrôle rigoureux et sanctions exemplaires », a souligné l’élu de Mbandaka, qui se basait sur le dernier rapport du Panel présidé par Koffi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies. Selon cette étude, après examen de cinq contrats miniers, la RDC a souffert d’un grand coulage caractérisé par un manque à gagner de 1,3 milliards de dollars, en raison de la sous-évaluation et de la vente à prix bradés de nos actifs miniers à des sociétés offshore, sans que cela ne puisse nous émouvoir outre mesure.

            Au groupe parlementaire UNC, le député Bamporiki a fustigé le fait que depuis 2011, tous les projets de budget présentés par le gouvernement n’ont pas été exécutés. Se référant au dernier rapport de la Cour des Comptes qui a jugé la gestion du gouvernement mauvaise, il a trouvé inutile l’approfondissement de l’examen de ce projet de budget, qui risque de ne pas être exécuté, au niveau de la commission économique et financière. A son avis, l’Assemblée nationale devrait laisser le gouvernement assumer seul son projet de budget qu’il a qualifié de fantaisiste.

            Le groupe parlementaire UDPS et alliés a tout simplement claqué la porte. Son président, Samy Badibanga, a déclaré que ses compagnons refusent de participer à un débat qui n’augure rien de substantiel dans la prise en charge du vécu quotidien de la population.

            Il a estimé que le décor  planté est tout simplement délétère avec un mois pour étudier ce projet de budget et quinze minutes seulement aux groupes parlementaires pour en exploiter la substance. Il pense que la modicité de ce projet de budget traduit l’échec de la mise en œuvre des réformes dans le secteur des finances publiques et des ressources naturelles.

ERIC WEMBA 

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