Prof André Mbata : «Il n’y aura pas d’inanition de la nation, tournons la page et avançons»

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Pour la première fois dans la sous-région, un dirigeant a été contraint de respecter la Constitution et à renoncer à un 3e mandat après plus de 2 ans, durant lesquels ses partisans et lui-même  avaient vainement utilisé tous les moyens pour nous convaincre que le Rais était né pour diriger et pour diriger pour toujours!

            Pour la première fois également,  un candidat du parti au pouvoir a perdu l’élection présidentielle contre un opposant.

            Il s’agit des avancées sur le chemin de la démocratie et de l’Etat de droit.

 

            La «Machine à Voter» (MAV), l’Accord ou le «Désaccord» de Genève, les résultats des élections du 30 décembre 2018, spécialement l’élection présidentielle, et la fameuse question de «la vérité des urnes» nous ont fortement divisés. Rien d’étonnant ni de grave dans un pays qui aspire à la démocratie.

            L’ère de la pensée unique étant révolue, nous devrions nous interdire de jeter l’anathème sur d’autres personnes pour la simple raison qu’elles ne partagent pas les mêmes  idées que nous!

Il existe une «vérité sociologique» et une «vérité judiciaire» des urnes. Quand elles ne sont pas identiques, c’ est la dernière qui prime malheureusement.

 

En outre, quelles que soient nos critiques légitimes, lorsque la Cour constitutionnelle a vidé le contentieux électoral, les débats deviennent purement académiques et juste bons pour meubler les temps de loisirs, dès lors que nous ne pouvons rien y changer et un nouveau Président de la République a été investi comme c’est à présent le cas.

            Aussi, je ne pense pas que nous devrions passer notre temps à discutailler sur la «légalité» et la «légitimité» qui constituent la matière d’un vieux débat.

            Toute vérité est relative. Il en est de  notre fameuse «vérité  des urnes», tout comme c’est le cas de la légitimité.

            L’on devait même s’inquiéter lorsque moins de la moitié des électeurs (18 millions sur environ 40, soit 40%) participent aux élections comme nous l’avons vu en 2018.

            Que le candidat élu ait obtenu moins de 10 millions de voix sur 40 millions d’électeurs inscrits devrait nous permettre de relativiser la notion de légitimité.

            Il est temps de reconsidérer les objectifs et les méthodes de lutte.

            Nous n’allons pas passer 5 ans à revendiquer notre propre vérité des urnes.

            Nous devrions  chacune et chacun soit nous engager directement dans une opposition républicaine et ouverte, soit donner aux dirigeants élus une chance et mener une opposition constructive.

            Dans tous les  cas, nous devrions rester critiques sans être asservis à qui que ce soit, de l’intérieur comme de l’extérieur.

            Les échanges sur les réseaux sociaux qui frisent des appels  à la haine tribale ou ethnique devraient être à jamais bannis de nos discussions.

            Ce n’est pas parce que notre candidat bien aimé a été ou n’a pas été proclamé élu que nous verserions dans le triomphalisme ou le défaitisme qui déboucherait sur une certaine  pyromanie intellectuelle qui nous amenerait à  adopter l’attitude de Caligula en mettant le feu à la maison commune que constitue la Nation congolaise.

            Déjà, plusieurs  événements malheureux que notre pays a connus depuis l’indépendance en 1960 (sécession katangaise, sécession du sud-kasai, assassinat de Lumumba, dictature de Mobutu, occupation de l’est du pays, purifications ethniques… ) n’ont pas réussi à détruire cette Nation qui a survécu à toutes les épreuves.

            Sans vouloir justifier quoi que ce soit, il nous faut admettre qu’il n’y a pas eu «Inanition de la Nation» plus d’une fois que le pays a été agressé ; pas d’imanition de la Nation» lorsque les résultats des élections de 2006 et 2011 n’étaient «pas sincères ni justes»; pas d’imanition de la Nation» non plus  parce qu’il n’y a pas eu révision constitutionnelle donnant à Joseph Kabila une «présidence éternelle»!

            Je puis assurer qu’il n’y aura pas «Inanition de la Nation» parce qu’un candidat préféré n’a pas été proclamé élu président à l’issue de  l’élection   présidentielle de 2018!

            Le discours d’investiture du Président Felix Tshisekedi, les dernières reactions de principaux dirigeants de  LAMUKA (Ensemble, MLC …), celles des responsables religieux, des chefs coutumiers, et de plusieurs organisations de la société civile congolaise  qui  sont en déphasage avec de nombreux  messages véhiculés sur les réseaux sociaux renforcent cet optimisme  qui est loin d’être un optimisme béat.

            Je comprends les rancoeurs et les frustrations. Cependant, celles-ci ne peuvent nous amener à mettre la Nation en péril à  travers nos «discours savants».

            Que chacune et chacun de nous utilise son «grand savoir» pour construire plutôt que détruire.

            Il n’est pas non plus  bon que plusieurs d’entre-nous qui prétendent ne pas faire de la politique deviennent plus intolérants que les politiciens que nous n’hésitons pas à jeter dans la «marre du Diable».

            Même si «comparaison n’est pas raison», les crises sur la «vérité des urnes» ont surgi dans plusieurs pays et même dans une vieille démocratie comme les Etats-Unis mais jamais on n’a vu les partisans de Mme Clinton ou de Mr Al Gore aller jusqu’à tirer les cordes pour ébranler l’unité d’une Nation américaine pour l’édification de laquelle les «Pères fondateurs» avaient enduré tant de sacrifices.

            A titre de rappel, lors de l’élection présidentielle de 2000, Al Gore avait obtenu 48,4% et était donc plus légitime que GW Bush qui avait obtenu 47,9% mais c’est le dernier qui avait été proclamé élu en raison du nombre de grands électeurs.

            La situation actuelle de notre pays interpelle notre sens de patriotisme et tous, y compris moi-meme, nous sommes appelés à faire preuve de modération et à ne pas céder aux démons du tribalisme,  du régionalisme ou du fanatisme.

            Là où ils se sont développés, les médias et les réseaux sociaux sont utilisés pour assurer la grandeur des Nations et consolider leur unité et non l’inverse.

            Nous devrions en faire de même.

            J’invite les administrateurs congolais de nos groupes WhatsApp qui sont des patriotes de bannir les messages qui véhiculeraient directement ou indirectement le discours de la haine qui porterait atteinte à l’unité ou à la réconciliation nationale.

            Aux étrangers qui ont créé ou animent des médias ou des groupes WhatsApp sur le Congo, nous apprécions leur amitié tout en les priant de ne pas en profiter  pour attiser le feu.

            Je ne connais pas des Congolais qui animent des groupes WhatsApp sur les Etats-unis, la France, l’Allemagne ou un autre pays occidental!

            Il leur faut à tout prix éviter de donner la fausse impression qu’ils aimeraient le Congo plus que les Congolais eux-mêmes.

            En ce début de semaine, je tenais humblement à transmettre ce message à vous toutes et tous les compatriotes abonnés aux réseaux sociaux et vous remercie pour votre bonne compréhension.

(Par le Professeur André Mbata)

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