Procès Rossy Mukendi : Carine Lokeso condamnée à perpétuité

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La Cour militaire de Kinshasa Matete a, lors de son audience d’hier 10 janvier 2022, condamné à perpétuité, avec participation criminelle, le  major Carine Lokeso.   La cour a dit établie en fait comme en droit l’infraction de meurtre de l’activiste des droits de l’homme Rossy Mukendi. Celle qui est désormais ancienne unité de la police nationale congolaise, parce que radiée des rangs de cette police, a aussi écopé de dix ans de servitude pénale principale pour violation des consignes. Dans la même foulée, cette même Cour militaire a reconnu coupable le brigadier Tokis Kumbo et l’a condamné à perpétuité pour le même meurtre de Rossy Mukendi.

            En effet, c’est le 25 février 2018 que Rossy Mukedi Tshimanga était tombé dans l’enceinte de la paroisse Saint Bénoit, dans la commune Lemba à la suite des balles tirées sur lui par des éléments de la police, sur ordre du Capitaine Carine Lokeso.                       Voulant participer à une marche pacifique organisée par le Comité Laïc de Coordination (CLC) pour réclamer le respect de la constitution et l’organisation des élections devant mettre fin au régime Kabila, cet activiste des droits de l’homme avait reçu des balles létales devant la grille de l’église alors qu’il venait d’assister à la messe et s’apprêtait, avec les autres fidèles, à marcher pacifiquement. Balles qui étaient lâchées par des éléments de la police nationale congolaise conduite par Carine Lokeso, alors capitaine. Touché aux parties très sensibles, Rossy Mukedi  n’avait pas eu la vie sauve malgré le secours rapide des fidèles et autres concitoyens présents sur le lieu.

            En sa qualité de commandant des opérations, Carine Lokeso avait immédiatement mis aux arrêts le brigadier Tokis Kumbo et l’avait placé à la disposition des autorités judiciaires. Devant les juges, avec comme infraction retenues la violation des consignes et meurtre, Tokis Kumbo ne cessait de rejeter la responsabilité sur Carine Lokeso. Dans sa défense, le brigadier ne cessait de clamer son innocence. Selon lui, la balle fatale n’était pas une œuvre signée par lui. Venus pour le maintien de l’ordre public, il était resté dans la jeep alors que ses collègues s’étaient positionnés à quelques mètres de l’entrée principale de la paroisse Saint Bénoit. Et, pour exécuter cette mission de maintien de l’ordre public, tous étaient munis des armes non létales.

            Seule Carine Lokeso et sa garde rapprochée avaient une arme létale avec trois chargeurs bien garnis. Invitée à s’expliquer sur les déclarations faites par le brigadier Tokis, Carine Lokeso n’a pu convaincre le ministère public. Vidéos de la scène macabre à l’appui, où l’on pouvait entendre la détonation des balles létales et la voix de Carine ordonnant l’assaut, alors que les fidèles scandaient encore des chants dans l’enceinte de l’église, celle qui était promue au grade de major au sein de la police nationale congolaise avait vu sa qualité de renseignante transformée en prévenue et déférée devant la cour militaire.

            Les déclarations faites par le brigadier Tokis Kumbo étaient également soutenues par tous les témoins et renseignants qui avaient défilé devant la Cour militaire de Matete. De manière unanime, ces témoins et renseignants, tous issus des rangs de la police nationale congolaise, avaient confirmé qu’à leur arrivée, ils avaient trouvé les manifestants dans l’enceinte de la paroisse et non sur la voie publique. Avec comme chef des opérations Carine Lokeso, c’est elle qui détenait des armes létales. Toutes ces déclarations étaient venues renforcer la demande des avocats de la partie civile Rossy Mukendi qui ne cessaient de soutenir que leur client était tué par Carine Lokeso et que le brigadier Tokis n’était qu’une victime expiatoire.   Yves Kadima

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