Procès Kamerhe : signal fort contre l’impunité en RDC

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Jamais procès n’a été autant suivi, dans les annales de la République Démocratique du Congo, que celui du Directeur de cabinet du Chef de l’Etat, Vital Kamerhe, et de ses deux co-prévenus, Samih Jammal et Muhima, poursuivi par le Tribunal de Grande Instance de Gombe pour avoir détourné 57 millions de dollars américains, selon l’acte officiel d’accusation ficelé par l’organe de la loi, mais en réalité 66 millions de dollars américains, selon les relevés de versements présentés devant cette juridiction par Marcellin Bilomba, Conseiller principal du Chef de l’Etat en charge de l’Economie et des Finances, lors de la troisième et dernière audience du jeudi 04 juin 2020.

         La leçon principale à tirer de ce procès ainsi que de tous ceux liés aux détournements des fonds publics destinés aux travaux du programme d’urgence des travaux de 100 jours du Chef de l’Etat est que le nouveau Congo est en train de cheminer, lentement mais sûrement, vers l’Etat de droit et donc de la fin du règne de l’impunité. Qui aurait cru que le Directeur de cabinet du Président de la République, qui paraissait tout puissant, commandant au doigt et à l’œil Conseillers à la Présidence, Premier ministre, Vice-Premiers ministres, ministres, mandataires publics, Gouverneur de la Banque Centrale, banquiers et autres entrepreneurs privés, allait un jour revêtir l’uniforme de prisonnier et être jugé, comme le commun des citoyens, pour ses turpitudes financières ?

         Qui n’a pas douté, en consultant la longue liste des témoins, de la « coopération » des ministres en fonction, des conseillers au cabinet du Chef de l’Etat, du commandant de la Garde Présidentielle, d’anciens ministres, et surtout de l’épouse et de la belle-fille de Kamerhe, toutes deux paraissant intouchables, au vu du tollé de protestations observé dans le camp des avocats de la défense et de ce prévenu lui-même, lors de l’évocation de leurs noms ?

         En voyant l’affaire tourner en rond, lors de deux premières audiences, sous la direction du regretté juge-président Raphaël Yanyi, un Kamehre visiblement à l’offensive, tirant abondamment sur le ministère public, avant l’étape de la comparution des témoins, le public a cru que le dossier allait continue de s’enliser. Mais lors des audiences du mercredi 03 et du jeudi 04 juin 2020, des millions de téléspectateurs, d’ici comme d’ailleurs, ont découvert une magistrature congolaise de haute facture, qui a laissé aux témoins à charge et aux pièces à conviction le soin de descendre en flammes Kamerhe et consorts.

         Bien que le verdict ne soit pas encore rendu, les preuves écrites accumulées contre les trois prévenus ainsi que la montagne de contradictions relevées dans leurs moyens de défense, ne laissent aucun doute sur leur culpabilité. Ce que tout le monde attend, ce sont les « tarifs » des peines d’emprisonnement et des pénalités en nature et en espèces à prononcer contre eux.

Tous les Congolais derrière leur justice

         La justice congolaise est en train de démontrer, à travers les procès de Vital Kamerhe, mandataires publics, entrepreneurs privés et autres adeptes des contrats mafieux, qu’elle n’est plus celle qui engageait des poursuites judicaires ou les laissaient tout bonnement tomber ou encore rendait des jugements selon la tête du client. Aujourd’hui, elle vient d’administrer la preuve qu’elle est en train d’installer la peur chez les « Kuluna en cravate », dont certains hument déjà l’air frais de la Prison Centrale de Makala, en attendant leurs procès.

         S’il y a une requête à formuler en direction du peuple congolais, c’est celle de faire confiance à sa justice et à ses animateurs, qui sont prêts à participer à l’émergence de l’Etat de droit, même au prix de leur vie. Nos magistrats semblent avoir pris la pleine mesure de leur lourde charge d’élever la Nation, de rendre tous les citoyens égaux devant la loi.

         Ce soutien populaire est capital face aux velléités de résistance qui se manifestent dans certaines institutions, notamment l’Assemblée Nationale et le Sénat, où des compatriotes préoccupés par leur statut « d’intouchables », décochent des flèches empoisonnées en direction de ceux qui ont pris la résolution de traduire en acte la vision du Chef de l’Etat, celle d’une RDC où tous ceux qui exercent des mandats publics, ainsi que des fonctions publiques, devraient souscrire à l’école de la redevabilité.

Quelle difficulté y aurait-il à rendre compte, lorsqu’on est gestionnaire de la chose publique ?

         Le salut de la République passe par une magistrature indépendante et neutre, foncièrement habitée par la tolérance-zéro, de façon à éradiquer la race des prédateurs qui s’amusaient à faire, en toute impunité, main basse sur les richesses de la collectivité, entretenant chaque jour le paradoxe qui veut que la RDC, Etat scandaleusement riche en ressources naturelles, héberge les individus les plus pauvres de la planète.

         Les « ennemis » des magistrats patriotes devraient savoir que les masses populaires, paupérisées par des « vautours » pendant des décennies, ne sont pas avec eux.

                            Kimp

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