Procès Chebeya : contradictions entre un renseignant, un prévenu et le général Djadidja

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L’audience publique du procès sur le double assassinat des activistes des droits de l’homme Floribert Chebeya, Président de la Voix des Sans Voix, et de son chauffeur Fidèle Bazana s’est poursuivie, hier 27 octobre 2021, devant la Haute Cour Militaire. Consacrée à l’audition du le lieutenant  Katebere en qualité de renseignant ainsi que du prévenu Jacques Migabo, cette audience s’est soldée par le renvoi de l’affaire au 3 novembre prochain pour confrontation des déclarations. C’est à l’issue de cette prochaine audience que  le tribunal effectuera une descente sur le terrain afin de bien circonscrire les faits allégués par toutes les parties.

         Dans sa déposition, le renseignant Katebere a déclaré qu’en 2010, il était affecté comme chef de pelleton de Police Militaire (PM) au niveau du poste RTNC à Mitende, dans la commune de Mont-Ngafula. La mission leur assignée était de contrôler et de savoir si les véhicules commerciaux en provenance du Kongo Central transportaient des militaires et si ces militaires avaient une feuille de route régulière. Quant aux véhicules en provenance de Kinshasa pour le Kongo Central, ils passaient le poste érigé par la PCR sans être inquiétés.

         En sa qualité de chef de pelleton, il avait été contacté par le général Djadidja, alors major et commandant bataillon PM, vu le positionnement de son poste de travail, pour ravitailler les maçons qui construisaient dans sa résidence à environ 3Km à partir de la route de Matadi et  dont l’entrée se trouve à 200 mètres du poste de contrôle érigé sur la même nationale.

         Dans la nuit du 1er au 2 juin 2010, bien qu’il était commandant pelleton, il avait regagné sa maison pour assister son fils malade. C’est à son retour vers 15 heures qu’un capitaine de la police nationale, puis son élément, le sergent Banza, décédé il y a quelques mois, l’avaient informé qu’un corps sans vie était retrouvé dans une jeep, non loin du cimetière de Mbeseke.

Pour le renseignant, en dehors du ravitaillement des maçons, il n’a jamais été question d’assurer la garde des deux parcelles du général Djadidja. Ce sont des voisins qui assuraient la garde au départ des maçons.

Le prévenu Jacques Migabo se souvient

du passé

         Alors qu’il était convié à répondre aux questions de la Cour, le prévenu Jacques Migabo, élément du bataillon Simba, a fait savoir qu’il venait de se souvenir de la scène macabre. Selon lui, c’est le sergent Banza de la police militaire, qui attendait le corps de Fidèle Bazana dans la parcelle appartenant au général Djadidja, pour inhumation. Une fois l’opération exécutée, ils avaient abandonné le corps de Chebeya, dans la jeep, non loin du cimetière. Quant au Sergent Banza, il avait été déposé sur la nationale n°1. Mais, compte tenu de l’obscurité le jour de l’opération, il n’en savait pas grand-chose. A la question de savoir comment était-il au courant que la personne qui attendait le corps de Fidèle Bazana et qui se nommait Banza, le prévenu a confirmé que le nom était donné par le général Djadidja.

         Après la commission du double assassinat, il avait quitté Kinshasa pour Goma puis Lubumbashi. De 2012 à 2014, il a habité dans les différentes résidences du général Jhon Numbi. Sans salaire jusqu’à ce jour. Il était pris en charge et surveillé par certains éléments sous les ordres du général Jhon Numbi.

Déclarations

contradictoires

         Alors que le prévenu Jacques Migabo a soutenu que c’est le sergent Banza du bataillon PM qui attendait le «colis», le renseignement Katebere a indiqué que lui-même, son élément Banza ainsi que d’autres éléments de la PM commis au poste de contrôle de mitende  ne se rendaient à la parcelle du Général Djadidja, la journée, qu’en cas de besoin exprimé par les maçons. Autre fait inquiétant est le fait que lors de sa comparution en qualité de renseignant à de l’audience précédente, le général Djadidja avait confirmé qu’au sein du bataillon PM, il n’y a jamais eu d’élément répondant au nom de Banza.

         Et pourtant, le même Banza, méconnu par le général Djadidja a été bien identifié et détaillé par le renseignant Katebere ainsi que le prévenu. Suite à ces déclarations contradictoires entre le renseignant et le général Djadidja qui avait confirmé avoir appris par la voie des ondes l’inhumation de Fidèle Bazana dans une de ses parcelles à Mitende et les propos du prévenu ainsi que ceux de Katebere, la Cour  a estimé opportun de les confronter.

Yves Kadima

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