Privilèges de Kabila et consorts face à un budget de misère

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Les avantages financiers reconnus à l’ancien Président de la République, sous son statut de sénateur à vie, puis étendus aux chefs des corps constitués, aux ministres, aux anciens présidents d’institutions d’appui à la démocratie…font grand débat au pays comme à l’étranger. C’est la vraie-fausse révélation du ministre des Finances, à l’occasion du dépôt, à l’Assemblée Nationale, du projet de loi portant reddition des comptes pour l’exercice 2019, et faisant état de 1.400 % de dépassements imputés à la Présidence de la République, qui a mis le feu aux poudres.

            Alors qu’il pensait descendre en flammes l’institution « Président de la République », Sele Yalaghuli a plutôt déclenché un tsunami contre son « Autorité morale » au sein du FCC, Joseph Kabila, ainsi que contre tous les dignitaires du kabilisme bénéficiaires de privilégiés financiers qui font scandale dans un pays au budget de misère (moins de 7 milliards de dollars américains) et où le citoyen moyen vit avec moins d’un dollar par jour.

            Des chiffres balancés dans l’opinion, notamment 680.000 dollars d’émoluments par mois pour le sénateur à vie, dont la sommation donne 8.160.000 Usd par an, constituent une insulte à la misère du grand nombre. Sorti de nulle part, un tableau comparatif des salaires des présidents ou chefs de gouvernement de quelques pays développés, indique que le président des Etats-Unis d’Amérique a des revenus de l’ordre de 400.000 dollars américains par an, la Chancelière allemande 370.000 dollars américains, le président italien 275.000 dollars américains, le Premier ministre canadien 260.000 dollars américains, le Premier ministre britannique 216.000 dollars américains, le président français 194.000 dollars américains.

            En visitant et revisitant la grille des salaires applicables aux gouvernants actuels à travers le monde, le constat à faire est que la République Démocratique du Congo constitue un cas unique au monde. Le comble est que paradoxalement, ce pays héberge les citoyens les plus pauvres de la planète.

            Il saute aux yeux qu’il n’est pas normal que pendant que les finances publiques sont régulièrement au rouge, à cause de la prédation organisée en amont, c’est-à-dire pendant les 18 ans de règne des « Kabilistes », et en aval, à savoir depuis deux ans, par des mandataires publics nostalgiques du « kabilisme », une poignée d’individus continuent de pomper l’essentiel des ressources financières nationales. Et pour que les députés nationaux et sénateurs saisissent la portée de l’indignation qui couve au sein de la « majorité populaire », l’ACAJ (Association Congolaise pour l’Accès à la Justice) vient de leur adresser une lettre ouverte les invitant à corriger ces monstruosités salariales. Mais son interpellation sera-t-elle prise en compte ? Affaire à suivre.

Kimp

Lettre ouverte de l’ACAJ aux Députés et Sénateurs

Kinshasa, le 23 novembre 2020

Concerne : Lettre ouverte aux Honorables Députés et Sénateurs

Réduction des avantages et droits financiers  en faveur du Président de la République Honoraire et des anciens Chefs de Corps Constitués

Honorables Députés,

Honorables Sénateurs.

En vertu des prescrits de l’article 126 de la Constitution de la République Démocratique du Congo, votre Institution a la lourde mission d’examiner et de voter la Loi des finances devant déterminer les ressources et les charges de l’Etat pour l’exercice 2021.

Par ailleurs, l’article 5 de la même Constitution réaffirme le principe démocratique selon lequel tout pouvoir émane du peuple en tant que souverain primaire.

            Considérant que l’injustice avec ses corollaires sont à l’origine de l’inversion générale des valeurs et de la ruine du pays, l’Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ), déférant aux pertinentes dispositions de l’article 23 de notre Constitution, vous adresse la présente lettre ouverte aux fins de vous sensibiliser et d’attirer votre patriotique attention sur l’objet repris en concerne.

Pour votre gouverne, des informations largement relayées par la presse nationale et non démenties à ce jour, allèguent que le Président de la République Honoraire bénéficierait du Trésor public des émoluments, droits et avantages financiers mensuels de l’ordre de USD 680.000, sans considérer l’entretien des éléments militaires de sa garde et les indemnités lui payées en sa qualité de Sénateur à vie !

            Loin de nous la prétention d’engager une quelconque polémique sur le caractère inique et discriminatoire de la Loi n° 18/021, du 26 juillet 2018, portant statut des anciens Présidents de la République élus et fixant les avantages accordés aux anciens Chefs de corps constitués, nous rappelons que notre pays fait face à l’amenuisement de ressources du Trésor public. Il peine à consolider notamment la gratuité de l’enseignement de base, les grands chantiers sociaux en rapport avec l’eau, l’électricité et l’habitat. Il est inadmissible que le Parlement, représentation du peuple par excellence, de surcroit autorité budgétaire, donne l’impression de se rendre complice de l’enrichissement illicite, scandaleux et injustifié de quelques citoyens au détriment du plus grand nombre !

I           l est moralement inacceptable que les rémunérations, droits et avantages exorbitants accordés à certains compatriotes soient justifiés par le simple fait qu’ils ont exercé certaines fonctions d’Etat. Malheureusement, les décideurs politiques envoient par-là un message comme quoi il faudrait nécessairement « faire de la politique » pour prétendre bénéficier d’une rente viagère sans commune mesure avec le niveau de vie de la majorité de Congolais.       

Honorables Députés,

Honorables Sénateurs,

            Faute de moyens financiers suffisants, le Gouvernement de la République tarde à répondre positivement à ses engagements basiques en rapport avec l’amélioration des conditions salariales des enseignants, des magistrats, des médecins, ainsi que de toutes les autres catégories socio-professionnelles envers lesquels les promesses ne sont guère tenues.

            Dans un tel environnement, il est immoral que le Parlement fasse preuve d’une insouciance coupable tendant à gratifier certaines personnes en raison de leur contribution prétendument « substantielle » aux avancées politico-institutionnelles en RD Congo.

            Le peuple qui vous a élu lors des scrutins de décembre 2018 attend de vous la matérialisation des engagements sur base desquels il vous a accordé ses suffrages. Emprunter une voie contraire à la satisfaction de ses besoins essentiels vous éloigne davantage du contrat de confiance devant exister entre vous et vos électeurs.

            De ce qui précède, l’ACAJ vous recommande de tout mettre en œuvre pour réduire tous les droits et avantages financiers indument accordés au Président de la République Honoraire ainsi qu’aux anciens Chefs de corps constitués, dans les proportions raisonnables, à l’occasion de l’analyse du projet de Loi des Finances 2021.

            Les articulations dudit projet de Loi des Finances devraient être prioritairement orientées vers l’accroissement de ressources devant aider à la satisfaction des besoins fondamentaux de notre société. Parallèlement et à l’instar d’autres pays, il vous revient, en concertation avec l’Exécutif, de définir une grille transparente de rémunérations, avantages matériels et humains pris en charge par l’Etat de tous les agents publics de l’Etat y les anciens Présidents de la République et Chefs de corps constitués. A titre d’exemple, un ancien Président de la République Française touche une retraite de 6.220 Euros bruts mensuels, qui s’ajoutent aux éventuels salaires et pensions auxquels il a droit pour ses activités professionnelles autres que la Présidence. S’il décide de siéger au Conseil constitutionnel, comme il en a le droit, il touche en plus 13.500 Euros par mois. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

            Il en va de la crédibilité de votre Institution jusque-là présentée comme une caisse de résonance d’une famille politique. L’histoire vous offre l’opportunité de démentir cette posture. Et la Nation Congolaise vous en sera reconnaissante.

            Dans un courrier séparé, l’ACAJ a demandé au Président de la République Honoraire et Sénateur à vie, de prouver sa solidarité envers la misère du peuple congolais en renonçant aux trois quart des émoluments, droits et avantages financiers exorbitants sus évoqués, qui scandalisent de par leurs nature et hauteur.

            Veuillez agréer, Honorables Députés et Sénateurs, l’expression de nos sentiments patriotiques. 

Pour l’ACAJ,

Me Georges KAPIAMBAPrésident

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