Prison de Makala : le remake de 1977

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Trois détenus sont morts à la Prison Centrale de Makala le dimanche 5 janvier 2020. On a retenu, comme causes principales de leurs décès : le manque de nourriture et de soins médicaux. L’affaire fait grand bruit dans les réseaux sociaux comme dans les milieux carcéraux et officiels de la République Démocratique du Congo. Pendant que ceux qui devaient assumer la responsabilité de cette tragédie humaine se rejettent la balle, force est de constater la surpopulation générale des prisons congolaises d’abord et ensuite la persistance d’une justice à double vitesse.

            En effet, en dépit de l’engagement de l’actuel titulaire du portefeuille de la Justice d’accélérer le traitement des dossiers tant au niveau des parquets que des cours et tribunaux, il est malheureusement constaté leur « privatisation » par des magistrats du parquet comme du siège, qui ne se pressent jamais de fixer les justiciables sur leur sort. Par conséquent, nombre de détenus, dans les prisons congolaises, franchissent allègrement le seuil des peines maximales devant sanctionner leurs infractions. Ceux qui ont un peu de veine finissent par recouvrer leur liberté, au bout de plusieurs mois ou années, sans avoir jamais été jugés. Combien des ministres de la Justice, en visite d’inspection dans les prisons du pays, n’ont-ils pas ordonné la libération des détenus dont les dossiers étaient vides ?

            S’agissant du cas des trois malheureux compatriotes décédés le week-end dernier à la Prison Centrale de Makala, il y a gros à parier que si leurs dossiers judiciaires avaient suivi une procédure normale, le pire ne leur serait certainement pas arrivé. D’où, en cette période où l’on parle abondamment du retour du pays à l’Etat de droit, des investigations sérieuses s’imposent pour savoir qui est ou qui sont responsables de ces pertes gratuites en vies humaines. Tout le monde étant égal devant la loi, celle-ci devrait s’appliquer, dans toute sa rigueur, à tous ceux qui sont impliqués dans la non-assistance aux compatriotes qui viennent de quitter prématurément la terre des hommes.

            On rappelle qu’en 1977, sous le régime de Mobutu, un ancien ministre de la Justice avait été traduit en justice, jugé, condamné et jeté lui-même à la Prison Centrale de Makala, pour avoir laissé mourir de faim plusieurs prisonniers et détenus. Bien qu’il ait tenté d’incriminer l’administration de ce centre pénitencier, c’est finalement lui qui avait fini par payer pour l’hécatombe humaine y enregistrée. Au regard des cas des décès de détenus qui se multiplient dans les prisons congolaises, il est temps que l’épée de Damoclès s’abatte sur les criminels en cravate qui envoient gratuitement dans l’au-delà des concitoyens bien souvent innocents, qui ont le malheur de ne pas disposer d’aucun parapluie protecteur ou d’être financièrement incapables « d’acheter » des décisions judiciaires susceptibles de leur éviter la détention préventive à durée indéterminée ou la condamnation définitive.Kimp

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