Les premiers pas de Félix Tshisekedi

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Après avoir prêté serment, en qualité de Président élu de la République Démocratique du Congo, le jeudi 24 avril 2019 au Palais de la Nation, sous le contrôle de la Cour Constitutionnelle, Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi a pris possession de son cabinet de
travail, dans le même site, le vendredi 25 janvier. C’était au terme de la cérémonie de remise-reprise avec son prédécesseur, Joseph Kabila Kabange et du même rituel entre son Directeur de Cabinet, Vital Kamerhe, et celui du Chef de l’Etat sortant, Néhémie Mwilanya.

Une page de l’histoire de la République Démocratique du Congo, celle du « kabilisme », est ainsi tournée et, une autre, est en passe d’être écrite, celle de la montée au pouvoir des « forces politiques et sociales acquises au changement ».

Félix Antoine Tshisekedi a démarré son mandat avec une réunion spéciale avec le Conseil Supérieur de la Défense, au sein duquel l’on retrouve des responsables des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), de la PNC (Police Nationale Congolaise), de l’ANR (Agence Nationale de Renseignements), de la DGM (Direction Générale de Migration), etc. On retient de cette séance de travail que
le nouveau Chef de l’Etat a pour souci primordial l’humanisation de
ces services ultra sensibles. Cela devrait notamment se traduire par
la fermeture de tous les amigos extrajudiciaires, le traitement des
dossiers judiciaires par les parquets et, le cas échéant, l’envoi en
prison des personnes en délicatesse avec la loi, conformément aux
normes.
S’agissant des prisonniers politiques et d’opinions ainsi que des
exilés, il a réitéré sa volonté de responsabiliser le futur ministre
de la Justice pour leur recensement et leur élargissement.

Mesures conservatoires contre les ministres et mandataires publics

Comme premier signal fort de la lutte contre les antivaleurs dont le
nouveau Chef de l’Etat va faire son cheval de bataille, il a instruit
son Directeur de cabinet, Vital Kamerhe, d’interdire aux ministres et
mandataires des entreprises, établissements et services publics les
recrutements et mises en place ainsi que les sorties de fonds non
liées aux charges du personnel. Ce dispositif, on s’en doute bien,
vise à prévenir un gonflement intempestif des effectifs dans les
cabinets politiques, l’administration publique, les entreprises
publiques, les établissements et services publics, où la pléthore a
largement dépassé les limites du tolérable, au point que l’essentiel
des recettes administratives fiscales et autres sont aspirées par la
budgétivore rubrique des rémunérations.
On peut relever à ce propos que les difficultés de trésorerie que
connaissent l’Etat employeur ainsi que la plupart des entreprises,
établissements et services publics sont à imputer aux recrutements et
mises en place anarchiques des agents. Le pari de la maîtrise des
effectifs va être difficile à tenir dans ce pays où le chômage touche
plus de 80 % de la population et où le fourre-tout indiqué pour caser
les masses des sans-emploi se trouve être l’administration publique
ainsi que les entreprises, établissements et services publics.
L’autre défaut de la cuirasse est à chercher au niveau de
l’ordonnancement désordonné des dépenses, au niveau tant des cabinets
ministériels que de ceux des mandataires des entreprises,
établissements et services publics. C’est le lieu de stigmatiser
l’existence des réseaux maffieux qui ont transformé les réunions des
comités de gestion et conseils d’administration ainsi que les missions
à l’intérieur comme à l’étranger en fonds de commerce. Même là où les
agents accusent  près de deux années d’arriérés de salaires impayés
comme à la SCTP (ex-Onatra), ou plus comme à la Miba et à la SNCC, les
mandataires se sont aménagés ce type d’activités pour se taper des
salaires parallèles.
Il est à espérer que la saignée va effectivement s’arrêter avec la
suspension des décaissements non liés aux charges du personnel.
D’aucuns suggèrent que le nouveau pouvoir initie, et le plus tôt
serait le mieux, à la fois des missions d’audit des gestionnaires et
de contrôle des effectifs dans tous les secteurs pourvoyeurs ou
consommateurs des recettes de l’Etat.
L’assainissement des finances publiques s’avère capital si Félix
Tshisekedi veut obtenir des résultats dans sa volonté de mettre fin au
coulage des recettes publiques, qu’il avait lui-même estimé entre 15
et 20 milliards de dollars américains par an, dans son discours
d’investiture en tant que Chef de l’Etat. Rien qu’en fermant le
robinet de l’évasion des recettes, il peut amorcer la reconstruction
du pays sans entrainer le pays dans une nouvelle spirale de
l’endettement extérieur.
Dans l’ex-Zaïre comme dans le grand Congo, où nos concitoyens ont
déjà entendu des slogans du genre « Rien ne sera plus comme avant », «
Tout va changer… tout doit changer » ou encore « Opération mains
propres », le successeur de Joseph Kabila  risque d’être sévèrement
jugé s’il tombe dans les travers des antivaleurs.                       Kimp
Communiqué officiel

Le Cabinet du Président de la République Démocratique du Congo, Son
Excellence Monsieur Félix-Antoine TSHISEKEDI TSTILOMBO, porte à la
connaissance de tous les membres du gouvernement et des dirigeants des
entreprises, établissements ainsi que des services publics de l’État
qu’à dater de ce jour jusqu’à nouvel ordre, les recrutements et les
mises en place du personne! sont suspendus.
Il en est de même des engagements et liquidations des dépenses
publiques autres que celles liées aux charges du personnel.
Les cas exceptionnels seront soumis à l’autorité préalable de Son
Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Exécutif.

Fait à Kinshasa, le 25 juillet 2019

Vital Kamerhe

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