Pourquoi Floribert Chebeya a-t-il été assassiné ?

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Floribert CHEBEYA est mort ! La nouvelle est tombée hier dans l’après-midi comme une bombe. D’abord sous forme des rumeurs d’une disparition au sortir d’un rendez-vous professionnel avec une autorité de la Police nationale avant d’être confirmée par les Organisations de la Défense des Droits de l’Homme. Son corps sans vie a été retrouvé quelque part dans la brousse environnante de la localité de Mitendi située juste à l’entrée ou sortie de la ville de Kinshasa. Qui l’eut cru ? Car jusque dans la soirée d’hier, des coups de téléphone crépitaient de toutes parts, les uns cherchant à vérifier ces rumeurs et les autres pour demander si l’on a bel et bien retrouvé le corps de l’inoubliable défenseur et activiste des droits de l’homme.

Cet homme qui passait inaperçu et dont la simplicité et l’effacement étaient sans égal de part ses origines sur les montagnes du Sud Kivu dans le Bushi traditionnel et royaliste, avait le mot juste pour décrire une situation de violation de droits de l’homme. A l’entendre parler, l’on avait l’impression que le défunt n’avait d’autres activités que la défense des droits humains. Ces mots revenaient dans toutes ses conversations et entretiens tant en privé que lors des manifestations publiques consacrées à la dénonciation des actes de violence contre les populations civiles non armées.

Floribert CHEBEYA a été de tous les combats pour la défense des droits de l’homme. De la CNS, en passant par le HCR-PT jusqu’au Dialogue inter congolais de Sun City, la VSV a toujours laissé des traces indélébiles de ses observations toujours pertinentes sur la situation des droits de l’homme et cela dans tous les domaines de la vie de la nation. Son courage qui frisait la témérité lui ont valu pas mal d’ennuis avec les services de sécurité aussi bien militaires que civils. Combien des fois n’a-t-il pas échappé à des arrestations ? Les tortures physiques, morales, il en a subies à gogo et il en parlait sans rancune, toujours prêt à pardonner.

Alors que sa famille, ses amis et ses connaissances le destinaient à une belle carrière dans les finances à la fin de ses études à l’Institut Supérieur de Commerce de Kinshasa, le voilà à la tête d’une jeune organisation de défense des droits et cela, à l’époque où les services de sécurité du régime du MPR-Parti Etat n’admettaient pas du tout la moindre dénonciation des actes considérés comme attentatoires aux droits de l’homme. Petit à petit, la VSV se fraya un chemin dans les dédales des nombreuses organisations de défense des droits de l’homme qui pullulaient sur le marché de la capitale.

Plusieurs fois arrêté par les services de sécurité et victime des tortures les plus ignobles qui ont laissé des traces indéniables sur son corps, Floribert CHEBEYA était intimement lié à son organisation et s’y identifiait sans gêne. De sorte que l’on ne pouvait pas parler de la VSV sans se référer à son directeur exécutif. Il avait tissé un réseau d’antennes aussi bien à travers le pays qu’à l’étranger à telle enseigne qu’il ne se passait pas un jour sans que la VSV ne renseigne sur un acte de violence perpétré sur un paysan de l’Ituri ou de n’importe quel coin de la République et cela, avec précision sur les lieux, l’identité des auteurs et les dégâts tant physiques que matériels. Quel est cet organe de presse qui n’a pas eu à publier et parfois même en manchettes un communiqué de la VSV ? Quelle est cette représentation diplomatique ou consulaire qui n’a pas eu l’honneur de visiter le siège social de cette Ong de la défense de droits de l’homme ou de recevoir à déjeuner l’un des ses responsables ? C’est ce qui a fait la popularité de cette Ong de sorte qu’aucune manifestation consacrée aux droits de l’homme en RDC aussi bien au pays qu’à l’étranger ne pouvait se tenir sans la présence de la VSV. Que des mémoires de graduat, de licence et probablement des thèses de doctorat en droit, sciences politiques, sociologie, histoire, etc. n’ont-ils pas été élaborés sur des rapports rédigés par la VSV !

Affable, effacé, toujours souriant et d’une simplicité sans pareil, Floribert CHEBEYA n’était pas moins un stratège redoutable pour la mobilisation et la sensibilisation des masses pour la défense et surtout la dénonciation des violations des droits de l’homme. Et des questions qui se posent dans tous les milieux : pourquoi a-t-il été assassiné ? Qu’a-t-il fait de si grave pour mériter un tel sort cruel ? Quelles seront les réactions des organisations internationales des droits de l’homme ainsi que celles des chancelleries occidentales si attachées aux Ong de défense des droits de l’homme ? Pourquoi cet assassinat survient-il à la veille des manifestations du Cinquantenaire de l’Indépendance du pays ? Wait and see. La Rédaction du Phare adresse ses sincères condoléances à la famille de cet illustre disparu qui ne passait pas une semaine sans faire un tour à son siège de l’avenue Colonel Lukusa à Gombe. 

                                      F.M.          

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